MasukSERSY
Le train roulait, emportant Paris loin derrière moi, comme un souvenir qu'on regarde s'éloigner sans regret. Les paysages défilaient, des toits, des arbres, des champs, des rivières. Tout devenait plus vert, plus ouvert, plus libre, comme si la terre elle-même se libérait de ce poids que j'avais porté si longtemps.J'avais le front collé à la vitre froide, les doigts posés sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu dans l'horizon qui se déroulait sans fin. La lSERSY Il y avait dix-huit mois, je ne savais pas qui j'étais. Je le croyais, peut-être. Je me raccrochais à des certitudes qui s'effondraient dès que je les touchais. Mais aujourd'hui, en ouvrant les yeux dans la lumière douce de cet appartement lyonnais, je savais.Je m'appelais Sersy Delacroix. J'avais trente-deux ans. Je vivais dans une ville qui n'avait jamais connu mes larmes, et je m'y étais construite une vie qui ne portait aucune cicatrice de mon passé.Le réveil a sonné à sept heures, mais j'étais déjà éveillée depuis un moment. J'aimais ces instants, ces premiers regards sur le jour qui commence, cette pause avant que le monde ne s'emballe. Les toits de Lyon s'étendaient devant ma fenêtre, une mer de tuiles rouges et ocres, baignées par une lumière dorée qui semblait ne faire que pour moi.Je me suis levée lentement, mes pieds nus sur le parquet. La pièce était petite, mais elle était à moi. Les murs blancs que j'avais choisis, les
SERSY Le train roulait, emportant Paris loin derrière moi, comme un souvenir qu'on regarde s'éloigner sans regret. Les paysages défilaient, des toits, des arbres, des champs, des rivières. Tout devenait plus vert, plus ouvert, plus libre, comme si la terre elle-même se libérait de ce poids que j'avais porté si longtemps.J'avais le front collé à la vitre froide, les doigts posés sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu dans l'horizon qui se déroulait sans fin. La lumière du matin était douce, dorée, comme une promesse — une promesse que je n'attendais plus de personne, une promesse que je me faisais à moi-même.À côté de moi, un livre ouvert sur la tablette, des pages que je n'avais pas tournées. Je n'arrivais pas à lire. Je ne pouvais que regarder, que ressentir, que laisser les images et les souvenirs se mêler dans ma tête comme des teintes sur une palette.Je me suis souvenue de la première fois où j'avais attendu qu'il me choisisse.
VERSUS IIL'appel de Liora était arrivé à sept heures du matin. Je dormais à peine, un sommeil agité, peuplé de rêves que je ne voulais pas faire. La sonnerie du téléphone m'avait tiré de ce demi-sommeil comme une gifle.« Versus ? »Sa voix était calme, presque neutre. Mais je sentais une tension derrière les mots, une urgence qu'elle s'efforçait de masquer.« Qu'est-ce qu'il y a, Liora ? »« Elle part. Aujourd'hui. Dans une heure. Gare de Lyon. Train pour... enfin, tu sais où. »Mon cœur s'est arrêté une fraction de seconde. Puis il s'est emballé, battant trop vite, trop fort.« Pourquoi tu me dis ça ? Tu n'es pas obligée de me le dire. »« Je ne sais pas pourquoi je te le dis, Versus. Peut-être parce qu'elle mérite de savoir que tu es venu. Peut-être parce que tu mérites de savoir qu'elle part. Je ne sais pas. Fais ce que tu veux de cette information. »La communication a été coupée. Je suis res
