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Empire House

Author: Beugre
last update publish date: 2026-03-16 06:11:39

À l’intérieur, il faisait sombre. Le soleil n’était pas encore levé au‑dessus des maisons de Londres, si bien qu’une faible lumière passait à travers les hautes et étroites fenêtres. Pourtant, cette lumière suffisait à illuminer la scène devant moi au point de me nouer la gorge.

Je me tenais à l’entrée d’une salle immense, d’au moins vingt mètres de large. À part l’énorme lustre en fonte suspendu au plafond et les galeries en hauteur le long des murs, il n’y avait aucune décoration. Aucun portrait, aucun rideau, rien. Le sol était en pierre polie sombre, les murs peints d’un vert‑bleu foncé. Dans n’importe quel autre endroit, ce manque de décoration aurait pu faire penser que le propriétaire était pauvre, mais pas ici. L’ampleur même de cette caverne austère niait toute idée de pauvreté. Et puis, il ne me fallut pas longtemps pour comprendre la vraie raison de cette décoration spartiate. J’avais vécu trop longtemps avec mon cher oncle et ma tante pour ne pas reconnaître les signes de quelqu’un qui garde son argent bien caché.

Dans toute la salle, des gens couraient d’une des nombreuses portes à l’autre, portant des feuilles de papier, manifestement pressés de terminer leurs affaires. La seule personne qui ne bougeait pas d’un pouce était un vieil homme au visage cireux, derrière un comptoir en bois simple au fond de la pièce. Il était simplement assis, penché sur un livre dans lequel il griffonnait des notes.

Était‑ce le réceptionniste ? Eh bien, il n’y avait qu’un seul moyen de le savoir.

Je m’approchai du comptoir et raclai timidement ma gorge. L’homme ne sembla pas remarquer ma présence et continua d’écrire dans son livre.

Je raclai ma gorge de nouveau, plus fort cette fois, et croisai les bras. Ce type commençait sérieusement à me taper sur les nerfs !

Enfin, il daigna lever les yeux et m’examina par-dessus le haut de ses petites lunettes à monture métallique. L’expression qu’il prit me fit comprendre qu’il n’était pas très content de ce qu’il voyait.

— Oui ?

C’était le moment. Dernière chance de reculer. Dernière chance de quitter cet endroit et de ne jamais revenir.

Avec un grand effort, je rassemblai tout mon courage et dis, fort et clairement :

— Je suis venue voir M. Ambrose.

Je n’aurais pas pu obtenir de réaction plus impressionnante si j’avais dit : « Je suis venue voir le Père Noël faire un claqué nu sur votre bureau. » Tout le monde à portée de voix s’arrêta pour se tourner vers moi. Un jeune employé trébucha sur ses propres pieds et parvint de justesse à ne pas faire tomber l’énorme pile de papiers qu’il portait.

— M. Ambrose ? demanda Cireux-face, incrédule.

— M. Rikkard Ambrose ?

— Y en aurait-il un autre ici ?

— Assurément pas, Mademoiselle ?

— Linton. Mademoiselle Lillian Linton.

— Eh bien, Mademoiselle Linton, dit-il en joignant ses longs doigts d’une manière qu’il devait croire menaçante, M. Ambrose est un homme très occupé. Il n’a pas de temps à consacrer à tous ceux qui souhaitent le gaspiller. Il baissa de nouveau les yeux vers son livre.

— Si vous êtes venue pour collecter pour une œuvre de charité, essayez chez Lord Arlington ou Lady Metcalf. Je suis sûr qu’ils se feront un plaisir de vous recevoir.

— Je ne suis pas venue pour collecter pour une œuvre de charité, répondis‑je.

— J’ai un rendez‑vous.

Cette fois, quelqu’un fit effectivement tomber ses documents. J’entendis le bruit derrière moi et les pas pressés de quelqu’un courant après les papiers volants. Il n’y prêta aucune attention. Toute son attention était de nouveau sur moi, me jaugeant de haut en bas, puis de bas en haut.

— Vous avez un rendez‑vous, Mademoiselle ?

— Linton. Oui.

— Avec qui, si je puis demander ?

— Avec M. Ambrose, bien sûr. Je vous ai déjà dit que je venais le voir. On m’a dit d’être ici à neuf heures.

Ses yeux me transperçaient, comme s’il essayait de voir un petit mot collé au dos de ma tête disant « Poisson d’avril », bien qu’on soit en plein été.

— Par qui ? demanda‑t‑il.

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