تسجيل الدخولRaphaël me conduit à la salle de bains, fait couler l'eau chaude, me tend une serviette propre. Il ne me quitte pas des yeux, comme s'il craignait que je ne m'effondre d'un instant à l'autre. Je prends une douche, longue, interminable. L'eau brûlante coule sur mon crâne, sur mes épaules, sur mon dos, et j'ai l'impression qu'elle lave non seulement la crasse des trois derniers jours, mais aussi quelque chose de plus profond. Une couche de honte, de peur, de dégoût de moi-même. Quand je sors de la douche, propre, réchauffé, enveloppé dans un peignoir blanc, je me sens différent. Plus léger. Plus vulnérable aussi, mais d'une vulnérabilité qui n'est pas honteuse. Une vulnérabilité acceptée, embrassée. Raphaël m'attend dans la chambre bleue. Il a posé un plateau-repas sur la table de chevet, une soupe de légumes, du pain frais, du fromage. Et il est assis dans le fauteuil près de la fenêtre. Il ne dit rien. Il attend. Il respecte mon silence, mon rythme, ma douleur.
Et maintenant, trois jours plus tard, je suis toujours là. Le même bar, ou peut-être un autre, je ne sais plus. Les bars se ressemblent tous quand on est ivre. Le néon qui clignote au-dessus du comptoir, le formica poisseux de bière renversée, l'air saturé de fumée de cigarette. Les mêmes visages fatigués, les mêmes regards vides, les mêmes silences lourds. Je suis devenu l'un d'eux. Un habitué. Une épave. Un type qui noie sa peine dans l'alcool parce qu'il n'a pas le courage de l'affronter. Mon téléphone vibre pour la quinzième fois de la journée. Raphaël. Encore. Il m'a envoyé des dizaines de messages depuis trois jours. Des messages d'abord inquiets, puis angoissés, puis désespérés. Je les ai tous lus, sans jamais répondre. Je ne sais pas quoi lui dire. Je ne sais pas comment lui expliquer ce qui m'arrive, alors que je ne le comprends pas moi-même. Son dernier message, reçu ce matin, m'a pourtant transpercé comme une lame. — Léo,
Léo s'installe au bureau, devant la feuille blanche. Il reste un long moment immobile, le stylo en l'air, les yeux fixés sur le papier. Puis il se met à écrire. Sa main tremble un peu au début, mais peu à peu, les mots viennent, les phrases s'enchaînent, et je le vois qui noircit la page avec une détermination croissante. Il écrit pendant une heure, peut-être plus. Je ne le dérange pas, je fais semblant de lire, mais en réalité je l'observe du coin de l'œil, ému par son application, par la concentration qui plisse son front, par la façon dont il mord sa lèvre inférieure quand il cherche le mot juste. Quand il a terminé, il repose le stylo, relit sa lettre en silence, puis il la glisse dans une enveloppe qu'il ferme soigneusement. — Voilà, dit-il d'une voix étrangement calme. C'est fait. — Tu te sens mieux ? — Je ne sais pas. Différent, en tout cas. Plus léger. Comme si j'avais déposé un poids que je portais
RaphaëlLes jours qui suivent sont une parenthèse enchantée, une bulle de bonheur hors du temps. Léo s'est installé dans la villa, dans la chambre bleue, avec ses quelques affaires rapportées de l'appartement qu'il partageait avec Sophie. Il n'a pas voulu y retourner seul, il m'a demandé de l'accompagner, et j'ai accepté sans hésiter. Nous sommes allés ensemble dans ce petit trois-pièces du centre-ville, cet appartement modeste rempli de souvenirs, de photos, de plantes vertes, de tout ce qui constituait sa vie d'avant. Il a rempli deux valises, pas plus. L'essentiel. Des vêtements, des livres, son carnet de croquis, quelques objets sans valeur mais chargés de mémoire. Il n'a pas pleuré, mais j'ai vu ses doigts trembler en débranchant le chargeur de son téléphone, en refermant le tiroir de la commode, en jetant un dernier regard au salon vide.Maintenant, il est là, assis sur la terrasse, les pieds dans l'eau de la piscine, un livre ouvert sur les genoux
L'eau chaude nous enveloppe, amplifie chaque mouvement, chaque frisson. Le ciel s'éclaircit au-dessus de nous, les étoiles s'effacent une à une, remplacées par les premières lueurs du jour. Les oiseaux continuent de chanter dans les cyprès, et leur chant se mêle à nos souffles, à nos gémissements, au clapotis de l'eau contre les parois du bassin.Puis il ralentit, se retire doucement, et me fait pivoter entre ses bras. Maintenant, je suis face à lui, mon dos contre le rebord de la piscine, mes jambes qui flottent dans l'eau tiède. Nos regards se croisent enfin, et dans ses yeux gris, dans ces prunelles que l'aube teinte d'argent et d'or, je lis tout ce que je n'ai pas pu voir pendant qu'il était derrière moi. La passion, bien sûr, la passion brute, animale, qui dilate ses pupilles et accélère son souffle. Mais aussi autre chose. De la tendresse. De la vulnérabilité. Une émotion si pure, si intense, qu'elle me coupe le souffle plus sûrement que tous les mouvements de so
LéoJe me réveille avant l'aube. La chambre bleue est plongée dans la pénombre, à peine éclairée par la lueur pâle qui filtre à travers les rideaux. Raphaël dort encore, allongé derrière moi, son bras toujours passé autour de ma taille. Sa respiration est lente, régulière, et je sens son souffle chaud dans mon cou. Je n'ose pas bouger, de peur de le réveiller, de peur de briser ce moment parfait.Mais il se réveille quand même. Comme s'il avait senti mon éveil à travers le sommeil, comme si nos corps étaient déjà accordés l'un à l'autre. Il resserre doucement son étreinte, pose ses lèvres sur ma nuque, murmure :— Tu as bien dormi ?— Mieux que jamais.— Moi aussi. La meilleure nuit depuis des années.Je me retourne entre ses bras, et nos visages se retrouvent à quelques centimètres l'un de l'autre. La lumière de l'aube naissante caresse ses traits, adoucit ses rides, allume des reflets argentés dans ses yeux gris. Il e
Raphaël DelacroixLa chambre est prête. Elle est toujours prête. L'éclairage tamisé dessine des ombres mouvantes sur les murs tendus de soie grège. Les draps de satin noir ont été changés il y a une heure, tendus avec une perfection militaire, sans un pli, sans une imperfection, comme si personne n
Raphaël DelacroixLa tablette pèse à peine dans ma main. Un objet si fin, si élégant, si froid, et pourtant il contient l'entièreté de ma décadence, toute ma misère affective compressée dans un écran de verre trempé. Je fais défiler les profils d'un geste lent, presque désinvolte, comme si je feuil
Livio MorettiSa voix est grave, profonde, posée. Sans chaleur, mais sans hostilité non plus. Juste un ordre poli. Je franchis le seuil, et il me semble que je franchis bien plus que le seuil d'une suite de luxe. La porte se referme derrière moi avec un claquement sourd qui me fait sursauter. La su
Livio MorettiMais une autre partie de moi, une partie que je refuse d'écouter parce qu'elle est dangereuse et stupide, espère autre chose. Espère qu'il sera différent. Espère qu'il me regardera vraiment, qu'il verra autre chose qu'un corps à consommer. C'est stupide. C'est dangereux. C'est le meil