SERSY Le train était à huit heures. J'avais posé mon réveil à six heures, mais je n'avais pas dormi. Pas vraiment. Les heures avaient défilé, lentes, lourdes, comme un compte à rebours avant le grand saut. J'étais assise sur le bord de mon lit, les mains posées sur mes genoux, le regard fixé sur la valise ouverte qui trônait au milieu de la pièce. Elle était presque vide. Quelques vêtements, des papiers, le carnet où j'écrivais mes pensées, une photo de ma mère. Pas plus. C'était tout ce qui restait de ma vie d'avant. Une valise. Des souvenirs. Des promesses que je n'avais pas tenues.J'ai pris une inspiration, puis une autre. L'air était frais, un peu humide, comme après une pluie d'été. La lumière du matin filtrait à travers les rideaux, douce, dorée, comme une bénédiction.« Tu es prête ? » La voix de Liora, derrière moi. Elle était arrivée plus tôt, pour m'aider, pour me soutenir, pour me dire au revoir. Elle était debout dans l'encadrement de la
VERSUS IILa nouvelle était arrivée par Liora. Pas directement, pas volontairement. Une conversation surprise, un détail glissé entre deux phrases, une information que j'avais captée comme on attrape une fièvre. « Elle part à Lyon, tu savais ? » J'étais resté figé, le téléphone à la main, les mots dansant devant mes yeux comme des lucioles dans la nuit. Lyon. Elle partait à Lyon. Une autre ville, une autre vie, un autre monde. Loin de Paris. Loin de moi. « Quand ? » avais-je demandé, la voix plus étranglée que je ne le voulais. « La semaine prochaine. On lui a proposé un poste de direction artistique dans une galerie. Elle a accepté. »La semaine prochaine. Le temps d'un battement de cil, d'une inspiration, d'un regret. Je n'avais pas répondu tout de suite. Les mots refusaient de sortir, bloqués dans ma gorge comme des cailloux. J'avais murmuré un remerciement, j'avais raccroché, et j'étais resté assis dans le silence de mon appartement, à regarder le vide.
SERSY L'exposition s'était achevée dans une explosion de compliments et de sourires. Les critiques étaient dithyrambiques, les visiteurs nombreux, les artistes comblés. Cécile m'avait prise dans ses bras, les yeux brillants, en me répétant : « Sans vous, Sersy, rien de tout ça n'aurait été possible. » J'étais rentrée chez moi avec une sensation étrange. Pas l'euphorie, pas la fierté, pas la satisfaction d'un travail bien fait. Une impression de plénitude, comme si une pièce manquante de mon puzzle venait enfin de se mettre en place. J'avais retrouvé quelque chose que j'avais cru perdu à jamais : ma capacité à créer, à organiser, à faire vivre des projets. Mais en même temps, une ombre planait. Une question que je n'osais pas formuler, mais qui tournait dans ma tête comme une abeille prisonnière. Et maintenant ? Le studio était devenu un refuge, mais aussi une cage. Les murs étaient trop proches, les souvenirs trop présents, l'avenir trop incertain. J'avais besoin de bouger. De cha
VERSUS II Je croyais tout maîtriser Quand Sersy m’a regardé comme ça, j’ai compris que quelque chose venait de se briser. Pas seulement dans cette cuisine. Pas seulement entre nous. En elle. Je l’ai vue dans la façon dont elle s’est tenue devant moi, les épaules droites malgré le choc, les ye
SERSY Elle est revenue Un silence.« Quand la situation aurait été différente.» Je me suis mise à rire. Un rire sec, presque méconnaissable. « Quelle situation ?» Il a serré la mâchoire. « La nôtre.» La phrase a frappé plus fort que tout le reste. La nôtre. Pas son travail. Pas ses inquié
SERSY Depuis le début Versus II est resté immobile sur le seuil. Son regard allait de mon visage à la table couverte de comprimés, puis revenait à moi avec ce calme insupportable que je lui connaissais si bien. À cet instant, j’aurais préféré le voir surpris, maladroit, même en colère. N’importe
SERSY « Depuis combien de temps ce traitement agit-il ? » Ma voix ne tremblait presque pas. J’ignore encore comment j’ai fait. Elle m’a expliqué. J’ai entendu quelques mots : régularité, efficacité, interruption, délai. Rien n’a vraiment imprimé dans mon esprit. Une seule vérité recouvrait to







