Se connecterVERSUS II
Daria avait insisté pour que je vienne dîner. "Une réunion de famille", avait-elle dit, comme si nous étions encore une famille, comme si les murs de cette maison n'avaient pas vu défiler des années de non-dits et de mensonges. J'avais accepté, machinalement, sans vraiment réfléchir. Peut-être pour fuir le silence de mon appartement. Peut-être pour me rappeler à quoi ressemblait une vie normale. Peut-être par masochisme. La table était drSERSYLe cabinet d'Ayden était baigné de cette lumière matinale que j'aimais tant, celle qui glissait à travers les persiennes et dessinait des rayures dorées sur le parquet. Les livres s'alignaient sur les étagères, les dossiers s'empilaient sur le bureau, et la ville bourdonnait doucement derrière les fenêtres.J'étais assise dans le fauteuil en cuir, les mains posées sur mes genoux, le dos droit. Pas de tremblements. Pas d'hésitations. Juste une certitude froide qui s'était installée en moi comme une épée plantée dans le roc.Ayden était en face de moi, les coudes posés sur son bureau, les doigts entrelacés. Il m'observait avec cette attention calme qui le caractérisait, cette manière qu'il avait de lire au-delà des mots, d'entendre ce que je ne disais pas.« Vous avez l'air différente, Sersy, a-t-il dit doucement. »« Je le suis. »« Qu'est-ce qui a changé ? »J'ai pris une inspiration, longue, profonde. Les mot
VERSUS II L'enveloppe était posée sur mon bureau. Lourde, épaisse, pleine de secrets que je n'avais jamais voulu connaître. Les documents qu'Elias m'avait donnés. Les preuves. Les formulaires. Les signatures falsifiées. Les échanges. Les montants. Et partout, en filigrane, le nom de Daria. Je l'avais ouverte une fois, chez moi, dans le silence de mon appartement vide. J'avais lu chaque page, chaque mot, chaque chiffre. Chaque document était une preuve de l'implication de ma mère. Chaque signature était une trahison. Chaque montant était un témoignage de la machination qui s'était refermée sur Sersy. Je n'avais pas dormi cette nuit-là. J'étais resté assis à regarder les papiers, à les toucher, à les retourner, comme si je pouvais leur faire dire autre chose. Comme si je pouvais les faire disparaître. M
SERSY Le studio était silencieux. Pas ce silence apaisant des nuits calmes, pas celui des heures où l'on peut enfin respirer. Un silence lourd, dense, comme un manteau de plomb posé sur mes épaules. Un silence qui n'était pas l'absence de bruit, mais la présence de tout ce que je refusais d'entendre. La nuit était tombée depuis longtemps. Dehors, la ville continuait de vivre, de vibrer, d'exister. Des voitures passaient, des gens parlaient, des portes claquaient. Mais moi, j'étais là, assise sur le bord de mon lit escamotable, les genoux remontés contre ma poitrine, les bras serrés autour de mes jambes. Les papiers étaient éparpillés sur la table. Les reçus. Les formulaires. Les preuves de tout ce qu'il m'avait fait. Je les avais lus et relus, cherchant un détail qui aurait pu tout changer, un mot qui aurait pu tout excuser. Mais il n'y avait rien. Juste des chiffres, des dates, des signatures qui n'étaient pas les miennes.
VERSUS Il La clinique du docteur Elias avait changé. Pas les murs, pas les plantes vertes, pas l'odeur de désinfectant et de fleurs artificielles. Mais quelque chose dans l'air, une tension que je n'avais jamais ressentie auparavant. Comme si les lieux eux-mêmes savaient que leur heure approchait. J'étais entré sans prévenir. La réceptionniste avait essayé de me faire patienter, de me dire que le docteur était en consultation, que je devais prendre rendez-vous comme tout le monde. Je l'avais regardée, un regard froid, et j'avais dit : « Dites-lui que Versus Delacroix est là. Il me recevra. » Elle avait hésité, puis elle avait composé un numéro, avait murmuré quelques mots. Quelques secondes plus tard, la porte du cabinet s'était ouverte, et Elias était apparu. Son visage était pâle, ses yeux fatigués. Il avait l'air d'un homme qui savait que le moment était venu de payer ses dettes. « Entre, Versus. » Je l'a
SERSYLe papier que l'infirmière m'avait donné était plié en quatre, usé aux pliures, comme s'il avait été ouvert et refermé de nombreuses fois. Le nom qu'il portait était celui de Marc Deschamps, archiviste à la clinique depuis dix ans. « Il sait tout », avait-elle dit. « Mais il ne parlera que si vous lui donnez une bonne raison. »Je n'avais pas de bonne raison. Pas d'argent, pas de menace, pas de pouvoir. Je n'avais que ma vérité et ma colère. J'espérais que ce serait assez.Le lendemain matin, j'étais devant la clinique, les doigts serrés sur mon téléphone. J'avais trouvé son numéro sur un site professionnel, l'avais composé trois fois avant d'avoir le courage d'appuyer sur « appeler ». Il avait répondu à la deuxième sonnerie, une voix fatiguée, prudente.« Allô ? »« Monsieur Deschamps ? Je m'appelle Sersy Delacroix. Une infirmière de la clinique m'a donné votre nom. Je voudrais vous parler. »Un silence. Puis sa voix,
VERSUS II Le gala annuel de la fondation Delacroix se tenait dans le grand salon de l'hôtel George V. Des lustres en cristal. Des bouquets de fleurs blancs qui sentaient le luxe et le savoir-faire. Des serveurs en gilet noir qui circulaient avec des coupes de champagne et des petits fours que personne ne mangeait vraiment. Une musique d'orchestre jouait en sourdine, assez forte pour créer une ambiance, assez faible pour ne pas empêcher les conversations. J'étais là. Comme chaque année. Comme j'avais toujours été là. Mais cette année, tout était différent. Sersy n'était pas à mon bras. Elle aurait dû être là. Elle aurait dû porter une robe que j'aurais choisie, ou que Daria aurait choisie, ou que quelqu'un aurait choisie pour elle. Elle aurait dû sourire aux invités, échanger des banalités, faire bonne figure. Elle aurait dû être la femme parfaite, l'épouse idéale, le faire-va
SERSY Ce n’étaient pas des vitamines Le jour où j’ai compris que mon mari m’empêchait d’avoir son enfant, j’avais encore confiance en lui. Cette pensée me brûle encore. J’étais sortie en fin de matinée, sans rien prévoir d’extraordinaire. Il me fallait simplement passer à la pharmacie pour r
VERSUS II Je croyais tout maîtriser Quand Sersy m’a regardé comme ça, j’ai compris que quelque chose venait de se briser. Pas seulement dans cette cuisine. Pas seulement entre nous. En elle. Je l’ai vue dans la façon dont elle s’est tenue devant moi, les épaules droites malgré le choc, les ye
SERSY Elle est revenue Un silence.« Quand la situation aurait été différente.» Je me suis mise à rire. Un rire sec, presque méconnaissable. « Quelle situation ?» Il a serré la mâchoire. « La nôtre.» La phrase a frappé plus fort que tout le reste. La nôtre. Pas son travail. Pas ses inquié
SERSY Depuis le début Versus II est resté immobile sur le seuil. Son regard allait de mon visage à la table couverte de comprimés, puis revenait à moi avec ce calme insupportable que je lui connaissais si bien. À cet instant, j’aurais préféré le voir surpris, maladroit, même en colère. N’importe







