Home / Romance / Miroirs Contraires / Chapitre 4 : Ombre Portée 2

Share

Chapitre 4 : Ombre Portée 2

Author: L'invincible
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-04 19:54:40

Naya

Mon premier jour.

Le siège de Varnier-Berthelot est une tour de verre qui se reflète dans la Seine, comme une épée de cristal plantée dans le ciel parisien. Dans le hall d’entrée, un atrium de plusieurs étages, des plantes tropicales touffues côtoient des sculptures métalliques abstraites. L’air y est encore plus conditionné, parfumé discrètement. Des hommes et des femmes en tenue impeccable glissent sur le sol de marbre, des tasses de café à la main, parlant d’un ton vif et assuré. Je me sens transparente, puis horriblement visible.

Claire m’attend, l’air aussi impatient que la veille.

— Suivez-moi. Vous êtes assignée au pôle Innovation, étage 24. Vous serez l’assistante de support pour M. Varnier. Ne parlez que si on vous interroge. Observez. Apprenez.

L’ascenseur est un habitacle de verre qui s’élance dans les airs, la ville qui s’affaisse sous nos pieds. Mon estomac se soulève. L’open space du 24e est un plateau immense, inondé de lumière. Les bureaux sont des îlots de design minimaliste. Tout est blanc, gris, bois clair. On entend le cliquetis feutré des claviers, le bourdonnement bas des conversations téléphoniques.

Mon bureau est petit, dans un coin, mais il a une vue. Une vue à couper le souffle sur les toits de Paris. Je m’assois sur la chaise ergonomique, qui semble m’envelopper. L’ordinateur est allumé, son écran lisse et noir.

Et c’est là qu’il arrive.

Pas comme une tempête, mais comme un changement de pression dans la pièce. Une attention se déplace vers la porte. Lysandre Varnier entre d’un pas rapide, vêtu d’un jean sombre et d’une chemise blanche aux manches déjà retroussées. Il parle à quelqu’un derrière lui, d’une voix calme mais qui porte. Son regard balaie la pièce, s’arrête une micro-seconde sur moi. Un point d’intérêt dans un champ de données connues.

Il se dirige vers son bureau, puis semble changer d’avis. Il vient vers moi. Je me redresse, les mains moites.

— Vous êtes la nouvelle. Naya, c’est ça ?

— Oui, monsieur.

— Lysandre. Personne ne m’appelle « monsieur » ici sans que je le prenne pour une insulte. Vous savez utiliser un logiciel de gestion de données propriétaire ? Celui qui fait hurler les gens normaux ?

— Je… J’ai lu le manuel en ligne. Hier soir.

Un sourcil se lève. Une lueur dans ses yeux gris-vert.

— Vous avez lu le manuel. Volontairement. C’est soit très courageux, soit très stupide. On va voir. Venez.

Il ne demande pas, il constate. Je le suis jusqu’à son bureau, qui est étrangement… vivant. Désordonné. Des feuilles couvertes de formules, un prototype électronique démonté, une tasse de café froid. Pas le décor aseptisé des autres.

Il se penche sur mon épaule pour montrer quelque chose à l’écran. Sa présence est une onde de chaleur. Il sent le savon noir, le café, et quelque chose d’électrique, comme l’air avant un orage. Sa voix, un ronronnement grave à mon oreille, explique la logique du logiciel. Je ne comprends pas tout, mais j’écoute chaque inflexion, je capte chaque mouvement de ses mains – des mains fortes, aux doigts longs, avec une fine cicatrice sur l’articulation du pouce.

— Ici, il faut le persuader, pas lui ordonner, dit-il. Il déteste les ordres.

Il parle du programme comme d’une entité vivante, capricieuse. Je hoche la tête, hypnotisée.

— Pourquoi êtes-vous venue ici, Naya Mendes ?

La question me percute. Je mens, instinctivement, avec la facilité de celle qui a caché sa pauvreté toute sa vie.

— Pour l’opportunité. Pour apprendre.

Il tourne la tête. Son regard, de si près, est insoutenable. Il scrute, il sonde.

