FAZER LOGINMaya
La lumière.
C'est la première chose que je sens. Une lumière douce, pâle, qui filtre à travers mes paupières closes. Pas la lumière crue des réveils habituels, pas celle qui agresse et qui oblige à se cacher sous la couette. Non. Une lumière qui caresse. Qui invite à ouvrir les yeux doucement, lentement, comme on ouvre un cadeau.
J'ouvre les yeux.
La chambre est baignée d'or. Le
MayaLe deuxième jour.Rien.J'ai passé la nuit à regarder le plafond. À compter les fissures. À imaginer des scénarios. Des scénarios où il est vivant, où il est blessé, où il est mort. Les scénarios de mort sont les plus nombreux. Mon esprit est un cinéma d'horreur.Je descends au bar. Je commande un café que je ne bois pas. Leo est là, silencieux. Anastasie aussi. Dmitri joue aux cartes tout seul.Vers midi, le téléphone sonne.— Maya.— Je suis là. Ça se complique. Je t'appellerai demain.— Kaï...La ligne coupe.Je reste là, le téléphone dans la main, à écouter le silence.Demain. Il a dit demain.Alors j'attends.---MayaLe troisième jour.Rien.J'ai attendu toute
Anastasie frappe à la porte.— Je descends au bar, dit-elle. Tu viens ?— Tout à l'heure.Elle hoche la tête. Elle me comprend. Elle sait que j'ai besoin d'être seule. Elle sait que je dois faire le deuil de quelque chose, même si ce n'est que temporaire, même s'il va revenir. Elle sait.La porte se referme. Je reste seule avec mon téléphone et le vide.Je m'allonge sur le lit. Le plafond est blanc, fissuré. Une tache d'humidité dans un coin. Je compte les fissures. Je compte les secondes. Je compte les battements de mon cœur.Une heure passe. Deux heures.Le téléphone sonne.Je bondis. Je l'attrape. L'écran affiche un numéro inconnu.— Allô ?— Maya.Sa voix. Sa voix dans l'oreille. Sa voix qui dit mon nom. Je ferme les yeux. Je le vois. Je le vois comme s'il était l&agra
MayaLeo n'a pas posé de questions.Il a vu Kaï s'approcher, il a vu ma tête, il a compris. C'est ça, Leo. Il comprend tout sans qu'on lui explique. Il sait lire dans les silences, dans les regards, dans la façon dont les gens tiennent leurs épaules. C'est pour ça qu'il est encore en vie, probablement. Pour ça que Kaï lui fait confiance.Kaï a parlé bas avec lui, avec Dmitri, avec Anastasie. Je n'ai pas écouté. Je suis restée dans la voiture, à regarder par la vitre sans rien voir. Mes larmes ont séché. Il reste un goût de sel sur mes lèvres. Et ce vide dans la poitrine. Cette sensation qu'on m'a arraché quelque chose d'essentiel.La portière s'ouvre. Anastasie monte à côté de moi.— Il est parti, dit-elle doucement.— Je sais.— Il a pris l'autre voiture. Dmit
Ce n'est pas un non. C'est un couperet. Une sentence. Une porte qui se ferme. Un pont qui explose. Un monde qui s'effondre.— Kaï...— Non, Maya. Tu ne viens pas.Il me regarde enfin. Et dans ses yeux, je vois la lutte. Je vois l'homme qui veut me protéger et le tueur qui sait que l'émotion est une faiblesse. Je vois celui qui m'a aimée hier soir et celui qui est prêt à me détruire aujourd'hui pour me sauver. Je vois l'orphelin qui a déjà tout perdu une fois et qui préfère tout perdre plutôt que de me perdre moi.— Je ne te demande pas la permission, je dis.— Je ne te la demande pas non plus.Nous nous regardons. Le vent souffle entre nous. L'oiseau chante toujours. Le monde est toujours aussi beau, aussi indifférent.— Tu crois que je vais rester là à t'attendre ? je demande. Tu crois que j
Non. Vide, c'est pas le mot juste. Vide, ça voudrait dire qu'il n'y a rien. Là, il y a quelque chose. Quelque chose d'énorme. Quelque chose qu'il retient. Quelque chose qu'il refoule si profondément que ça lui dévore les yeux de l'intérieur.Dix-sept. Dix-huit. Dix-neuf. Vingt.Il commence à marcher vers la voiture. Ses pas sont lents, mesurés. Chaque foulée semble lui coûter un effort surhumain. Comme s'il marchait contre un vent de face, contre un mur, contre le monde entier.Vingt et un. Vingt-deux. Vingt-trois. Vingt-quatre.Il arrive. Il ouvre ma portière.— Descends, dit-il.Sa voix. Mon Dieu, sa voix. C'est la voix d'un mort. C'est la voix d'un homme qu'on a déjà tué et qui continue de parler par habitude.— Quoi ? je fais.— Descends. Il faut qu'on parle. Toi et moi.Vingt-cinq.
MayaLa voiture roule.Dehors, le paysage défile. Des sapins, des bouleaux, des pins. La forêt russe, infinie, majestueuse, indifférente. Parfois une clairière, parfois un village aux maisons de bois, parfois un champ à perte de vue. Le ciel est gris, pâle, avec des éclaircies par moments.Je regarde par la fenêtre, mais je ne vois rien. Je suis ailleurs. Je suis encore dans cette chambre, dans ce lit, dans ses bras. Je suis encore cette nuit, cette aube, cette douche. Je suis encore dans cet instant où il a dit je t'aime et où j'ai su que c'était vrai.Sa main est dans la mienne. Ses doigts entrelacés aux miens. Il ne me lâche pas. Il ne me lâche plus.Je tourne la tête vers lui. Il regarde la route, mais il sent mon regard. Il sourit.— Quoi ? demande-t-il.— Rien. Je te regarde.— Pourquoi ?







