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CHAPITRE 5

Author: RS WILD
last update Petsa ng paglalathala: 2026-03-09 03:28:12

ALICE

Je suis à peine arrivée à l’étage que j’ai des nausées violentes. J’ai juste le temps de me précipiter dans les toilettes pour vomir… du sang. Merde. C’est la première fois que ça m’arrive. La maladie avance donc aussi vite que le professeur me l’a dit.

Je pleure, seule sur le carrelage froid. Je tente de me redresser, mais la douleur est effroyable ; une brûlure qui se mêle aux spasmes du vomissement. Je puise dans mes dernières forces pour attraper un cachet dans l’armoire à pharmacie, je l’avale avec un verre d’eau et je retourne dans ma chambre. Je m’allonge sur mon lit, immobile, et j’attends que la douleur s’évapore un peu… Et dire que je prenais tout ça pour du stress.

J’ouvre ensuite mon ordinateur pour consulter mon compte personnel.

Depuis mon mariage avec Marc, je n’ai jamais travaillé. Toutes les dépenses de la maison passaient par la Black Card qu’il me donnait.

Au début de notre union, il me donnait généreusement de l’argent de poche, mais il avait vite arrêté après la naissance de Morgane, me disant que sa carte suffisait. Il avait raison, dans un sens… sauf qu’à présent, mon compte personnel est presque à sec. Je suis prise au piège.

Le médecin m’a donné un autre rendez-vous, mais je veux un second avis. Je ne peux pas m’empêcher de penser à Thomas.

Alors, je ferme mon ordinateur, je prends mon téléphone et je compose son numéro. Mon cœur cogne plus fort que les brûlures dans mon ventre.

— Allô ?

— Thomas ?

— Lui-même.

— C’est moi… c’est Alice.

Le silence tombe, lourd, électrique. Puis, la surprise éclate dans sa voix.

— Alice ? Après tout ce temps…

— Je suis désolée. Je suis contente que tu aies toujours le même numéro.

— Je suis toujours conservateur, répond-il, et je devine son sourire à l’autre bout du fil.

Je tente de sourire à mon tour, mais mes lèvres tremblent.

— Thomas, j’ai… je voudrais ton avis de médecin.

— Bien sûr. Dis-moi. Ça a l’air grave, ta voix change.

— Il me reste six mois à vivre, Thomas.

— Quoi ???

J’essaie de ne pas pleurer, d’être aussi forte face à ma propre fin que je l’ai été face à celle de ma mère, mais ma gorge se noue. Mes larmes frappent à la porte de mes yeux. Je reprends mon souffle, tant bien que mal.

— Oui, j’ai un cancer de l’estomac, Thomas. J’ai eu le verdict ce soir. J’ai fait tous mes examens… Six mois avec la chimio et les différents traitements. Moins si je ne me soigne pas.

— Merde ! Écoute, passe à mon cabinet demain matin à neuf heures. Je t’envoie l’adresse par SMS. Amène tous tes résultats, absolument tout.

— J’ai peur, Thomas !

— Et Marc ? Il dit quoi, lui ?

— Marc, il ne dit rien. Il s’en fout. Il y a sa maîtresse qui s’est installée à la maison.

— Quoi ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu prends quoi comme antidouleurs là ?

Thomas pense que je délire, que les médicaments me font perdre la tête. Il ne peut pas imaginer une telle cruauté.

— C’est la vérité, Thomas. C’est ma réalité.

— Tu as eu un enfant, on m’a dit… Elle sait ?

Mon cœur manque un battement. Elle sait ? Si seulement il savait que c’est de sa propre chair qu’il parle.

— Non, je ne lui ai pas dit. Pas encore. J’attends de voir, d’être sûre… Mais tu sais, ma fille aussi m’a un peu tourné le dos. Elle me trouve trop sévère, alors que je ne veux que son bien.

C’est étrange. On ne s’est pas vus depuis tant d’années et nous voilà à parler comme des amis qui se seraient quittés la veille. Sa voix est un ancrage, la seule chose solide dans mon monde qui s’effondre.

Il parait que la véritable amitié c''est ca!

Je raccroche et j’entends les pas de Morgan dans le couloir.

Je me lève. Pas pour lui parler de ma maladie. Pas encore. Je n’ai pas la force de voir son regard changer.

Mais je dois lui dire pour le divorce. Je dois lui dire que je pars. Et que je veux qu’elle vienne avec moi.

Je frappe.

— Morgan ?

— Ouais.

J’entre. Elle est sur son lit, téléphone en main. Elle ne me regarde pas.

— Il faut qu’on parle.

Soupir.

— Si c’est pour me refaire la morale, maman, vraiment…

— Je vais divorcer de ton père.

Là, elle lève les yeux.

— D’accord.

Pas de surprise. Pas de choc.

Juste de l’agacement.

— Je vais partir. Et je veux que tu viennes avec moi.

Elle me fixe comme si je venais de dire une absurdité.

— Tu es sérieuse ?

— Oui.

— Pour aller où ? Dans un appartement triste ? Pour que tu me surveilles encore plus ?

Je serre les dents.

— Ce n’est pas une question de surveillance. C’est une question de choix.

— Ton choix, pas le mien.

Elle se redresse.

— Papa ne m’impose rien. Il me fait confiance.

La phrase me fait mal.

— Je te fais confiance aussi.

— Non. Tu contrôles tout. Mes notes. Mes vêtements. Mes sorties. Même ce que je mange.

Je respire lentement.

— Je veux juste que tu réussisses.

— Peut-être que je réussirai autrement que comme tu l’as décidé.

Silence.

Elle continue, plus froide :

— Si tu pars, je reste ici.

C’est dit calmement. Sans trembler.

— Même si ton père vit avec une autre femme ?

— Vivi n’est pas “une autre femme”. Elle est gentille, elle.

Je reçois le coup sans bouger.

— Donc je ne le suis pas ?

Elle hésite une seconde. Juste une.

— Tu es toujours en colère.

Je sens quelque chose se fissurer en moi.

— Je me bats.

— Contre qui ? Contre nous ?

Je n’ai plus de réponse simple.

— Si un juge te demande, tu choisiras qui ?

Elle soutient mon regard.

— Papa.

C’est net.

Je hoche la tête.

Je pourrais lui dire la vérité. Lui dire que je suis malade. Lui dire que je ne pars pas par caprice. Que je me bats contre quelque chose de bien plus grand. Que dans six mois je ne serais plus, mais que les mois de combats qu'il me reste, je veux garder mon énergie contre la maladie.

Mais je refuse d’utiliser ça.

— D’accord.

Elle fronce les sourcils.

— C’est tout ?

— Je ne te forcerai pas.

Sa mâchoire se crispe.

— Tu vois ? Tu abandonnes toujours.

Cette fois, ça me traverse.

— Non. Je me retire quand je ne suis plus désirée.

Elle détourne le regard.

— Fais ce que tu veux, maman.

Je reste debout quelques secondes.

Je la regarde. Elle est encore une enfant. Même si elle joue à l’adulte.

— Je t’aime, Morgan.

Elle ne répond pas.

Je sors.

Dans le couloir, je me tiens au mur quelques secondes. La douleur dans mon ventre remonte, brûlante.

Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal.

La maladie.

Ou la certitude que je suis déjà en train de perdre ma fille.

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