LOGINCe n'est pas un non. C'est un couperet. Une sentence. Une porte qui se ferme. Un pont qui explose. Un monde qui s'effondre.
— Kaï...
— Non, Maya. Tu ne viens pas.
Il me regarde enfin. Et dans ses yeux, je vois la lutte. Je vois l'homme qui veut me protéger et le tueur qui sait que l'émotion est une faiblesse. Je vois celui qui m'a aimée hier soir et celui qui est prêt à me détruire aujourd'hui pour me
Kaï On marche depuis des heures. La forêt est dense, sombre, hostile. Chaque pas est un effort. Chaque racine qui affleure est un piège. Chaque branche basse qui nous fouette le visage est une agression. On avance en silence, l'arme à la main, les sens en alerte, constamment aux aguets. Mes yeux balayent sans arrêt les alentours, cherchant un mouvement suspect, une forme anormale, un reflet métallique. Mes oreilles guettent le moindre bruit qui ne serait pas naturel — un cliquetis d'arme, un froissement de tissu, un pas sur les feuilles mortes. Maya est derrière moi. Elle suit mon rythme sans se plaindre, même si je sais qu'elle est épuisée. Je l'entends parfois trébucher, jurer à voix basse, se rattraper à un tronc d'arbre. Je l'entends respirer fort, de plus en plus fort, à mesure que les heures passent. Elle n'a presque pas mangé depuis des jours. Elle n'a presque pas dormi. Son corps est en défi
Je le regarde, incrédule. Il est sérieux. Il pense vraiment ce qu'il dit. Il a déjà tout planifié dans sa tête. — T'es fou, dis-je. Complètement fou. — Peut-être. Mais c'est la seule façon. C'est la seule façon de la sauver. — Non. — Maya... — Non. Si tu y vas, je viens avec toi. — C'est trop dangereux. Regarde ce qu'il lui a fait. Il te fera la même chose. Pire. — Je m'en fous. — Maya, écoute-moi... — Non, c'est toi qui vas m'écouter. Je me lève. Mes jambes tremblent, mais ma voix est ferme. Je m'approche de lui. Je plante mes yeux dans les siens. Je veux qu'il voie, qu'il comprenne, qu'il sache que je ne céderai pas. — Si tu y vas sans moi, je te jure que je te retrouverai morte. Tu m'entends ? Morte. Parce que je ne survivrai pas à ton absen
Elle est attachée à une chaise en métal, dans une pièce sombre aux murs de béton brut. Un entrepôt, peut-être, ou une cave. Ses vêtements sont déchirés, lacérés, tachés de sang frais et de sang séché. Son chemisier blanc , je me souviens de ce chemisier, elle le portait le jour de notre séparation , n'est plus qu'une loque rougeâtre. Son visage est tuméfié, méconnaissable. Un œil est complètement fermé, gonflé, violacé. L'autre est rouge, injecté de sang, gonflé de larmes qui coulent sans arrêt. Sa lèvre inférieure est fendue, du sang a coulé sur son menton et a séché là. Elle pleure. Elle tremble de tout son corps. Elle regarde la caméra avec une terreur absolue, primitive, animale. Une terreur qui va au-delà des mots, au-delà de la raison. — S'il vous plaît... dit-elle d'une voix brisée, à peine reconnaissable. S'il vous plaît, aidez-moi... Une main gantée de noir apparaît dans le cadre. Elle saisit les che
Maya Troisième jour dans la cabane. Le temps s'étire, étrange, élastique. Par moments, il semble suspendu, comme si l'univers retenait son souffle, attendant quelque chose. À d'autres, il file à toute vitesse, et je panique à l'idée que chaque minute qui passe nous rapproche de la fin, que chaque seconde gaspillée est une seconde de moins à vivre. Kaï est sorti chercher de l'eau et du bois. Il est parti depuis une heure, peut-être plus. Je suis seule dans la cabane, assise devant le poêle, à regarder les flammes. Je devrais me reposer, profiter de ce moment de calme pour dormir, pour reconstituer mes forces. Mais je n'y arrive pas. Trop de pensées. Trop de peurs. Trop de tout. Je pense à Leo. À son visage pâle, à sa respiration sifflante, à ses points de suture que j'ai faits moi-même, de mes propres mains tremblantes. Où est-il maintenant ? A-t-il survécu à ses blessures ? Est-
Je fais une pause. Les images sont encore très nettes. La poussière qui flottait dans l'air, les cris, le sang sur les murs. Et ce gamin, ce petit garçon de six ou sept ans, coincé sous les gravats, terrifié. — Tu l'as sorti ? — Oui. J'ai soulevé la poutre à mains nues. Je me suis déchiré des muscles dans le dos, je l'ai su après. Mais sur le moment, j'ai rien senti. J'ai juste vu ce gamin, et j'ai su que je devais le sortir de là. Je l'ai porté dans mes bras jusqu'aux ambulances. Il s'accrochait à moi comme si j'étais son père. Il pleurait, il tremblait, mais il était vivant. — Et après ? — Quand je l'ai déposé dans les bras d'un ambulancier, il m'a regardé. Avec des yeux... des yeux pleins de gratitude. De confiance. Comme si j'étais un héros. Comme si j'avais fait quelque chose d'extraordinaire. Maya lève la tête vers moi. Ses yeux brillent, pleins d'une émotion qu
Elle se redresse sur un coude. Elle regarde autour d'elle, redécouvrant la cabane, la misère, la réalité. Je vois le moment exact où tout lui revient. La traque, la fuite, Chernov, la vidéo d'Anastasie. Son visage se ferme légèrement, perd un peu de sa paix matinale. — J'avais oublié, dit-elle doucement. Pendant quelques secondes, en me réveillant, j'avais oublié où on était. J'étais ailleurs. Quelque part de chaud. De sûr. — C'est bien. Ça veut dire que t'as vraiment dormi. Que ton corps a pu se reposer vraiment. — Grâce à toi. Elle se penche vers moi. Elle m'embrasse. Un baiser doux, lent, plein de gratitude et de tendresse. Ses lèvres sont encore un peu sèches, craquelées par le froid et la déshydratation, mais elles sont douces contre les miennes. Je ferme les yeux une seconde, je me perds dans ce contact, dans cette preuve qu'elle est là, vivante, avec moi. — J'a
KAÏL’eau de la douche, aussi chaude que je peux la supporter, ruisselle sur ma peau, cherchant à laver autre chose que la sueur et la poussière du chantier. Elle ne peut pas atteindre la tension nouée au fond de mon crâne, ni l’image tenace : Anastasie, son visage un masque de colère froide, ses m
ANASTASIELe bois de la porte est froid sous ma paume, mais ce n’est rien comparé au froid qui s’est installé dans ma poitrine après l’échange avec Kaï. La logique a parlé. Elle a perdu. Il reste autre chose, plus primitif, plus insidieux : un sixième sens qui hurle depuis l’instant où j’ai vu cett
KAÏUn sourire presque imperceptible touche mes lèvres.— Et toi, Anastasie. La première nuit après notre ‘accord’. Tu avais un poignard sous l’oreiller. Je le savais. Tu savais que je le savais. On a dormi dos à dos, chacun attendant que l’autre bouge en premier. Personne n’a bougé. La confiance n
KAÏJe suis toujours devant la vitre blindée quand un parfum familier s’insinue dans la pièce, subtil et mortel comme du cyanure enveloppé dans de la soie. Santal, verveine, et une pointe de poudre à canon : Anastasie.Je ne me retourne pas. J’attends.— J’ai vu Donovan dans l’escalier. Il faisait







