LOGINValentinaIl est parti.Je ne sais pas quand. Je ne sais pas comment. Je me suis réveillée, et il n'était plus là. Le lit était vide, les draps froids, la chambre silencieuse. Seule l'odeur de lui, cette odeur que je connais trop bien, mêlée à celle de la sueur et du sexe, flotte encore dans l'air, comme un fantôme, comme un souvenir, comme une menace.Je reste allongée, les yeux fixés sur le plafond, le corps inerte, l'esprit vide. Je ne sens rien. Pas de douleur, pas de colère, pas de tristesse. Juste ce vide. Ce trou noir qui s'est ouvert en moi et qui menace de tout engloutir. Mes jambes sont lourdes, mes bras sont lourds, mon cœur est lourd. Tout est lourd. Tout est vide.Mes doigts touchent mon ventre, là où il m'a prise, là où il s'est vidé. La peau est sensible, marquée par ses doigts, par ses ongles, par cette violence qu'il n'a pas su retenir. Des bleus apparaissent, violets et jaunes, comme des fleurs sur ma peau. Des fleurs de do
Elle ne bouge pas. Ses yeux sont fixés sur le plafond, ses lèvres sont fermées, ses mains sont toujours ouvertes sur les draps. Elle est ailleurs. Elle a quitté son corps. Elle est partie sans partir.— Regarde-moi, dis-je.— Je te regarde.— Qu'est-ce que tu vois ?— Un homme qui se noie.— Et quoi d'autre ?— Un homme que j'ai aimé.— Aimé ? Tu ne m'aimes plus ?— Je ne sais pas. Je ne sais plus.Ses mots sont des lames. Elles coupent, tranchent, blessent. Je bouge en elle, plus vite, plus fort, plus profond. Je cherche son regard, un signe, une réaction. Il n'y a rien. Rien que ce vide, cette absence, cette mort.— Dis-moi que tu m'aimes, dis-je.— Je ne peux pas.— Dis-le.— Non.— JE T'AI DIT DE LE DIRE.— Non.Ma main serr
DiegoJe ne sais pas combien de temps je suis resté dans le couloir, adossé contre le mur, les mains tremblantes, la tête vide. Les minutes ont passé, les heures peut-être. Je ne sais plus. Je ne sais plus rien. Il n'y a que cette image, cette main qui frappe, ce visage qui bascule, ces yeux qui me regardent sans me voir.La gifle résonne encore dans ma main. Le bruit de la peau contre la peau, la sensation de sa joue sous mes doigts, le mouvement de sa tête qui bascule sur le côté. Je l'ai frappée. J'ai frappé Valentina. J'ai fait ce que j'avais juré de ne jamais faire. J'ai été lui. J'ai été mon père. J'ai été le monstre.Je rentre dans la chambre. Mes pas sont lourds, traînants, comme si mes jambes ne voulaient pas m'emmener là où je dois aller. La porte s'ouvre sans bruit, se referme sans bruit. Le
ValentinaIl s'avance vers moi. Ses yeux sont fous, ses mains sont des poings, son souffle est chaud et rapide. Il est comme un volcan sur le point d'exploser, comme une bête qui va mordre, comme un homme qui va frapper.Je ne recule pas. Je ne reculerai pas. Pas cette fois. Plus jamais.— Tu veux me contrôler, dit-il. Comme elle. Tu veux que je ne voie que toi, que je ne pense qu'à toi, que je ne vive que pour toi.— Je veux que tu vives, Diego. Pour toi. Pas pour elle. Pas pour moi. Pour toi.— Je vis pour toi. Je me bats pour toi. Je me détruis pour toi.— Alors arrête de te détruire. Arrête de la laisser gagner. Arrête de faire d'elle notre priorité.— Elle est notre priorité. Tant qu'elle sera vivante, elle sera un danger. Tant qu'elle sera libre, elle nous poursuivra. Tant qu'elle...— Elle n'est pas libre. E
ValentinaDans le couloir, je m'arrête, adossée contre le mur. Mes jambes ne me portent plus. Mes mains glissent sur le dossier, le laissent tomber par terre. Les photos s'éparpillent, les notes se dispersent, les preuves s'étalent sur le sol comme des cadavres, comme des souvenirs, comme des promesses non tenues.Il m'a comparée à Chiara. Il m'a traitée de paranoïaque. Il a choisi sa rage plutôt que ma vérité.Je pleure. Silencieusement, les dents serrées, les poings crispés. Les larmes coulent sur mes joues, tombent sur mes mains, se perdent dans les plis de mes vêtements. Je pleure pour lui, pour moi, pour nous. Je pleure pour tout ce qu'on aurait pu être et qu'on ne sera jamais.— Tu es comme elle, Valentina. Exactement comme elle.Les mots résonnent dans ma tête, encore et encore, comme un écho, comme une m
ValentinaIl prend le dossier, l'ouvre. Ses yeux parcourent les photos, les notes, les relevés. Je le regarde, j'attends. Je sais ce qu'il va dire. Je connais les mots avant même qu'il ne les prononce. Je les ai entendus tant de fois, dans tant de bouches, dans tant de circonstances.— Tu me prends pour un imbécile ?— Non. Je te prends pour un homme aveuglé par sa vengeance.— Ces notes, ces photos, ces relevés... ça ne prouve rien. Ce sont des détails. Des coïncidences. Des...— Des preuves, Diego. Des preuves que quelqu'un prépare quelque chose. Des preuves que tes hommes ne sont plus fiables. Des preuves que Chiara est en train de gagner.— Chiara est enfermée.— Chiara est en train de tisser sa toile. Et toi, tu es trop occupé à la regarder pour voir les fils qui s'étendent autour de toi.
DiegoLe silence après l’appel est plus lourd que je ne l’avais imaginé. Je reste assis dans le fauteuil du bureau, les doigts stables autour du verre de whisky. La glace a fondu. L’alcool est tiède, fade. Je le bois quand même. La pièce sent le cigare éteint et le vieux bois. Et quelque chose d’a
ValentinaLa pomme est devenue un noyau sec dans ma main. Je le pose sur le plateau de porcelaine, à côté de la tasse vide. Un geste d’automate. Ma langue cherche encore le goût acide, mais il a disparu, remplacé par un arrière-goût de cendre et de mensonge.La chambre absorbe le son, le mouvement,
ValentinaL’attente, cette fois, est différente. Elle est orientée, concentrée sur un point précis de l’après-midi. Un point qui approche avec la lenteur d’une lame.Je suis assise sur la même chaise, face à la fenêtre. Je me suis lavée à l’eau froide dans la salle de bains en marbre, j’ai lissé me
ValentinaLe ton est léger, presque amusé. Il joue. Bien. Je joue aussi.— Non. C’est le mien. Et si vous voulez que je… que je sois ici, que je comprenne la situation, je dois pouvoir la rassurer.Je choisis les mots avec soin. Comprendre la situation. Pas accepter. Pas obéir. Être ici. Pas rester







