MasukAurélia
L'invitation était tombée trois jours après la soirée caritative. Adriano avait appelé Matteo, proposant un dîner « pour renouer, pour discuter de vieux souvenirs ». Matteo avait accepté, la voix neutre, mais je sentais sa méfiance. Moi, je ne sentais rien. Ou peut-être que si. Peut-être que je sentais cette petite flamme d'excitation que je n'osais pas nommer.
Le soir ven
Il leva une main, effleura ma joue. Sa peau contre la mienne était comme une décharge , pas électrique, pas surnaturelle, mais réelle, profonde, humaine.— Je peux t'embrasser ? demanda-t-il.— Je…— Juste une fois. Juste pour savoir.Je ne répondis pas. Je ne pus pas.Il s'approcha, lentement, me laissant le temps de reculer, de dire non. Je ne fis rien. Ses lèvres effleurèrent les miennes, doucement, à peine un contact.Un baiser. Un seul. Léger comme une promesse.Et je ne le repoussai pas.Je ne le repoussai pas tout de suite. Je restai là, figée, ses lèvres contre les miennes, son souffle mêlé au mien. Pendant une seconde. Pendant une éternité.Puis je reculai.— Pardon, murmura-t-il.— Non. C'est moi.— Tu regrettes ?&mda
AuréliaLes jours suivants furent étranges, suspendus. Nous vivions sous le même toit, partagions les mêmes repas, dormions dans le même lit – car Matteo était revenu le lendemain, silencieux, mais présent. Pourtant, quelque chose avait changé. Une distance, un retrait, une douleur qu'il ne montrait pas mais que je sentais.Il partait tôt, rentrait tard. Ses réunions s'allongeaient, ses absences se multipliaient. Quand il était là, il était là tout entier, mais je sentais qu'il retenait quelque chose. Comme s'il avait peur de me toucher, de me parler, de me perdre.Moi, je pensais à Adriano. À ses mains sales de terre. À ses yeux verts. À ce qu'il avait dit : « Je te désire. »Un matin, Matteo m'annonça qu'il serait en réunion toute la journée. Une affaire importante, avec des
Je ne le revis pas de l'après-midi. Il s'était enfermé dans son bureau, prenait des appels, donnait des ordres. La forteresse se refermait.Vers cinq heures, je n'en pouvais plus. Je pris mon manteau, mes clés, et je sortis.L'ascenseur, le parking, la voiture que Matteo avait mise à ma disposition. Personne ne m'arrêta , les gardes hésitèrent, mais je passai.Je ne savais pas où j'allais. Pas vraiment. Mais mes mains me conduisirent là où je voulais être.Montmartre. L'atelier d'Adriano.Je frappai à la porte, le cœur battant. Il ouvrit, les mains couvertes de terre, un tablier de cuir sur un vieux t-shirt. Quand il me vit, ses yeux s'illuminèrent.— Aurélia. Je ne t'attendais pas.— Je suis désolée, je débarque sans prévenir.— Tu es la bienvenue. Toujours.
Il hésita, joua avec son verre.— Matteo et moi, nous avons grandi ensemble. Il était le frère que je n'avais pas. Et puis… j'ai aimé quelqu'un qu'il aimait. Pas la même personne, non. Mais j'ai compris que nos chemins s'éloignaient. Qu'il choisissait l'ombre, et moi la lumière.— Qui a choisi ?— Nous deux. Chacun de notre côté.— Et maintenant ?— Maintenant, je le vois avec toi. Et je vois qu'il a changé. Toi, tu es sa lumière.— Je ne suis la lumière de personne.— Si. Tu es la sienne. Et c'est pour ça qu'il a peur. Parce que la lumière, ça s'éteint. Parce que la lumière, ça attire.Il se tut, but une gorgée de vin.— Toi, tu attires, Aurélia. Tu attires tout le monde. Même moi.La phrase tomba, simpl
AuréliaL'invitation était tombée trois jours après la soirée caritative. Adriano avait appelé Matteo, proposant un dîner « pour renouer, pour discuter de vieux souvenirs ». Matteo avait accepté, la voix neutre, mais je sentais sa méfiance. Moi, je ne sentais rien. Ou peut-être que si. Peut-être que je sentais cette petite flamme d'excitation que je n'osais pas nommer.Le soir venu, Adriano arriva avec une bouteille de vin italien et un sourire qui semblait éclairer tout l'appartement.— J'espère que tu n'as pas fait trop de manières, dit-il à Matteo en l'embrassant. Je suis un homme simple.— Je sais, répondit Matteo, sec.Moi, il m'embrassa sur la joue. Ses lèvres effleurèrent ma peau une fraction de seconde de trop. Je sentis Matteo se crisper à côté de moi.&m
Matteo arriva à ce moment-là, deux coupes de champagne à la main. Quand il vit Adriano, son visage se ferma légèrement.— Adriano. Je ne savais pas que tu viendrais.— Charles m'a invité. Il soutient une association pour les enfants, tu sais. C'est pour une bonne cause.— Charles soutient surtout sa propre réputation.— Cynique, comme toujours.Les deux hommes se regardèrent. Il y avait une histoire entre eux, je le sentais. Quelque chose de non-dit, de jamais résolu.— Je vois que tu as fait connaissance avec Aurélia, dit Matteo.— Elle est fascinante. Tu as de la chance.— Je sais.Le ton était sec. Adriano le remarqua, sourit, s'excusa et s'éloigna.— Quoi ? demandai-je à Matteo.— Rien.— Matteo.Il soupira.— Adri
Il me retourne, m'embrasse dans le cou, fait glisser la fermeture éclair. Ses mains trouvent ma peau, ma chaleur. Le miroir reflète nos corps, nos mouvements, cette danse ancienne qui nous unit.— Matteo… nous sommes dans un magasin…&
AuréliaLa cellule mesure trois pas sur trois.Je les compte. Je les recompte. Trois pas dans un sens, trois dans l'autre. Le sol est en béton brut, froid sous mes semelles. Les murs sont gris, sans aspérités. Le lit est une plaque d'acier fixée au mur avec un matelas trop mince. Les toilettes, un
AuréliaLes heures qui suivent sont un tourbillon.Un médecin arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué et aux mains sûres. Il examine Matteo, change ses pansements, lui fait une piqûre d'antibiotiques. Il m'examine aussi, prend ma tension, me fait boire un cocktail de vitamine
AuréliaLe rapport s'étale sur la table basse, vingt-trois pages de données, de connexions, de noms. Matteo est en face de moi, dos à la fenêtre. La nuit est tombée sans que je m'en aperçoive.— Il a des ramifications jusqu'en Asie du Sud-Est, dit-il en poussant une photo vers moi. Triades, trafic







