LOGINNerinaLa douleur me réveille au cœur de la nuit, une douleur sourde, profonde, qui part de mes reins et irradie dans tout mon ventre. Je reste d'abord immobile, haletante, à écouter mon corps qui se transforme, qui se prépare, qui accomplis ce pour quoi il a été conçu.— Kaelan, murmuré-je.Il est debout en un instant, ses yeux d'argent brillant dans la pénombre, sa main trouvant la mienne.— Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-il, la voix rauque d'inquiétude.— Le bébé. Je crois que c'est le moment.Il blêmit, se lève, commence à tourner en rond dans la cabane. Je vois la panique monter en lui, malgré tous ses efforts pour la contenir.— Que faut-il faire ? Dis-moi ce qu'il faut faire.— De l'eau chaude. Des linges propres. Et ta présence. Surtout ta présence.Il s'affaire, allume le feu, met de l'eau à chauffer, prépare ce que nous avons prévu avec Cora. Nous savions que ce jour viendrait, nous
Je regarde la petite bouture, si fragile, si pleine de promesses, et je sens une émotion étrange m'étreindre. C'est la première fois que je crée quelque chose, que je participe à la croissance du monde au lieu de sa destruction.— C'est étrange, dis-je. J'ai passé ma vie à fuir, à me battre, à survivre. Et maintenant, je plante des coraux.— Tu passes de la survie à la vie. C'est une grande différence.— Oui. Une grande différence.Nous restons dans la clairière sous-marine, suspendus au-dessus du sable, à regarder le jardin que nous venons de créer. Les poissons s'approchent, curieux, leurs écailles brillantes comme des confettis dans la lumière. Une tortue passe au loin, indifférente à notre présence.— Nerina, dit Kaelan.Sa voix est sérieuse, grave, comme au moment des grandes décisions.— Oui ?— J'ai quelque chose à te demander.Il s'approche de moi, me prend les mains, me regarde dans l
L'amour que nous faisons ce soir-là est différent. Plus lent, plus profond, plus sacré. Ce n'est plus l'urgence des corps qui se cherchent dans la peur, c'est la communion de deux êtres qui ont trouvé leur place dans le monde. Kaelan me déshabille avec des gestes de prêtre, déposant des baisers sur chaque centimètre de peau découvert, et je me sens reine, déesse, immortelle.— Tu es si belle, murmure-t-il contre mon ventre, où la vie nouvelle grandit déjà en secret. Si belle, et si courageuse, et si mienne.— Je suis tienne, oui. Et toi mien. Pour toujours.Il remonte le long de mon corps, sa bouche trace un chemin de feu sur ma peau, et quand il me pénètre enfin, je pousse un cri de pure félicité. Nous bougeons ensemble, lentement, en rythme avec la mer qui chante dehors, et je sens que chaque vague qui s'écrase sur la plage est une bénédiction.— Encore, souffle-t-il. Encore.Et nous nous aimons jusqu'à ce que les étoiles atte
NerinaLa première semaine est une symphonie de découvertes. Chaque matin, je m'éveille avant l'aube, impatiente d'explorer notre royaume. Kaelan dort encore, son corps détendu, son visage enfin apaisé des tourments de la guerre. Je reste allongée près de lui, à le regarder respirer, à compter les battements de son cœur contre ma paume, et je remercie silencieusement la mer de nous avoir épargnés.— Tu me regardes encore, grommelle-t-il sans ouvrir les yeux. Tu vas finir par user mon visage à force de le dévorer du regard.— Je m'en lasse jamais. C'est mon occupation préférée.— Menteuse.— Vérifie.Il ouvre un œil, puis l'autre, et son sourire paresseux me fait fondre comme au premier jour.— Viens ici, femme.Je me blottis contre lui, ma tête au creux de son épaule, et nous écoutons le réveil de l'île. Les oiseaux commencent leurs chants, le vent froisse les palmes, la mer monte doucement sur le sabl
Nous descendons une dernière fois dans la cale. L'eau entre maintenant par les ouvertures, doucement, en rideaux liquides qui glissent sur le bois. Le niveau monte à nos chevilles, puis à nos genoux. Nous remontons sur le pont, et nous attendons. — Viens, dit Kaelan. J'ai une dernière chose à te montrer. Il m'emmène à l'arrière, près de la barre. Là, gravé dans le bois du pavois, je découvre des dizaines de noms, des dates, des petites phrases. Je me penche. Certains noms sont des morts, d'autres des vivants. Au centre, je lis nos deux noms, entrelacés, avec une date. — Le jour de notre rencontre, dit-il. Je l'ai gravé cette nuit-là, quand tu dormais. Je ne savais pas ce que tu serais pour moi, mais je sentais que quelque chose avait changé. — Tu es un romantique, Kaelan. — Ne le répète pas. Ma réputation en souffrirait. Nous rions, et ce rire-là, je veux le garder dans ma mémoire po
NerinaLa mer est d'huile au matin du grand adieu. Pas une ride, pas un souffle, comme si l'océan lui-même retenait sa respiration pour ce qui va suivre. Je me tiens à la proue de La Veuve, les mains posées sur le bois usé par des milliers de vagues, et je laisse mes doigts courir sur les veines du chêne comme on caresse le visage d'une mourante.— Tu es prête ?Kaelan est derrière moi, silencieux depuis que nous avons jeté l'ancre dans cette crique déserte, à trois jours de route des îles Fortunées. Sa voix est rauque, éraillée par une nuit sans sommeil. Je me retourne. Il n'a pas pleuré, pas encore, mais je vois dans ses yeux d'argent toute la tempête qu'il contient.— On n'est jamais prêt pour ce genre de chose, dis-je. Mais on le fait quand même.— C'est toi qui avais raison. Une légende doit mourir pour qu'un homme puisse vivre. Mais je n'avais pas compris que la légende, c'était aussi ce navire. Que j'allais perdre deux fo
ZorahLa femme frêle esquisse une ombre de révérence. Ses yeux noirs sont immenses dans son visage pâle, des yeux de biche effarouchée qui semblent toujours au bord des larmes. Elle est belle, d'une beauté fragile et mélancolique qui inspire plus la pitié que l'envie.— Et voici Amina, la troisième
ZorahMon cœur s'arrête.— Il est vivant. Mes hommes l'ont assommé, pas tué. Il est prisonnier dans une forteresse à trois jours d'ici. Ta tante aussi. Et ils le resteront tant que tu te montreras... coopérative.Un flot de soulagement me submerge, aussitôt suivi par une vague de terreur encore plu
Zorah Je vois le premier de nos gardes tomber. Un jeune homme que je connais depuis l'enfance, qui s'appelait Hakim et qui rêvait de devenir poète. Un cimeterre s'abat sur sa gorge, et un flot de sang jaillit, rouge vif, presque irréel dans la lumière éclatante du soleil. Son corps bascule de sa s
ZorahLe soleil tape sans pitié sur les dunes qui s'étendent à perte de vue, un océan de sable doré que notre caravane traverse depuis maintenant douze jours. La chaleur est si intense qu'elle déforme l'horizon, créant des mirages qui dansent au loin comme des promesses illusoires. Je suis installé