— Tout le monde ment, dit-il doucement. Mais ta bouche dit « opportunité » et tes yeux disent « survie ». C’est plus intéressant.

Personne ne m’a jamais vue ainsi. Pas même Mama, qui voyait en moi sa force, son espoir, mais pas cette lutte animale pour la surface. Je me sens mise à nu. Terrifiée. Et incroyablement vivante.

C’est à ce moment qu’elle apparaît.

Liora

Je les observe depuis mon bureau, derrière la vitre teintée de mon bureau d’angle, un étage au-dessus. Lui. Et elle.

Lysandre est penché sur le bureau de la nouvelle, dans l’open space. Naya Mendes. Son nom est simple, trop simple pour cet endroit. Elle est arrivée ce matin, je l’ai vue traverser le hall. Elle portait une robe bleu marine cheap, ses yeux grands ouverts buvant tout, effrayés et déterminés. Une biche dans un abattoir climatisé. Mais elle avait une façon de se tenir, droite malgré tout, qui m’a agacée.

Et maintenant, elle est avec lui. Et ce n’est pas la peur que je vois sur le visage de Lysandre. C’est de l’intérêt. Une curiosité intense, presque clinique. Il lui explique quelque chose, son doigt traçant des lignes sur l’écran, et elle écoute, absorbée, mordillant sa lèvre inférieure. Un geste d’une vulnérabilité frustrante, presque indécente.

— Tu la dévores des yeux.

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • Miroirs Contraires   Chapitre 83 : Le Départ

    NayaLe jour se lève à peine quand Maria nous réveille.Pas avec des mots. Avec des gestes. Le bruit doux de la bouilloire qui chante sur le feu, l'odeur du riz qui cuit doucement dans la marmite en terre, le froissement de ses pas nus sur la terre battue de la kitchenette. Elle prépare le petit-déjeuner comme tous les matins depuis que nous sommes arrivées, mais aujourd'hui, il y a quelque chose de différent dans sa façon de bouger. Quelque chose de plus lent. De plus lourd. De plus grave.Chacun de ses gestes semble imprégné d'une solennité muette, comme si elle accomplissait un rituel ancien dont elle seule connaît le sens. Ses mains s'attardent sur la bouilloire. Ses doigts caressent le bois de la cuillère. Ses yeux s'arrêtent plus longtemps sur chaque objet, comme pour en mémoriser la texture, la couleur, le poids.C'est le dernier matin.Je m'assois sur le bord du lit, les jambes encore faibles de la fièvre qui m'a terrassée il y a quelques jours, mais le corps reposé, l'esprit

  • Miroirs Contraires   Chapitre 82 : La Guérison

    Naya---La fièvre est tombée.Je me réveille un matin, et le poids sur ma poitrine a disparu. Ma tête est légère, claire, comme lavée par l'orage. Mon corps est faible encore, mais d'une faiblesse douce, reposée, presque agréable.La lumière du soleil traverse les murs en bois, dessine des motifs mouvants sur le sol. J'entends les vagues au loin, le vent dans les cocotiers, les rires des enfants qui jouent sur la plage.Je suis vivante.Je me redresse lentement. Mes bras tremblent un peu, mais ils tiennent. Je pose mes pieds nus sur le sol de terre battue. C'est frais, rugueux, réel.Dans l'autre pièce, j'entends Maria et Liora qui parlent à voix basse.— Il faut la laisser dormir,

  • Miroirs Contraires   Chapitre 81 : Le Soin

    Liora---Je ne sais pas quoi faire de mes mains.Je suis debout dans l'entrée de la petite pièce, les bras ballants, à regarder Maria qui soigne Naya. Elle a l'air si sûre d'elle, si compétente, si maternelle. Elle change le linge sur le front de Naya, lui fait boire des tisanes, lui parle doucement.Moi, je ne sais rien faire.Je n'ai jamais soigné personne. Je n'ai jamais veillé un malade. Je n'ai jamais tenu la main de quelqu'un qui souffrait.Chez les Delacroix, quand j'étais malade, on m'envoyait dans ma chambre et on fermait la porte. Une domestique passait de temps en temps, déposait un plateau-repas, repartait sans un mot. Isabelle disait que la maladie était une faiblesse, et que les Delacroix n'étaient pas faibles.

