เข้าสู่ระบบChapitre 91AlyaIl a laissé une enveloppe.Elle est posée sur la table des confidences, à la place exacte où il s'asseyait chaque soir, dans le coin sombre du restaurant. Je la vois en entrant dans la salle, ce matin, alors que je viens préparer le service du déjeuner. Le carillon a tinté au-dessus de ma tête, comme toujours, mais cette fois, le son m'a serré la gorge. Parce que je savais qu'il était venu. Je le sentais. Cette enveloppe en est la preuve.Je m'approche lentement, les jambes lourdes. Le papier est épais, blanc, banal. Il n'y a pas de mot dessus. Pas de prénom. Rien. Juste mon nom, écrit à la main, de cette écriture trop élégante qui m'a toujours déstabilisée. Cette écriture d'homme cultivé, habitué aux documents importants. Une écriture qui ne colle pas avec la veste éliminée qu'il portait le premier jour.Je m'assois. Je pose mes deux mains à plat sur la table, de chaque côté de l'enveloppe. Je respire. J'essaie de me calmer. Mais mon cœur bat trop vite. Mes doigts tr
Chapitre 90RafaelJe suis allé au restaurant.J'ai poussé la porte, le carillon a tinté. Marco m'a vu entrer, il a hésité une seconde avant de s'approcher.— Monsieur Rafael. Vous voulez une table ?— Juste un café. Dans le coin sombre.Il a hoché la tête. Je me suis installé à ma place habituelle, celle d'où je l'observais chaque soir. J'attendais un regard, un signe, n'importe quoi.Elle ne m'a pas regardé une seule fois.Elle passait entre les tables, souriait aux clients, entrait en cuisine, revenait avec des plats. Pas un coup d'œil pour moi. Pas une hésitation. J'étais transparent. Invisible. Mort à ses yeux.Marco a posé le café devant moi.—
Chapitre 89AlyaJe suis retournée au restaurant.Travailler. C'est la seule chose qui me maintient debout, la seule chose qui m'empêche de m'effondrer, la seule chose qui donne encore un sens aux heures qui s'égrènent depuis que je suis sortie de cet appartement. Travailler pour ne pas penser, pour ne pas sentir, pour ne pas revoir en boucle son visage défait, ses larmes, ses aveux qui m'ont brisée.— Patronne, vous devriez vous reposer, me dit Marco en me voyant enfiler mon tablier.— Je vais bien, Marco. Occupe-toi des entrées.Il n'insiste pas. Il connaît ma voix quand elle ne supporte plus qu'on me pose des questions. Il détourne les yeux et retourne à ses fourneaux. Les clients arrivent, la salle se remplit, et je me laisse absorber par le rythme du service.Les clien
Chapitre 88RafaelLa porte claque.Le bruit se répercute dans le couloir comme une détonation, et je reste planté là, les pieds rivés au sol, le regard fixé sur le battant qui vient de se fermer. Camille n'a pas hurlé, elle n'a pas menacé, elle a juste dit ces mots, ces mots qui tournent déjà en boucle dans mon crâne.— Elle ne va pas bien. Par ta faute.Sa voix était froide, posée, et pourtant elle m'a atteint avec la précision d'une lame. Par ma faute. Comme si j'avais besoin qu'on me le rappelle. Comme si chaque battement de mon cœur ne me le criait pas déjà.Je descends l'escalier. Mes jambes bougent toutes seules, mécaniques. Dehors, la nuit m'avale. J'erre dans la ville sans but, sans direction, sans rien. Les rues défilent, silenc
Chapitre 87CamilleElle l'aime encore. Malgré tout. Malgré la vengeance, les mensonges, l'humiliation. Je le vois dans ses yeux rougis, dans ses mains qui tremblent quand elle prononce son nom, dans ce mélange de douleur et de désir qui la consume. Je la comprends et je ne la comprends pas. L'amour est une maladie, une fièvre qui s'accroche aux os et refuse de lâcher prise, même quand tout devrait être mort.Alya est restée chez moi cette nuit. Elle a pleuré jusqu'à l'épuisement, puis elle s'est endormie sur mon canapé, recroquevillée comme une enfant, les joues marbrées de larmes séchées. Je l'ai couverte d'une couverture, j'ai éteint la lumière, et je suis restée assise dans le noir à veiller sur elle, impuissante, enragée, déchirée entre l'envie de la secouer et celle de la protéger du monde entier.Ce matin, Rafael est venu me voir.Je ne m'y attendais pas. J'étais dans ma cuisine, à prép
Chapitre 86AlyaCamille. Je n'ai pas appelé avant de venir. Mes jambes m'ont portée jusqu'à sa porte par instinct, par réflexe de survie, parce qu'il n'y avait qu'elle, toujours elle, quand le sol se dérobait sous mes pieds.Elle a ouvert, elle a vu mon visage, et elle n'a rien demandé. Elle m'a attirée à l'intérieur, et je me suis effondrée dans ses bras, secouée de sanglots que je retenais depuis des heures, depuis des semaines, depuis le premier jour peut-être.Elle m'a bercée comme une enfant. Sa main caressait mes cheveux, ses bras me serraient fort, sa voix murmurait des mots sans suite, des mots qui ne voulaient rien dire d'autre que "je suis là, je te tiens, tout va bien", même si rien n'allait bien.— Je t'avais prévenue, a-t-elle dit doucement, quand mes sanglots se so
Chapitre 5RafaelLa porte du restaurant se referme derrière moi, le carillon tinte une dernière fois, et je me retrouve sur le trottoir humide, les mains enfoncées dans les poches de ma veste élimée, le visage fouetté par le vent de mars. Je reste immobile quelques secondes, les yeux fixés sur la
Chapitre 4AlyaQuatorze heures précises. Le carillon tinte et la porte s'ouvre sur un homme que je ne connais pas encore, mais qui, dans quelques minutes, deviendra mon futur mari contractuel. L'idée est si absurde que j'ai envie de rire nerveusement, mais je me retiens, les mains crispées sur mes
Chapitre 3AlyaCamille débarque sans prévenir à vingt et une heures passées, trempée par l'averse de mars, une bouteille de vin blanc à la main. Elle a les cheveux plaqués sur le front, les joues rougies par le froid, et ce sourire indomptable qui ne la quitte jamais, même dans les pires moments.
Chapitre 2AlyaGabriel arrive le lendemain matin sans prévenir, comme il le fait toujours, comme si le restaurant lui appartenait encore, comme si ces deux années de séparation n'avaient été qu'une parenthèse qu'il peut refermer à sa guise.Je suis en train de préparer la salle pour le service du







