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Chapitre 2 – Le nom que je lui donne

Penulis: L'invincible
last update Terakhir Diperbarui: 2025-07-13 02:24:58

LIV

Il me pousse sur la banquette arrière. La portière claque, étouffant le bruit de la pluie.

La voiture sent le cuir, le tabac froid… et quelque chose de plus métallique. Une odeur de sang séché, vieille, incrustée. Comme si cette odeur faisait partie des fibres du siège.

Je me débats encore, mais ses mains sont fermes, décidées. Il sait. Il connaît les gestes, les appuis. Il maîtrise les corps comme on maîtrise une arme : sans hésitation, sans excès.

— Arrête, murmure-t-il. Ça sert à rien. Tu veux vivre ? Reste tranquille.

Il me regarde comme on regarde un animal sauvage qu’on vient d’apprivoiser de force. Avec prudence, mais sans peur.

Je hoche la tête, juste une fois. Un signe muet. Je comprends.

Il défait l’écharpe autour de ma bouche. L’air frais me brûle les lèvres. Je pourrais hurler. Mais à quoi bon ? Qui m’entendrait, ici ?

Le moteur démarre aussitôt qu’il claque des doigts. Le conducteur reste un fantôme, silencieux derrière sa vitre. Obéissant.

— Bien, dit-il.

Sa voix est posée. Grave. Fatale.

Il ne crie pas. Il n’a pas besoin. Le calme est son arme.

Il me regarde de biais. Comme un professeur observe un élève instable, ou un collectionneur examine un objet trouvé par hasard.

Puis il penche la tête, légèrement.

— Tu as quel âge ?

Je serre les dents. Je le fixe, droit dans les yeux. Il veut que je parle. Je le sens.

— Quinze.

Il esquisse un sourire.

— Tu as du cran. Ou tu es stupide. Les deux, sûrement.

Il laisse le silence s’installer. Il sait attendre. Il sait peser les mots.

— Et ton nom, gamin ?

Je dois répondre. Trouver un nom. Un qui ne dira rien.

Pas Liv. Pas mon vrai prénom. Jamais.

Pas celui sur mes anciens papiers non plus, ceux que j’ai regardés brûler dans un feu de carton il y a des mois. J’avais attendu les flammes jusqu’au bout.

Je prends une seconde. J’aspire l’air de la voiture. Le cuir, le tabac, le sang. Et je mens.

— Léo.

Il répète.

— Léo.

Un sourire encore. Un peu plus franc, mais toujours sans chaleur.

— Ça te va bien. Léo le fantôme. Tu es discret, je te donne ça. Personne ne t’avait vu ?

— Non. Personne.

Mensonge. Mais je le dis avec calme. Froidement. Je m’y suis entraînée. Depuis des semaines. Des années.

Il me jauge. Je le sens dans la tension de ses yeux. Il est intelligent. Trop.

Puis il hausse les épaules, comme s’il acceptait de ne pas tout savoir, pour le moment.

— Tant mieux. Si tu mens, je le saurai. Et je déteste qu’on me mente.

Il tend la main. Instinctivement, je recule, prêt·e à mordre, frapper, mordre encore.

— Calme-toi, dit-il. Je veux juste ton couteau.

— T’es malade.

Il ne rit pas. Il se contente d’un regard lourd, patient.

— Tu préfères que je le prenne moi-même ?

Je serre les dents. Lentement, je sors la lame de ma poche. Pas parce que je lui fais confiance. Mais parce que j’ai compris une chose : il ne plaisante pas. Il ne me frappera pas. Il fera pire.

Il prend le couteau sans brutalité. Il le regarde longuement. La lame usée. La poignée fendue.

C’est à moi. C’est la seule chose que j’ai emportée de là-bas. Là où j’ai fui. Là où j’ai laissé un corps derrière moi.

— C’est émoussé. Ça coupe à peine.

Je baisse les yeux.

— C’est à moi.

Il la glisse dans la boîte à gants.

— Tu la récupéreras si tu vis assez longtemps.

Le silence tombe. Lourde nappe de tension.

Dehors, la pluie tambourine contre les vitres comme des doigts impatients. Le conducteur tourne dans une rue inconnue. Les quais disparaissent. Le fleuve n’est plus qu’un souvenir.

Je me sens dériver. Déjà loin de ce que je connaissais.

— Où on va ?

Il me jette un regard.

— Là où tu vas comprendre ce que tu as vu. Et pourquoi tu vas rester en vie. Si tu fais ce que je dis.

Je déglutis. L’air me semble plus épais.

— Tu vas me tuer ?

Il rit. Pas méchamment. Pas même ironiquement. Juste… las. Comme s’il avait entendu cette question mille fois.

Comme si ma peur n’était qu’un détail parmi d’autres.

— Non, Léo. Si je voulais te tuer, ce serait déjà fait. Mais tu m’intrigues. Tu étais là au mauvais moment… ou au bon.

Il ajoute, plus bas, presque pour lui-même :

— Peut-être que tu es ce que j’attendais.

Je fronce les sourcils. Une nausée monte. Une peur étrange.

Et un éclat d’autre chose. Une étincelle tordue dans ma poitrine.

— Et si je refuse ?

Son regard change. L’ombre passe dans ses pupilles.

— Tu veux retourner sous la pluie ? Avec les rats ? Le froid ? Tu veux que ton corps disparaisse dans un caniveau, sans nom, sans cri ?

Il se penche. Ses mots effleurent ma joue.

— Ou tu veux… une place ? Un sens ? Même sale. Même tordu. Tu veux compter pour quelqu’un, Léo ?

Je détourne les yeux. Je suis morte de peur. Mais aussi… autre chose.

Quelque chose d’interdit. Un espoir. Un goût de danger. Un vertige.

— C’est quoi, ce “quelque chose” ?

Il sourit.

— La famille.

Je le fixe.

— La mafia ?

Il éclate de rire. Un vrai cette fois. Son rire claque dans la voiture, inattendu.

— Quel mot sale. Non. Pas la mafia. Pas comme dans les films.

Il se redresse un peu. Son visage devient plus sérieux.

— Un réseau. Une organisation. Une force. Des gens qui savent se rendre utiles. Et discrets.

Je sens mes doigts trembler. Ce qu’il décrit… je le comprends trop bien.

Personne ne me cherche. Je n’ai plus de nom. Plus de foyer.

Et lui… il me regarde. Même à travers le mensonge. Il me voit.

— Tu vas me garder pour quoi ? Pour faire le ménage ?

Il me dévisage.

— Pour écouter. Apprendre. Taire ce que tu as vu. Et peut-être… survivre autrement.

Il se penche encore.

— Mais pour ça, faut que je te fasse confiance. Et que toi, tu me fasses confiance aussi.

Je murmure, presque malgré moi :

— C’est quoi ton nom ?

Il sourit. Et cette fois, c’est plus qu’un sourire. C’est une lame. Une promesse. Un piège.

— Appelle-moi Kieran.

La voiture ralentit. Une grille se lève. Un souterrain avale la lumière. On entre dans une cour sombre. Béton, caméras, projecteurs blafards.

Le moteur s’arrête. Mais le silence continue de vibrer.

Je suis

déjà ailleurs. Déjà piégée.

Mais pour la première fois depuis des mois, depuis des années peut-être…

J’ai chaud.

Et ce Kieran… ce nom… je le sais.

Il va tout changer.

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