  • Miroirs Contraires   Chapitre 80 : La Fièvre

    Naya---Je me réveille avec un poids sur la poitrine.Pas un poids physique , quelque chose de plus sournois, de plus profond. Une fatigue qui vient de l'intérieur, qui colle à mes os, qui m'empêche de bouger.J'essaie de me lever. Mes jambes ne répondent pas.J'essaie d'appeler. Ma voix est un filet, à peine audible.La lumière du jour traverse les murs en bois, éclabousse le sol de taches dorées. Le hamac de Liora est vide. Dans l'autre pièce, j'entends des bruits , la bouilloire qui siffle, des pas légers, la voix de Maria qui chantonne.— Maman, j'essaie de dire.Rien ne sort.Je referme les yeux. Le monde tourne autour de moi, lentement, comme un manège fatigué. Mon corps est brûlant. Mon front est trempé de sueur. Mes draps sont collan

  • Miroirs Contraires   Chapitre 79 : Les Photos 2

    Liora---Les photos défilent sous mes yeux.Naya à huit mois, édentée, rieuse. Naya à un an, une couronne en carton sur la tête. Naya à trois ans, un dessin à la main. Naya à six ans, le visage grave sur les marches du perron. Naya à dix ans, un ruban dans les cheveux. Naya à quinze ans, un livre à la main, le regard déjà fatigué.Toute une vie en images. Toute une enfance documentée, préservée, aimée.Et moi ?Où sont les photos de moi ?Il n'y en a pas. Pas une seule. Pas dans cette boîte, pas ailleurs. Personne n'a jamais pris le temps de capturer mes sourires, mes grimaces, mes premières fois. Personne n'a jamais pensé que je méri

  • Miroirs Contraires   Chapitre 77 : Les Photos

    Naya---C'est le soir.Le soleil s'est couché dans un fracas de couleurs — orange, rose, violet, comme si le ciel lui-même célébrait quelque chose. Les moustiques commencent à sortir, attirés par la chaleur des corps. Maria a allumé une bougie à la citronnelle, posée au milieu de la table basse.Nous venons de finir de dîner. Le poisson que Liora a écaillé — celui-là même qu'elle a maudit toute la matinée — était délicieux. Maria l'a fait griller sur un feu de bois, avec du citron et des herbes que je ne connais pas.— J'ai quelque chose à vous montrer, dit Maria.Elle se lève, disparaît derrière la cloison, revient avec une boîte en fer.

  • Miroirs Contraires   Chapitre 46 : La Décision

    Elara se rassoit, réfléchit.— Si tu lui dis avant, elle va vouloir venir. Ou elle va t'en empêcher. Ou elle va faire quelque chose d'imprévisible. Liora est instable, en ce moment. Depuis que son père est mort, elle est...&mdas

  • Miroirs Contraires   Chapitre 45 : Le Secret d'Isabelle 3

    Dans le couloir, mes jambes se dérobent. Je m'appuie contre le mur, le souffle court.Ma mère est vivante.Ma vraie mère.Quelque part aux Philippines, sur une île dont je n'ai jamais entendu parler, une femme m'attend peut-être.

  • Miroirs Contraires   Chapitre 44 : Le Secret d'Isabelle 2

    Elle me regarde droit dans les yeux.— Elle a accouché de deux filles. Des jumelles. Vous et Liora.Le sol se dérobe sous mes pieds. Je m'assois par terre, dos au mur, sans même m'en rendre compte.— Quand j'ai appris la nouvelle,

  • Miroirs Contraires   Chapitre 43 : Le Secret d'Isabelle 1

    NayaLa clinique privée de Neuilly sent l'éther et les fleurs coupées. Un parfum de mort déguisée en luxe.Je pousse la porte du bâtiment principal, les mains moites malgré le froid de ce matin de novembre. Elara m'a donné l'adresse hier soir, après que Marc ait enfin localisé Isabelle Delacroix.—

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status