เข้าสู่ระบบPOV Nikolai
Je n'attends pas que Grigori arrête la voiture.
J'ouvre la portière à vingt kilomètres à l'heure, je saute dans la neige, mon flanc hurle, mes jambes plient. Je m'accroche à la poignée. Je me redresse. Devant moi, à deux cents mètres, au milieu d'une allée de bouleaux saupoudr&eacut
POV NikolaiJe n'attends pas que Grigori arrête la voiture.J'ouvre la portière à vingt kilomètres à l'heure, je saute dans la neige, mon flanc hurle, mes jambes plient. Je m'accroche à la poignée. Je me redresse. Devant moi, à deux cents mètres, au milieu d'une allée de bouleaux saupoudrée de blanc, une silhouette marche vers nous. Elle est petite. Elle porte un manteau gris déchiré à l'épaule. Ses cheveux, défaits, flottent sur son dos. Elle tient une chose dans sa main droite, qui pend au bout d'une chaîne et qui brille.Elle ne court pas. Elle marche, d'un pas lent, régulier, très droit.Je ne cours pas non plus. Je ne peux pas.
POV AlimaIl tient le pistolet comme un stylo.C'est la première chose que je remarque. Il le serre entre le pouce et l'index, pointé vers le sol, avec la grâce un peu maladroite d'un homme qui n'a jamais appris à tirer et à qui l'on a expliqué, une fois, comment faire semblant. Je le regarde. Je ne regarde pas l'arme.— Posez ça, dit une voix derrière moi.Elle est faible. Elle vient du canapé, de sous le masque d'oxygène que le vieil homme a repoussé d'un doigt. Fiodor Bariatinski s'est redressé de quelques centimètres sur ses coussins. Il respire mieux. Ses lèvres sont presque roses. Ses yeux dorés, fixés sur Kirill, n'ont rien perdu de leur du
POV NikolaiJe ne cours pas.C'est la chose la plus difficile que j'aie jamais faite, et personne ne la verra. Il est midi vingt, dans le salon d'accueil de la dacha de Peredelkino, rempli de chaises renversées et de tasses brisées, et je me tiens debout au milieu des chefs de famille, appuyé sur une canne que Pacha a trouvée dans un porte-parapluies. Mon flanc brûle. Dans ma main gauche, serrée si fort que le métal marque ma paume, une montre de gousset bat doucement. Je la regarde. Elle indique midi seize. Il est donc midi vingt.Quelque part, à l'ouest, dans une forêt de sapins, une voiture noire roule sans phares. Dedans, une femme que j'ai juré de ne pas lâcher.— Il y a une rou
POV AlimaLe salon du pavillon de chasse est une pièce basse, lambrissée de pin, éclairée par une cheminée où brûlent trois bûches de bouleau. Des têtes de cerfs empaillées pendent aux murs, leurs yeux de verre luisant dans la lueur des flammes. Au milieu, sur un canapé de cuir fendillé, un vieillard est renversé en arrière, la bouche ouverte, les mains crispées sur son plaid. Fiodor Bariatinski.Je reconnais le tableau avant d'avoir franchi le seuil, avec cette lucidité glacée qui me prend aux urgences. Cyanose des lèvres et des ongles. Tirage sus-sternal, creux du cou qui se creuse à chaque inspiration. Sueurs. Un râle humide, bruyant, qui s'entend de la porte, comme un bruit de bulles dans une casserole. Du coin de
POV AlimaIl y a une odeur de laine mouillée dans le sac qu'on m'a mis sur la tête.Je la reconnais avant toute autre chose : suint, neige fondue, tabac froid. Le tissu est épais, rugueux, collé à mes lèvres par mon propre souffle. Mes poignets sont liés devant moi par un lien de plastique qui me mord la peau. Je suis assise sur une banquette de cuir, entre deux corps durs, dont l'un sent l'huile à fusil. La voiture roule vite, sur une route qui monte, descend, tourne. Je ne vois rien. J'entends tout.Compte.C'est le dernier mot que j'ai dit à mon père, et je me l'applique à moi-même. Je compte mon pouls, d'abord. Quatre-vingt-seize. Trop vite. Je ralentis ma respiration, comme on le fait avant de piquer une veine difficile : inspirer sur quatre temps, retenir deux, expirer sur six. Quatre-vingt-dix. Quatre-vingt-cinq. Je compte les minutes ensuite, en m'appuyant sur ce battement régulier qui devient mon horloge. À chaque virage à gauche, un doigt levé. À chaque virage à droite, un a
POV NikolaiLe noir tombe dans mon casque comme une dalle.Un claquement sec, très net. Puis rien. Plus de souffle, plus de grésillement, plus de voix, plus de cloche. Seulement, au fond de l'oreille, ce bourdonnement de mer qu'on entend après le silence d'un orage. Je tire le casque de mes cheveux, je le jette sur la caisse. Ma main tremble. Je ne m'en suis pas aperçu.— Vadim, dis-je dans le micro. Vadim.Rien.Pacha s'est dressé comme un ressort. Grigori a pris le volant, sans un mot, la clef de contact déjà dans la main. Vania, voûté sur son ordinateur, fixe un écran qui ne montre plus qu'une ligne droite, d'un vert laiteux. Dans la for&ec







