로그인RomyMilan. Le café San Carlo. La même arrière-salle que six ans plus tôt, j'ai exigé ce lieu, par superstition ou par provocation, je ne sais pas.Donato Castellano arrive avec dix minutes de retard, ce qui est sa façon de dire qu'il n'a pas besoin de moi. Il a vieilli depuis notre dernier rendez-vous, le visage s'est creusé, les cheveux ont blanchi davantage, mais les yeux sont les mêmes, ces yeux qui pèsent les gens comme des marchandises.— Vous avez été arrêtée, dit-il en s'asseyant. Ce n'est pas élégant.— Vous avez envoyé un tueur à moto qui l'a ratée. Ce n'est pas efficace.Il sourit. Le sourire des Castellano, j'ai appris à le reconnaître, maintenant que je l'ai vu sur Ezio quand il gagne, même bouche, sauf que chez Donato il n'y a rien derrière.— Touché,
LyaElle se fait arrêter un mardi soir de mars, à vingt et une heures quarante, dans les bureaux de l'avenue Hoche, avec une clé USB à la main et une carte d'accès qu'elle n'aurait jamais dû posséder.Martin m'appelle sur la ligne sécurisée. Sa voix est étrange, professionnelle comme toujours, mais avec quelque chose en dessous, quelque chose qui ressemble à de la stupéfaction :— Madame. On vient d'arrêter quelqu'un dans les bureaux. Dans votre bureau. Vous feriez mieux de venir.— Qui ?Un silence. Je l'entends chercher ses mots, lui qui n'en cherche jamais :— Votre sœur, madame. Votre demi-sœur. Elle est là. Elle a traversé deux sas de sécurité avec une carte codée au nom d'une employée absente, et nous l'avons trouvée assise à votre bureau, en train de copier
À ce troisième point, au mot Santoro dans ma bouche, pour la première fois depuis cinq ans en son nom d'entreprise, son visage se tord une fraction de seconde. Puis se remet.— Tu conserveras, poursuis-je, ta rémunération contractuelle jusqu'à la fin du mois. Après quoi, tu n'auras plus rien à faire ici. Ni bureau, ni voiture, ni carte, ni signature. Je te laisse 24 heures pour quitter les locaux et faire retirer tes effets personnels. Passé ce délai, la sécurité les entassera dans des cartons et te les fera livrer à ta villa.— Ma villa, murmure-t-il.— La villa de mon père. Que tu occupes.Il ferme les yeux.— Et la maison ? souffle-t-il.— La villa de la rue Émile-Menier n'est pas dans le périmètre du groupe. Elle appartient au patrimoine privé de Marcello Santoro. Ma succession est en
LyaLe mercredi à onze heures quarante-sept, mon assistante entre dans mon bureau avec un imprimé qu'elle pose devant moi, et son visage, ma sévère, très professionnelle assistante, a quelque chose de neuf, une émotion.— C'est fait, madame.Je regarde le chiffre. 51,04 %.Cinq ans.Cinq ans, un pont, une villa aux cyprès, un baiser sur le Rialto, un tailleur noir sur une piste du Bourget, une robe rouge au Palais Garnier, une main tendue au docteur Devernois avec un café, quatre cents millions de dette rachetée à quatre points au-dessus du facial, une gifle sous une voûte de marbre, une balle qui ricoche rue de Courcelles, un dossier bleu nuit, un serveur d'arrière-salle à la retraite dans les lacs italiens.Cinq ans, et une seule ligne d'imprimé.51,04 %.Je ne dis rien. Mon assistante non plus. Elle se retire
LyaElle est déposée un jeudi matin, à sept heures trente précises, avant l'ouverture de la Bourse de Paris.Alderan Holding, jusqu'ici créancier principal, se transforme en actionnaire déclaré. Elle notifie à l'AMF sa participation, 30,1 %, et son intention, offre publique d'achat hostile sur les actions restantes de Vasseur Industries, au prix de 41 euros par action.Le cours de clôture de la veille était à 27,50.À neuf heures, quand la Bourse ouvre, il se passe ce qui se passe toujours dans ces cas-là, le titre bondit. Il ouvre à 34. À neuf heures dix, il est à 38. À neuf heures trente, il vaut 42, franchit brièvement le prix de l'offre, puis se stabilise à 40,80 dans l'attente d'une contre-offre qui ne viendra jamais.À dix heures, mon téléphone est saturé. À onze heures, les journaux économiques ont sorti leurs éditions spéciales. À midi, une chaîne d'information continue diffuse ma photo, celle du gala Marchand, en rouge, en boucle sur un bandeau, L'AFFAIRE VASSEUR, QUI EST DER
LyaIl faut deux jours. Deux jours pour que je décide de reposer la question. Deux jours pendant lesquels je relis dix fois le dossier Ferrante, deux jours pendant lesquels je regarde le mur de mon bureau, la carte, les flèches, les onze noms, et pendant lesquels un doute qui n'était pas là avant hier s'installe.Non. Pas le doute. Une précision.Kylian a dit hier, je vivrai avec jusqu'à la fin. Kylian a dit je t'ai regardée tomber. Il a énuméré ses fautes une à une, sans en oublier une seule, avec la précision de quelqu'un qui les tient depuis longtemps en inventaire. Un seul crime n'a pas été nommé.Le poison.Un homme qui vient confesser ses fautes en énumère forcément la plus grande. Sauf si, sauf si cette faute-là n'est pas dans son inventaire à lui. Sauf si, et c'est ce que Ferrante m'a dit, et c'est ce que la chaîne Donato-Romy raconte à voix basse, il n'a jamais su.Je dois le vérifier. Pas par confiance. Par méthode.







