LOGINNélia
Le sommeil reste loin.
Kaïs respire contre ma nuque, chaque expiration soulève les cheveux près de mon oreille. Son torse chauffe mon dos et ses jambes retiennent les miennes sous le drap.
Mon corps demeure trop éveillé. Une pulsation sourde persiste entre mes cuisses. J’ai encore l’impression de sentir ses doigts, sa bouche et sa queue profondément en moi.
L’excitation se mêle à une inquiétude qui grandit dès que la chambre retrouve son silence. Maman rentrera dans quelques heures. Elle traversera ce couloir, frappera peut-être à ma porte et nous regardera avec sa confiance habituelle.
Kaïs bouge derrière moi. Son bras se resserre et son visage s’enfonce dans mes cheveux.
J’attends que son souffle s’alourdisse de nouveau.
Lorsque sa main se relâche, je la soulève doucement et glisse hors du lit. Mes jambes supportent à peine mon poids. Je ramasse mon débardeur et mon jean, puis traverse la salle de bains qui relie nos chambres.
Je referme la porte et tourne le verrou de mon côté.
Dans ma chambre, je m’habille avant de me glisser sous ma propre couverture. Le drap froid colle à ma peau encore humide. Je ferme les yeux et garde une main pressée contre ma bouche jusqu’à ce que mon cœur ralentisse.
À mon réveil, de l’eau coule dans la salle de bains.
Kaïs se prépare.
Je reste couchée, attentive aux portes, aux tiroirs et aux pas qui traversent sa chambre. Une voiture démarre dans l’allée. Le silence revient, mais je garde la couverture remontée jusqu’au menton.
L’idée de le rencontrer seule dans le couloir suffit à me retenir.
Je quitte enfin ma chambre lorsque la voiture de maman remonte l’allée.
— Ma chérie, on reviens.
Mamon m’enlace dès son entrée. Je respire son parfum familier contre son épaule et réponds à son baiser. Antoine pose les valises dans le hall, heureux de retrouver une maison encore entière après la fête.
Kaïs reviens quelques minutes plus tard.
Il porte un costume bleu sombre et termine d’ajuster sa montre. Son visage ne trahit ni la fatigue ni ce qui s’est passé sur son route. Son regard passe sur moi avec une courtoisie vide.
Maman sourit en nous voyant réunis.
— Alors, votre premier week-end ensemble ?
Kaïs prend ses clés sur la console.
— On s’est à peine croisés.
La réponse arrive avec une facilité parfaite.
Je baisse les yeux vers la boucle de ma ceinture. La morsure qu’il a laissée sous mon col brûle soudain.
— Nélia dit qu'elle a participé à ta fête, ça va ? reprend maman.
— Elle s’est occupée.
Il glisse son téléphone dans sa poche et embrasse Camille sur la joue. Tout son corps semble déjà tourné vers la porte.
Antoine lui demande :
— Tu rejoins Inès directement chez ses parents ?
— Oui. Je rentrerai tard.
Kaïs ouvre la porte.
— Bonne journée.
Il s’adresse à la pièce entière. Son regard m’évite.
La voiture disparaît au bout de l’allée.
Maman monte défaire les valises avec Antoine. Je reste dans l’entrée, les bras croisés sur mon ventre.
La maison retrouve rapidement son rythme ordinaire. Des portes s’ouvrent, une machine tourne dans la buanderie et maman me raconte son séjour pendant que je range mes cartons. Je réponds lorsqu’il le faut, ris à un endroit qui semble convenir et garde mon col suffisamment haut.
Le prénom d’Inès reste pourtant dans ma tête.
Kaïs possédait déjà une vie avant mon arrivée. Une fiancée convenable, belle, familière de ses amis et de sa famille. La nuit passée dans son lit pouvait disparaître derrière un costume propre et une phrase prononcée sans me regarder.
*On s’est à peine croisés.*
Je ferme un carton avec trop de force. Le ruban adhésif se déchire sous mes doigts.
À table, le siège de Kaïs reste vide. Maman mentionne qu’il dîne probablement chez les parents d’Inès. Je poursuis mon repas, puis monte dès que mon assiette est débarrassée.
Le verrou de ma chambre tourne derrière moi.
Je retire mon pull et découvre dans le miroir les marques cachées toute la journée. L’une descend sur mon sein. Une autre assombrit la peau près de ma hanche.
Je passe le pouce dessus.
Mon corps répond avant que je puisse retenir le mouvement. Mes tétons durcissent sous mon soutien-gorge et une chaleur familière revient entre mes jambes.
J’abandonne aussitôt ma main.
C'est faux. Il est mon frère. On portera le même nom si je veux.
Cette nuit est simple : le plaisir.
