MasukChapitre 32RafaelDîner avec Camille. Je l'avais redouté toute la journée, non pas parce que je craignais sa perspicacité ou ses questions acérées, mais parce que je savais que cette soirée serait un test, un véritable test dont l'enjeu n'était plus stratégique mais profondément personnel. Test réussi, du moins si j'en crois le sourire qu'elle m'a adressé en partant et le regard appuyé qu'elle a lancé à Alya par-dessus son épaule, un regard qui semblait dire « je te donne mon approbation, mais je te surveille encore ». J'ai joué le rôle du mari attentionné, oui, mais pour la première fois depuis le début de cette mascarade, ce n'était pas un rôle. Ce n'était pas une façade que j'enfilais comme on enfile une veste élimée pour tromper son mo
Chapitre 31AlyaCamille est venue dîner. C'était la première fois qu'elle revenait au restaurant depuis que Rafael avait commencé à s'éloigner, et je redoutais cette soirée autant que je l'espérais, partagée entre l'envie de voir mon amie et la peur qu'elle ne remarque quelque chose, qu'elle ne pose des questions, qu'elle ne mette le doigt sur des vérités que je n'étais pas encore prête à affronter. Mais dès les premières minutes, j'ai compris que cette soirée ne ressemblerait pas à ce que j'avais imaginé. Rafael a été parfait. Il est arrivé à l'heure exacte, vêtu d'une chemise propre que je ne lui avais jamais vue, une chemise bleu sombre qui faisait ressortir le noir profond de ses yeux et qui lui donnait une allure presque élégante malgré l'absence de veste. Il a salu&
Chapitre 30RafaelElle ne sait pas ce qui la rend heureuse en dehors du restaurant. Je lui ai posé la question sans préméditation, sans calcul, sans avoir anticipé ce que sa réponse allait provoquer en moi. Elle était debout près du plan de travail, sa tasse de café à la main, éclairée par la lumière grise du matin qui filtrait à travers la baie vitrée, et elle m'a regardé avec ses grands yeux noisette comme si personne ne lui avait jamais posé cette question, comme si l'idée même qu'elle puisse avoir une source de bonheur indépendante de ce restaurant ne l'avait jamais effleurée. Et quand elle a répondu « Cuisiner. Le restaurant. », quand elle a dit ces mots avec une simplicité désarmante, comme si c'était l'évidence même, j'ai senti quelque chose se briser en moi.Cette femme a tout donné à l'héritage de sa grand-mère. Elle a sacrifié ses années, sa jeunesse, ses relations, son avenir, tout ce qu'elle aurait pu être ou devenir, pour honorer la mémoire d'Helena Monteiro et pour main
Chapitre 29AlyaIl m'a demandé : « Qu'est-ce qui te rend heureuse ? » La question est tombée dans le silence comme une pierre dans l'eau calme, créant des ondulations que je n'avais pas anticipées. Nous étions assis dans la cuisine de l'appartement, un matin gris où la lumière filtrait à peine à travers les nuages bas, et je buvais mon café debout près du plan de travail pendant qu'il lisait son journal à la table. Il avait levé les yeux vers moi sans prévenir, abandonnant sa page économique au milieu d'un article, et il avait posé cette question d'une voix douce, presque timide, qui ne ressemblait pas à sa voix habituelle, cette voix calme et maîtrisée qui ne laissait jamais rien filtrer.J'ai failli répondre « vous ». J'ai failli répondre « toi ». Le mot était là, sur le bout de ma langue, brûlant, prêt à jaillir comme une vérité que je n'avais jamais formulée à voix haute mais qui était pourtant la réponse la plus sincère que je pouvais donner. Toi. Toi qui es entré dans ma vie un
Chapitre 28RafaelJe suis venu sous la pluie. Sans raison, sans explication logique, sans pouvoir me raccrocher à une excuse crédible que j'aurais pu me donner à moi-même pour justifier cette impulsion soudaine qui m'avait fait sortir de mon bureau, descendre les escaliers, marcher sous l'averse glacée sans même prendre de manteau. L'appartement était vide quand j'étais rentré ce soir, et ce vide m'avait frappé en pleine poitrine comme un coup de poing, ce vide qui aurait dû me rassurer, qui aurait dû me permettre de respirer, de me concentrer, de reprendre le contrôle de cette situation qui m'échappait depuis des semaines. Mais au lieu de cela, le silence de l'appartement désert m'avait paru insupportable, étouffant, oppressant, et j'avais cherché son visage dans chaque pièce, son odeur dans chaque couloir, le son de sa voix dans chaque recoin obscur. Elle me manquait. C'était la seule vérité que je pouvais admettre, la seule explication que je pouvais donner à cette course insensée
Chapitre 27AlyaIl est revenu ce soir. La pluie tombait depuis le milieu de l'après-midi, une pluie de mars glacée et obstinée qui fouettait les vitres du restaurant et transformait les rues en miroirs sombres où se reflétaient les lumières des réverbères. J'étais en train de passer la serpillière dans la salle vide, les chaises retournées sur les tables, les lumières tamisées, quand j'ai entendu frapper à la porte vitrée. Ce n'était pas le tintement du carillon, c'étaient des coups sourds, hésitants, presque timides, qui ne ressemblaient pas à la façon dont les clients attardés signalaient leur présence. J'ai levé les yeux, et je l'ai vu.Il se tenait sur le pas de la porte, trempé de pluie. Ses cheveux noirs plaqués sur son front, sa veste élimée dégoulinante d'eau, ses épaules voûtées comme s'il portait un poids trop lourd pour lui, et ses yeux, ses yeux noirs qui n'étaient plus calmes ni impassibles mais qui brillaient d'une détresse qu'il ne cherchait même pas à cacher. Il n'a r
Chapitre 4AlyaQuatorze heures précises. Le carillon tinte et la porte s'ouvre sur un homme que je ne connais pas encore, mais qui, dans quelques minutes, deviendra mon futur mari contractuel. L'idée est si absurde que j'ai envie de rire nerveusement, mais je me retiens, les mains crispées sur mes
Chapitre 3AlyaCamille débarque sans prévenir à vingt et une heures passées, trempée par l'averse de mars, une bouteille de vin blanc à la main. Elle a les cheveux plaqués sur le front, les joues rougies par le froid, et ce sourire indomptable qui ne la quitte jamais, même dans les pires moments.
Chapitre 2AlyaGabriel arrive le lendemain matin sans prévenir, comme il le fait toujours, comme si le restaurant lui appartenait encore, comme si ces deux années de séparation n'avaient été qu'une parenthèse qu'il peut refermer à sa guise.Je suis en train de préparer la salle pour le service du
Chapitre 5RafaelLa porte du restaurant se referme derrière moi, le carillon tinte une dernière fois, et je me retrouve sur le trottoir humide, les mains enfoncées dans les poches de ma veste élimée, le visage fouetté par le vent de mars. Je reste immobile quelques secondes, les yeux fixés sur la







