TRENTE JOURS , PAS UN DE PLUS
Personne ne m'a regardée.
Séléna est au piano. Elle porte une robe de mousseline blanche, vaporeuse, romantique, qui lui donne l'air d'une apparition. Ses cheveux blonds sont noués en un chignon lâche, quelques mèches folles caressent sa nuque. Elle est belle. Elle est belle comme un tableau, comme une icône, comme une sainte descendue de son vitrail. Ses doigts fins, aux ongles nacrés, effleurent les touches avec une grâce maladroite. Elle n'a pas joué depuis dix ans, dit-elle, elle a tout oublié, il faut tout réapprendre. Mais déjà, sous ses doigts, les notes s'élèvent, hésitantes d'abord, puis plus assurées, puis mélodieuses.