J’avais aimé son visage, sa force, la violence de ses gestes, la manière dont sa voix coupait toutes mes pensées. Mon corps réclamait encore cette sensation. Cela parlait de sexe, pas d’amour.
Si je retrouvais seule le même plaisir, Kaïs perdrait son pouvoir.
J’enlève mon jean et m’allonge sur le lit. Ma main descend sous ma culotte. Mes doigts trouvent immédiatement l’humidité entre mes lèvres.
La peau reste sensible après la nuit précédente. Chaque cercle autour de mon clitoris fait contracter mon ventre, mais le plaisir se disperse trop vite. Je presse davantage, accélère, mon souffle gagne en profondeur. Mon bassin suit ma main.
Une image de Kaïs s’impose : son torse dans mon dos, ses yeux dans le miroir et ses doigts refermés sous ma mâchoire.
Je chasse son visage et recommence.
Mais je n'arrive pas.
Je retire ma main avec irritation.
Une petite trousse est cachée sous mes sous-vêtements, je l’avais acheté plusieurs mois plus tôt, après deux verres de vin et les encouragements d’une amie. J’en sors un vibromasseur violet, fin, recourbé à son extrémité.
Il avait passé plus de temps dans sa pochette que dans mon lit.
Le premier bourdonnement paraît énorme.
Je baisse l’intensité et regarde la porte. La maison reste calme. Maman et Antoine occupent l’autre aile. Kaïs se trouve encore chez Inès.
Je retourne sous ma couverture et fais descendre ma culotte.
L’extrémité vibrante touche mon clitoris. Une secousse plie immédiatement mes jambes. Je mords le bord de l’oreiller et recommence, plus lentement.
Les vibrations se diffusent sous ma peau. Je fais glisser le jouet entre mes lèvres, recueille l’humidité qui les couvre et le ramène sur le point le plus sensible.
Je ferme les yeux et augmente la puissance. Le plaisir prend enfin de l’ampleur, régulier, concentré sous mon ventre. Ma main gauche serre le drap pendant que l’autre maintient le vibromasseur contre moi.
Cela devrait suffire.
J’appuie plus fort.
L’image de Kaïs revient malgré moi. Sa main dans mes cheveux, mon sein contre le sien. La façon dont un seul mot prononcé par lui avait immobilisé tout mon corps.
*Ouvre.*
Mes genoux s’écartent.
Je descends le jouet vers mon entrée et pousse lentement, je le retire presque entièrement, puis le ramène en moi.
Plus vite.
Le plaisir monte enfin, mêlé au souvenir des hanches de Kaïs frappant les miennes et de son poids qui m’empêchait de fuir.
Je pousse le jouet plus profondément.
— Kaïs…
Son prénom m’échappe dans un gémissement.
La poignée de la salle de bains s’abaisse.
Kaïs apparaît dans l’encadrement. Sa cravate a disparu et les premiers boutons de sa chemise sont défaits. Un parfum féminin flotte encore autour de lui, mêlé à l’air froid de la nuit.
Son regard descend sur mon soutien-gorge, mes cuisses ouvertes et le vibromasseur que je tiens entre elles.
Le bourdonnement continue dans la chambre.
Kaïs ferme la porte derrière lui.
— Continue.
NéliaJe rêve de l’ancienne cuisine.Le papier peint jaune se décolle encore près de la fenêtre. Mon père est assis à la table, vêtu du pull bleu qu’il portait le dimanche. La lumière traverse les rideaux et retrouve les reflets roux de sa barbe.Je m’agenouille devant lui. Mes mains ont leur taille d’aujourd’hui, mais ma tête arrive à peine à ses genoux.— J’ai fait quelque chose de terrible, papa.Il attend.— Je suis tombée amoureuse de quelqu'un que je n'aurais pas dû aimer. Maman croit que nous formons une famille et je suis en train de tout salir. Si elle l’apprend, elle va encore perdre ce qu’elle aime à cause de moi.Ma voix se brise. J’essaie de lui expliquer le regard de Kaïs, la facilité avec laquelle je l’oublie dès qu’il me touche et la honte qui revient ensuite. Les phrases se mélangent jusqu’à devenir incompréhensibles.Papa garde le silence. Il pose sa grande main sur ma tête et caresse doucement mes cheveux.Sa tendresse rend ma faute encore plus lourde.— Dis quelque
NéliaNoé m’a demandé de venir à Londres. Un week-end pourrait devenir quelques semaines. Je pourrais chercher un poste là-bas, loin des hôtels de Kaïs et de cette facilité honteuse avec laquelle mon corps lui cède.Cette idée m’accompagne lorsque je coupe l’eau.La seconde chemise descend jusqu’au milieu de mes cuisses. Je retrousse les manches et ramasse mes vêtements humides avant de sortir.Kaïs travaille dans la pièce principale.Un ordinateur ouvert, plusieurs pages de chiffres et deux écrans ont remplacé les plans mouillés. Il porte maintenant un pantalon sombre et une chemise grise aux manches remontées. Penché sur un rapport, il annote la marge sans remarquer immédiatement ma présence.Je connais cette version de Kaïs par les pages économiques. Les photographies le montrent quittant un conseil tard dans la nuit ou assis devant des contrats, les manches retroussées et le visage fermé. Les articles parlent de sa discipline, des dossiers qu’il reprend lui-même et des entreprises
