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Lina
Les semaines qui suivirent furent un tourbillon d'activité, de démarches administratives, de rendez-vous et de décisions à prendre, un tourbillon si intense qu'il ne me laissait guère le temps de penser à ma douleur, de ruminer ma peine, de me perdre dans les souvenirs de ce que j'avais fui. Nathan avait mis à ma disposition tout son carnet d'adresses, toute son énergie, toute sa
Chapitre 79LinaLes semaines qui suivirent furent un tourbillon d'activité, de démarches administratives, de rendez-vous et de décisions à prendre, un tourbillon si intense qu'il ne me laissait guère le temps de penser à ma douleur, de ruminer ma peine, de me perdre dans les souvenirs de ce que j'avais fui. Nathan avait mis à ma disposition tout son carnet d'adresses, toute son énergie, toute sa foi en ce projet qui prenait forme jour après jour, et je me laissais porter par cette dynamique nouvelle, par ce sentiment grisant de construire quelque chose qui n'appartenait qu'à moi, quelque chose qui ne devait rien à personne, ni à Elias, ni aux Moreau, ni à ce passé qui avait failli me détruire.Le nom était venu tout naturellement, comme une évidence qui s'imposait sans discussion possible. Phénix
Chapitre 78LinaLes jours passaient, et avec eux la douleur s'apaisait lentement, comme une mer qui se retire après la tempête, laissant derrière elle des débris et des traces de sel qui brûlaient encore par moments, mais qui ne menaçaient plus de me noyer à chaque instant. Je continuais d'écrire, chaque matin, assise près de la fenêtre du salon, le chat roulé en boule sur mes genoux, la plume glissant sur le papier avec une aisance qui me surprenait toujours. Le succès de mon roman ne se démentait pas, les critiques continuaient de pleuvoir, et Nathan me rapportait chaque jour des articles de journaux qui parlaient de la mystérieuse Élise Vaugirard avec une admiration croissante, s'interrogeant sur son identité, sur ses prochaines œuvres, sur la source de ce talent si singulier qui avait surgi de nulle part.
Chapitre 77EliasLa neige s'était remise à tomber, fine et serrée, enveloppant la ville d'un voile blanchâtre qui atténuait les bruits et brouillait les contours, et je restais debout sur le trottoir, face à cette tour de verre et d'acier qui abritait la femme que j'aimais et qui refusait de me voir. Les flocons s'accrochaient à mes cheveux, à mes épaules, à mon manteau de laine noire, et je ne sentais pas le froid, ou plutôt je le sentais mais il n'était rien comparé à la morsure de ce vide qui s'était ouvert dans ma poitrine quand Nathan avait prononcé ces mots terribles : elle n'existe plus pour toi. Ces paroles tournaient en boucle dans ma tête comme une malédiction, et je savais que je ne pourrais pas repartir ainsi, sans avoir au moins tenté de lui parler, sans avoir fait entendre ma voix à travers c
Chapitre 76EliasLes détectives mirent trois semaines à retrouver sa trace, trois semaines interminables pendant lesquelles je dépéris à vue d'œil, incapable de me nourrir correctement, incapable de trouver le sommeil, incapable de me concentrer sur les affaires qui s'accumulaient sur mon bureau comme des reproches muets. Chaque jour qui passait sans nouvelles d'elle était un supplice, chaque nuit passée à arpenter les couloirs déserts du manoir était une descente un peu plus profonde dans un enfer de solitude et de regrets. Je pensais à elle sans cesse, à son visage baigné de larmes, à sa voix qui tremblait quand elle clamait son innocence, à son ventre arrondi qui portait mon enfant, et je me maudissais pour ma lâcheté, pour ma froideur, pour ces mots que j'avais prononcés sans mesurer les dégâts
Chapitre 75LinaLe livre parut un matin de mars, discrètement, sans tapage, sans lancement officiel, sans ces campagnes publicitaires tapageuses que les grandes maisons d'édition réservaient à leurs auteurs vedettes. Nathan avait tenu sa promesse, il s'était occupé de tout avec cette efficacité tranquille qui le caractérisait, et le roman était sorti sous un pseudonyme que j'avais choisi moi-même, un nom simple et mystérieux qui ne révélait rien de moi, ni mon âge, ni mon sexe, ni mes origines. Élise Vaugirard. C'était le prénom de mon héroïne, et le nom d'une rue de Bordeaux où j'avais vécu enfant, un clin d'œil discret à cette vie que j'avais laissée derrière moi et qui ressurgissait transformée, magnifiée, transfigurée par la fiction.
Chapitre 74NathanLes pages s'accumulaient sur le bureau de Lina, des liasses de papier couvertes de son écriture fine et serrée, des mots qui s'enchaînaient aux mots comme les maillons d'une chaîne invisible, et je la voyais écrire avec une fièvre qui m'inquiétait autant qu'elle me fascinait. Elle passait des heures enfermée dans la chambre d'amis, le dos courbé sur le carnet, la main glissant sur le papier avec une aisance qui semblait ne jamais se démentir, et quand elle émergeait, le regard fiévreux, les joues pâles, elle me parlait de son héroïne comme on parle d'une amie imaginaire, d'une confidente qui porterait à sa place tous les fardeaux qu'elle ne pouvait plus porter seule.Un matin, alors qu'elle s'était endormie sur le canapé du salon, épuisée par une nuit entière pas
Chapitre 3LinaLa pluie commence à tomber au moment précis où la voiture s'arrête devant mon immeuble, comme si le ciel avait attendu cet instant pour se mettre en accord avec mon âme. De grosses gouttes tièdes s'écrasent sur le pare-brise, brouillant la façade familière de cette maison qui était
Chapitre 2LinaLa matinée du mariage se lève sur Bordeaux dans une explosion de lumière dorée, comme si le ciel lui-même voulait me rappeler que tout devrait être parfait aujourd'hui. Je m'éveille avec cette sensation étrange qui précède les grands jours, ce mélange d'excitation et d'angoisse qui
Chapitre 1LinaLa lumière de cette fin d'après-midi caresse les façades bordelaises avec une douceur presque irréelle, et je me surprends à penser que le monde entier s'est mis en beauté pour moi. La robe est suspendue dans son écrin de soie, masse immaculée de tulle et de dentelle qui semble resp
Chapitre 5LinaTrois jours que je suis enfermée dans cette chambre. Trois jours que je regarde la mer sans la voir vraiment, que j'écoute les vagues sans les entendre, que je tourne en rond dans cette suite trop grande comme un animal en cage qui aurait oublié comment on respire l'air libre. Le ch







