ログイン
Lola a fait vérifier les informations : sa maison située sur l’île Saint-Louis avait été achetée par Louis avant leur mariage.Elle ne faisait donc pas partie des biens communs. En cas de divorce, elle n’avait aucun droit d’en réclamer la part. Ainsi, le divorce devenait son unique levier. Une monnaie d’échange.Lola a quitté la maison du quartier de Fontainebleau et s’est installée dans sa voiture. Elle ignorait où Louis était parti en déplacement, ni même le décalage horaire là-bas. Mais elle ne voulait pas attendre une seconde de plus.Chaque jour passé par Élise dans cette maison était pour elle une lente torture.Elle a appelé directement Louis. La sonnerie a retenti, interminable, jusqu’à ce que l’appel se soit coupé automatiquement. Sans réponse.Elle a tenté ensuite le numéro d’Antoine. Même silence.Dehors, le vent hivernal hurlait. Dans l’habitacle plongé dans la pénombre, Lola a esquissé un sourire glacé, les dents serrées.Soudain, son téléphone a vibré.Elle a cr
« Alors dis-moi… pourquoi précisément ici ? »Lola a fait un pas en avant. Sous ses pieds, le sol de ciment conservait encore l’empreinte de ses petits pieds d’un an. Ses parents l’y avaient fait graver en la tenant dans leurs bras.Lola est rentrée chez elle. Elle s’est forcée à retenir ses larmes.« Tu sais que cet endroit est ma maison. »Élise pouvait vivre ici. Mais jamais ainsi. Jamais dans une maison rachetée par Louis pour Élise. Cette douleur-là était plus insupportable encore que si Louis lui a planté un couteau en plein cœur.Élise a sorti de la poche de son manteau un mouchoir de lin soigneusement plié et l’a tendu à Lola.« Essuie-toi. Il fait très froid. »Lola est restée immobile, sans même regarder le mouchoir.« Lola, ne sois pas si entêtée. Cette maison n’est plus la tienne depuis longtemps. Le jour où ton père l’a vendue, elle était destinée à appartenir à quelqu’un d’autre. D’autres y vivent… pourquoi pas moi ? »Ces paroles, étrangement familières, sont reve
Élise, assise dans son fauteuil roulant, a resserré doucement son écharpe en cachemire autour de son cou.« Demain matin, je ferai mijoter une soupe. J’irai l’apporter à mon oncle. »« D’accord, Madame Renaud », a répondu l’aide-soignante en poussant le fauteuil vers l’entrée.« Élise ! » Une voix à la fois anxieuse et chargée de colère a fendu soudain l’air glacé derrière elles.Le chauffeur, manifestement un garde du corps, s’est retourné dès qu’il a perçu les pas et s’est placé en position défensive derrière le fauteuil d’Élise. Ainsi, lorsqu’elle a tourné la tête, elle n’a pas immédiatement distingué le visage de la personne arrivée. Mais cette voix…« Laissez-la passer. C’est une amie », a-t-elle dit calmement.Le garde du corps s’est écarté sur le côté. Élise a aperçu alors Lola, debout dans le vent, les yeux rougis.Le regard d’Élise s’est assombri légèrement.Autrefois, elle prenait Lola en pitié. Elle ne supportait pas de la voir pleurer ni souffrir. Quiconque osait fai
Lola a hoché la tête et a quitté la chambre d’hôpital. À peine les portes de l’ascenseur se sont-elles refermées qu’Élise est apparue au détour du couloir, poussée dans son fauteuil roulant par une aide-soignante. Son regard s’est fixé sur les chiffres rouges qui défilaient sur l’écran de l’ascenseur, l’air songeur.Après avoir quitté l’hôpital, Lola a pris le volant sans but précis. À vrai dire, pour partir à l’étranger, elle n’avait pas nécessairement besoin de l’aide du professeur Fontaine. La famille Martin, comme la famille Durant, aurait très bien pu lui rendre ce service À Paris et même à l’échelle de la France, ces deux familles jouissaient d’une influence considérable dans de nombreux domaines. Si Suzanne intervenait, l’affaire serait réglée sans difficulté. Mais Lola ne voulait pas que Suzanne soit mise au courant.Si elle l’apprenait, elle ferait tout pour l’en empêcher. Lola n’avait d’ailleurs pas encore trouvé le courage d’aborder avec Suzanne la question du divorce.
Gaspard jouissait d’un prestige considérable dans les milieux journalistiques et universitaires français. Quel que soit le champ, on lui devait toujours un certain égard. Sans compter que, du côté de l’agence de presse, plusieurs cadres dirigeants avaient été ses élèves : il lui suffirait d’un mot pour régler le cas de Lola.Lola a observé les tempes déjà grisonnantes de l’homme d’âge mûr. Une pointe de culpabilité lui a serré le cœur. « Maître… je sais vraiment que j’ai eu tort. »Les élèves de Gaspard l’appelaient tous « Professeur ». À l’époque, seule Lola persistait à l’appeler « Maître ». Même ses aînés disaient souvent, en privé, que Lola était son élève préférée.En entendant de nouveau cette appellation oubliée depuis si longtemps, une émotion fugace a traversé le visage de Gaspard. Il a ajusté ses lunettes sur l’arête de son nez et a soupiré.« Une fois partie, ce sera trois ans. Trois ans loin de Louis… tu es sûre de pouvoir t’y résoudre ? » Puis, après une courte pause, i
« Mais je ne t’ai pas menti. Je ne suis pas revenue à Paris pour te disputer Louis. Si je suis rentrée, ce n’est pas de mon fait : c’est Louis qui m’a demandé de revenir. »Le pied que Lola avait déjà posé dans l’ascenseur s’est figé net. Elle a tendu la main et a retenu la porte en appuyant sur le bouton, les portes s’ouvrant aussitôt. Elle a serré les doigts avec force, s’est contrainte à rester calme, à ne pas se retourner pour interroger Élise. Les portes de l’ascenseur se sont refermées lentement derrière elle.Lola s’est regardée dans le reflet métallique de la cabine. Son visage était d’une pâleur frappante. Elle a relâché enfin sa main crispée. Sur sa paume, à l’endroit où elle s’était écorchée la veille en tombant, de nouvelles marques sanglantes s’étaient imprimées sous la pression de ses ongles.Elle s’était crue suffisamment détachée pour faire face à Élise. Mais elle n’avait jamais envisagé que ce serait Louis lui-même qui aurait voulu le retour d’Élise.Louis était-il







