INICIAR SESIÓNLeïlaQuatre jours. Mon cycle est réglé comme une horloge suisse, depuis toujours. Un métronome interne qui ne m'a jamais fait défaut, même dans les pires moments de stress, même dans les nuits sans sommeil à attendre Youssef. Mais là, quatre jours de retard. Quatre jours qui pèsent comme une éternité. Chaque matin, au réveil, cette appréhension au creux du ventre, ce calcul mental que je refais en boucle. Chaque heure qui passe est un battement de cœur supplémentaire, un espoir qui gonfle et que j'essaie de contenir.Hicham ne dit rien. Mais je le surprends à me regarder. Différemment. Avec une interrogation muette au fond des yeux, une tendresse nouvelle, comme s'il me voyait déjà autrement. Il compte les jours, lui aussi. Je le sais. Il ne veut pas me mettre la pression, il ne pose pas de questions, mais ses geste
LeïlaLe message est arrivé un mardi matin, sans prévenir, comme une pierre dans une eau calme. Un numéro que je n'avais pas enregistré, mais que j'ai reconnu instantanément, viscéralement, avant même de lire le contenu. Celui de la mère de Youssef. La simple vue de ces chiffres m'a figée. Ma tasse de café est restée suspendue à mi-chemin de mes lèvres, le temps s'est dilaté. Mon cœur a cogné un grand coup, puis s'est emballé."Bonjour Leïla. J'aimerais te voir, si tu l'acceptes. Pour te parler. Merci."Pas de formule de politesse excessive. Pas de familiarité. Juste une demande neutre, presque froide. Du moins c'est ce que je lis. Mais ce n'est peut-être que le reflet de mes propres peurs.Mon premier réflexe est la panique. Une panique viscérale, animale. Que me veut-elle ?
HichamLa valise est défaite. Un cadavre de toile au pied du lit, la gueule ouverte, vomissant des vêtements froissés. Le réveil a sonné à sept heures. Un cri strident, électronique, une agression. La première sonnerie depuis trois semaines. Leïla a gémi, un petit son animal de protestation, et elle a enfoui sa tête sous l'oreiller, ses boucles noires éparpillées sur le blanc du drap. Je suis resté un instant immobile, le doigt au-dessus du bouton "snooze", à la regarder. Elle est magnifique dans le sommeil. Son visage est lisse, paisible, plus jeune. Les petites rides de tension entre ses sourcils ont disparu. La lune de miel les a effacées, comme par magie.J'éteins la sonnerie. Le silence retombe, mais il n'est plus le même. Il est déjà chargé d'attentes, de responsabilités, d'obligations. La vie réelle, tapie derrière la porte, attend son dû. La lune de miel est finie. Le paradis nous expulse, doucement mais fermement. Il est temps de redescendre sur terre.Je me lève. Mes pieds n
LeïlaLa maison est silencieuse. Mais quel silence. Un silence épais, vivant, chaud comme une couverture en hiver. Il n'a rien à voir avec le silence glacé de l'ancien appartement, celui qui suintait des murs de notre chambre conjugale quand Youssef s'enfermait dans sa nuit. Ce silence-là était un vide. Un gouffre. Celui-ci est une plénitude. Un trop-plein de paix qui déborde.Le soleil matinal traverse la fenêtre de velux, et le rectangle de lumière dorée qui se pose sur le plancher de bois brut est un tableau vivant. Les particules de poussière y dansent, légères, insouciantes. Ma tête repose au creux de l'épaule de Hicham, dans cette dépression parfaite entre le muscle et la clavicule, cet endroit qui semble avoir été sculpté exactement pour moi. Sa peau est chaude, salée sous mes lèvres. J'y goûte du bout de la langue, discrètement, comme une enfant qui vole un sucre.Sa main dort sur ma hanche. Une main lourde, rassurante, une ancre qui m'empêche de dériver. Je la regarde, cette
Leïla La fête s'est terminée tard dans la nuit. Nous avons dansé sous les guirlandes, mangé sur la grande table de bois, trinqué, ri, pleuré. Youssef est resté jusqu'au dessert, puis il est parti discrètement, avec un dernier signe de main et un sourire paisible. Karim est resté plus longtemps, il a même dansé avec Samira, maladroit et rieur. Farid a fait un discours improvisé, plein d'humour et d'émotion, où il a raconté comment il avait failli démissionner trois fois à cause de Hicham, et comment il était resté parce qu'au fond, il savait que son patron avait un cœur sous la carapace. Et puis, peu à peu, les invités se sont dispersés. Les calèches ont emmené les derniers convives. Le quatuor à cordes a rangé ses instruments. Les guirlandes se sont éteintes doucement. La clairière est redevenue un simple champ d'oliviers, baigné par la lune, peuplé de grillons et de souvenirs. Hicham et moi, nous rentro
Hicham Leïla. Mon amour. Ma lumière dans la nuit. Je n'ai pas préparé de discours. J'ai essayé, crois-moi. J'ai noirci des pages et des pages, j'ai déchiré, recommencé, raturé. Les mots me semblaient toujours trop petits, trop pauvres, trop usés. Comment enfermer dans des phrases ce que je ressens, ce que tu représentes, ce que nous avons traversé ? Alors j'ai renoncé aux discours. Je vais te parler simplement, avec mon cœur, même si ça tremble, même si c'est maladroit. La vérité n'a pas besoin d'éloquence. Je te regarde, là, devant moi, dans cette robe qui te va comme la lumière va au soleil, et je mesure l'homme que j'étais avant toi. Un homme de pouvoir, d'argent, d'apparences. Un homme qui confondait possession et amour, contrôle et protection. Un homme qui croyait que tout s'achetait, que tout se négociait, même les sentiments. Un homme perdu, Leïla. Profondément perdu, sans même le savoir. Et puis tu es entrée dans m
YoussefLe train ramène vers la ville côtière un homme différent de celui qui en est parti. Pas le cadre prometteur, fier de sa rencontre. Un homme hanté. Les mots d’Al-Mansouri sont devenus des éclats de verre dans mon esprit, tournant, me coupant de l’intérieur.Faites les bons choix. Partout.Je
YoussefLa voiture noire et silencieuse glisse sur le bitume luisant de la capitale. Je regarde défiler les murs de marbre et de verre derrière la vitre teintée. Un monde à mille lieues de notre terrasse, des odeurs de thym et de mer, des discussions avec Karim.Je serre la poignée de mon attaché-c
Leïla La porte s’est refermée dans un souffle, coupant net le grondement de l’orage extérieur. Ici, dans le noir de sa chambre, il n’y a plus que le bruit de nos respirations, heurtées, sauvages. Les éclairs déchirent par instants l’obscurité, sculptant son visage en raccourcis de lumière blanche
LeïlaIl marque une pause, boit une gorgée de thé.— Tu peux me faire confiance, Leïla. Pas comme à son frère. Comme à… moi. Comme à quelqu’un qui te voit. Qui te respecte. Et qui ne demande qu’à aider, à soulager ne serait-ce qu’une part de ce poids.Tu peux me faire confiance. Les mots résonnent