NéliaJe me dirige vers l’entrée. Derrière moi, Kaïs ramasse la serviette tombée près de la table. Il l’enroule autour de ses hanches avant de me rejoindre.— Tu vas où ? Il est tard.— Chez moi. Nous sommes à Paris, il y a taxi. — Je ne vais pas laisser une femme traverser la ville seule à cette heure. Encore moins ma petite sœur.Mes cuisses se resserrent sous ma jupe.Quelques minutes plus tôt, Kaïs était entre elles. Sa chaleur coule encore le long de ma peau et il se tient maintenant devant moi avec la dignité d’un frère protecteur. Je remonte le dossier devant ma poitrine et baisse les yeux, incapable de soutenir son sourire.— Laisse tomber ton numéro de gentleman.Je pose la main sur la poignée. Kaïs prend son téléphone.— Camille m’a demandé de veiller sur toi. Je vais lui expliquer que tu préfères rentrer seule avec des vêtements mouillés au minuit..Je me retourne.— Tu ne vas pas appeler ma mère.Il trouve déjà son numéro. Lorsque j’avance pour lui retirer l’appareil, Kaï
NéliaLes mots meurent sur mes lèvres. Je me redresse, mais son bras entoure déjà ma taille. L’eau de sa peau traverse le tissu de mon chemisier.— Je suis venue pour travailler.— Continue.Son souffle glisse sous mon oreille. Je ramène les yeux sur le plan et reprends avec difficulté.— Les appliques seront placées plus près des têtes de lit. La première proposition laissait une zone trop sombre près de…Les lèvres de Kaïs descendent le long de mon cou. Sa main remonte sur mon ventre et trouve le premier bouton de mon chemisier.Je saisis son poignet. Kaïs desserre aussitôt son bras, libérant le passage entre la table et la porte.Je reste face aux plans, les doigts toujours refermés autour de lui.La bouche de Kaïs revient sur ma peau. Cette fois, ma tête s’incline légèrement pour lui offrir plus de place.Il ouvre le premier bouton.Je me retourne brusquement dans ses bras et pose les deux mains sur son torse.— Tu m’as fait venir pour ça.— Tu es venue.Je pousse contre sa poitri
NéliaLa valise de Noé occupe la moitié du lit. Il ouvre les tiroirs, hésite devant chaque chemise et finit par me tendre deux cravates.— La bleue ou la grise ?— La bleue.Il la range avec un sourire, puis reprend son inventaire. Son enthousiasme donne à l’appartement une agitation inhabituelle. Des vêtements apparaissent sur les chaises, les papiers de Londres couvrent la commode.Je plie l’un de ses pulls et le pose dans la valise.— Tu prends beaucoup trop d’affaires.— Je pars dix-huit mois.Le chiffre nous arrête tous les deux. Noé s’assied près de moi et referme une main sur ma cuisse.— Je reviendrai. Londres est à deux heures d’ici et tu pourras venir dès que Noma te laissera respirer.Il parle déjà d’un restaurant qu’il veut me montrer et d’un appartement assez grand pour m’accueillir. Je l’écoute construire cette nouvelle vie autour de nous avec la même facilité qu’il remplit sa valise.— Tu viendras le week-end prochain ?— Je vais essayer.— J’ai besoin d’une réponse un
NéliaNoé accueille la nouvelle avec enthousiasme. Il voit déjà nos emplois réunis sous le même groupe, Londres à quelques heures de train et Kaïs prêt à faciliter les choses parce que nous appartenons désormais à la même famille. En face de moi, Kaïs fait tourner son verre entre ses doigts et écoute les projets que mon compagnon construit autour de décisions prises par un autre homme.Le dessert vient d’être débarrassé lorsqu’une femme entre dans le salon avec une chemise cartonnée. Elle se présente comme la responsable juridique du groupe et s’adresse directement à Noé.— Les documents pour votre mobilité sont prêts. Certaines clauses doivent être validées ce soir pour que Londres puisse lancer la procédure demain matin.Noé consulte l’épaisseur du dossier, partagé entre la surprise et l’excitation. La juriste lui indique un bureau dans le salon voisin.— Ça fait combien de temps ? demande-t-il.— Une quarantaine de minutes, si tout est en ordre.Je propose de partir en avance, il







