LOGINSasha
Les jours suivants, je suis seule.
Léna est partie. Andreï l'a chassée du club, chassée de ma vie. Elle m'a envoyé un message, un seul. Je suis chez ma mère. Je vais bien. Ne t'inquiète pas. Prends soin de toi.
Je n'ai pas répondu. Je ne sais pas quoi dire. Je suis désolée ? Je te protégerai ? Je te vengerai ? Les mots sonnent faux, même dans ma tête. Ils sonnent comme des mensong
L'odeur ne part pas.Je frotte encore. Plus fort. Plus vite. Je gratte, je déchire, j'arrache. L'eau devient rose, puis rouge, puis claire à nouveau. Mes ongles sont pleins de sang. Ma peau est en lambeaux.L'odeur ne part pas.Je m'arrête. Je reste immobile sous l'eau glacée, les bras ballants, le corps meurtri. Les larmes coulent sur mes joues, se mêlent à l'eau, disparaissent dans le siphon.— Pourquoi ? je murmure. Pourquoi tu me fais ça ?Personne ne répond. Il n'y a que l'eau. Et le silence. Et moi.---Je sors de la douche quand l'eau devient tiède. Mes lèvres sont bleues, mes doigts sont recroquevillés, mes dents claquent. Je m'enveloppe dans une serviette, je vais dans la chambre.Andreï dort. Il est allongé sur le dos, sa main sur sa poitrine, ses lèvres entrouvertes. Il a l'air paisible, innocent, presque
SashaLes jours passent. Les nuits aussi. Je ne sais plus la différence.Andreï est distant, froid. Il rentre tard, quand je dors déjà, ou quand je fais semblant de dormir. Il part tôt, avant que je me lève, avant que le jour ne se lève. Il ne me touche plus. Il ne m'embrasse plus. Il me parle à peine, des mots brefs, des ordres, des silences.Parfois, je le surprends à me regarder. Ses yeux gris fixés sur moi avec une intensité qui me brûle, qui me déchire, qui me tue. Mais il ne dit rien. Il ne fait rien. Il détourne les yeux et il sort.Je me sens abandonnée. Trahie. Sale.Le collier n'est plus là. Léna n'est plus là. Andreï n'est plus là, même quand il est dans la même pièce que moi. Il est là, à quelques mètres, mais c'est comme s'il était à des milliers de kilomètres. Comme s'il était déjà parti. Comme s'il était déjà mort.Je danse au club. Je souris aux clients. Je fais mon travail. Mais à l'intérieur, je suis vide. Une coquille. Une ombre. Une morte qui n'a pas encore compris
Il va dans la cuisine. Ses pas sont lourds, traînants, comme s'il avait du mal à avancer. Il ouvre le placard, prend une bouteille de vodka, la débouche. Il boit au goulot, une longue gorgée, sans respirer. La vodka coule sur son menton, dégouline sur sa chemise. Il ne s'en soucie pas.Il repose la bouteille sur le comptoir. Il s'adosse au mur, les bras croisés, les yeux fixés sur moi.— Tu es allée voir Léna, dit-il.Ce n'est pas une question. Il sait. Il sait tout. Ses hommes l'ont informé. Peut-être même qu'ils m'ont suivie. Peut-être qu'ils étaient dans la rue, à attendre que je sorte, à filmer, à prendre des notes, à rapporter.— Oui.— Pourquoi ?— C'est mon amie. Elle est partie à cause d'une injustice. Je voulais lui dire au revoir.— Elle est partie parce
Sa voix est dure. Elle se lève, s'approche de moi, me prend les mains. Ses mains sont froides, sèches, tremblantes. Elle les serre, fort, assez fort pour que je sente ses doigts s'enfoncer dans ma peau.— Andreï ne veut pas la vérité. Andreï veut quelqu'un à punir. C'est comme ça qu'il fonctionne. Il a besoin d'un coupable, d'un ennemi, d'un bouc émissaire. Et si ce n'est pas moi, ce sera toi. Tu comprends ? Si tu lui dis que c'est Natacha, il va te demander des preuves. Tu n'en as pas. Il va te demander pourquoi tu l'as défendue. Il va se souvenir que tu lui as parlé, que tu l'as regardée, que tu lui as souri. Il va se souvenir de Kirill. Il va se souvenir que tu as perdu son collier. Et il va douter. Il va douter de toi, comme il a douté de moi. Et un jour, il te frappera. Il te frappera, et tu tomberas, et tu ne te relèveras pas.— Andreï m'ai
Je sursaute. Irina est là, debout à côté de ma table. Je ne l'ai pas entendue arriver. Je n'ai rien entendu.— Tu vas bien ? demande-t-elle. Tu es toute pâle.— Je vais bien.— Je t'ai vue parler avec Kirill.— Ce n'est rien.— Sasha, je te connais. Ce n'est pas rien. Rien de ce qui touche à Kirill Morozov n'est rien. Surtout pas quand Andreï est en train de te détruire.Je lève les yeux vers elle. Son visage est fermé, dur, mais ses yeux sont doux. Ses yeux sont toujours doux, même quand elle fait semblant de ne pas l'être.— Qu'est-ce que je fais, Irina ? je murmure. Qu'est-ce que je fais de ma vie ?— Tu attends, dit-elle. Tu attends qu'Andreï revienne à la raison. Tu attends que Natacha fasse une erreur. Tu attends que la vérité éclate. Et en attendant, tu dan
Sa voix est douce. La mienne est dure. Je voudrais qu'elle soit douce aussi, mais je n'ai plus de douceur. Elle est partie avec le collier, avec Léna, avec Andreï.— S'il te plaît, dit-il.Le "s'il te plaît" me surprend. Ce n'est pas un ordre, pas une exigence, pas une demande polie qu'on fait parce qu'on a été élevé comme il faut. C'est une prière. Presque une supplication. Le cri d'un homme qui a trop attendu, trop espéré, trop désiré.Je hoche la tête. Il s'assoit.De près, je vois des choses que je n'avais pas vues de loin. Les cernes sous ses yeux, profonds, violets, comme des ecchymoses. La cicatrice sur sa tempe, une fine ligne blanche qui disparaît dans ses cheveux. La façon dont ses doigts tremblent un peu sur la table, comme s'il était tendu, comme s'il avait peur.Il n'est pas comme Andreï. Andreï est un
SashaLa Merc noire dévore le bitume, berline blindée roulant vers l'enfer, et je suis plaquée contre la portière comme un animal acculé, cuisses nues collées au cuir froid, robe déchirée sur mes marques. Volkov occupe tout l'espace à côté de moi, masse de chaleur et de danger, son genou pressant m
SashaMa voix est rauque, éraillée d'avoir hurlé, d'avoir supplié, d'avoir crié son nom dans ce moment de honte absolue où la jouissance a explosé.— Il m'a prise. Et avant, il m'a fait danser. Nue. Avec mes bleus. Pour qu'il se branle en me regardant.Lena pleure, silencieusement, larmes traçant d
SashaLa Merc noire dévore le bitume, berline blindée roulant vers l'enfer, et je suis plaquée contre la portière comme un animal acculé, cuisses nues collées au cuir froid, robe déchirée sur mes marques. Volkov occupe tout l'espace à côté de moi, masse de chaleur et de danger, son genou pressant m
SashaElle accourt, s’agenouille devant moi, prend mes mains froides dans les siennes chaudes, encore imprégnées d’odeur de lotion corporelle parfumée au club. Son parfum de vanille et de tabac froid me ramène à la réalité, ancre mon chaos intérieur.Je soupire, les larmes montant malgré moi. Les m







