เข้าสู่ระบบMarc Le trajet est chaotique. Elle se retourne une fois pour m'embrasser encore, comme si elle avait peur que le charme se brise entre la cuisine et la chambre, comme si chaque seconde sans mes lèvres sur les siennes était une seconde de trop. Elle heurte la console de l'entrée, un bibelot tombe, elle rit nerveusement contre mes lèvres. Un rire qui tremble, qui vacille, un rire au bord des larmes. Je ne peux pas croire que je fais ça. Le rire dit cela, et la peur, et l'excitation, et l'incrédulité. Elle-même n'arrive pas à croire qu'elle m'emmène dans son lit. Elle-même se regarde de l'extérieur et se trouve folle, irresponsable, scandaleuse. Et pourtant elle continue.Elle repart, titube légèrement contre le mur. L'alcool, le désir, ou les deux. Ses doigts se resserrent autour des miens, elle ne veut pas que je lâche. Elle a besoin de cette main qui la guide, de cette main qui l'empêche de tomber, de cette main qui la pousse en même temps vers l'abîme.L
MarcLe baiser est doux d'abord. Presque timide. Ses lèvres effleurent les miennes avec une hésitation qui contraste avec tout ce qu'elle vient de m'avouer. Un éclaireur qui explore un territoire inconnu, qui avance à tâtons, prêt à battre en retraite au moindre signal de danger. Elle goûte le vin sur mes lèvres et le désir, et je sens qu'elle ferme les yeux, qu'elle savoure cet instant comme on savoure une première gorgée après une longue soif. Sa bouche est chaude, entrouverte sur un souffle court. Je ne force rien. Je suis un roc dans la tempête de ses émotions. Je la laisse venir, je la laisse explorer, je la laisse prendre ce qu'elle est venue chercher. Le rythme, c'est elle qui le donne. La profondeur, c'est elle qui la choisit. Je ne suis que le réceptacle de son désir, le miroir de sa propre audace.Puis quelque chose bascule.Ses doigts attrapent mon col de chemise, s'y agrippent comme à une bouée de sauvetage, comme à une corde au-dessu
Chloé Il sait tout. La robe fleurie, le jogging gris, le jean et le débardeur blanc. Les trois tenues que j'ai essayées, une à une, devant mon miroir, en me traitant de folle. Comment peut-il savoir ? Il n'était pas là. Il ne peut pas m'avoir vue. Alors qu'est-ce que c'est ? De la divination ? De la chance ? Ou bien est-ce qu'il me connaît mieux que je ne me connais moi-même, mieux que Lucas ne m'a jamais connue, mieux que personne ne m'a jamais connue ? Il a tout vu, tout compris, tout déchiffré. Chaque silence, chaque hésitation, chaque geste que je croyais anodin. Je me sens nue sous son regard. Complètement, irrémédiablement mise à nu. Pas mon corps, non, pas encore, mais pire : mon désir, mes doutes, mes nuits sans sommeil, mes doigts sur mon corps en pensant à lui. Il a lu tout cela dans mes messages anodins, dans mes silences, dans mes regards volés. Je suis transparente. Et lui est opaque. Je devrais avoir peur. Je
Chloé Ma question est un défi. Un défi que je lui lance en le regardant droit dans les yeux, sans ciller, sans baisser la garde. Je veux qu'il le dise. Je veux qu'il mette des mots sur ce qui est en train de se passer. Je veux qu'il assume, qu'il prenne ses responsabilités, qu'il ne se cache plus derrière des sous-entendus et des frôlements et des silences.Il ne répond pas tout de suite. Il prend la bouteille, sert le vin lui-même, un geste fluide, une chorégraphie maîtrisée. Le liquide rouge sombre emplit mon verre, puis le sien. Le bruit du vin qui coule est le seul bruit dans la pièce, avec le crépitement des bougies et mon cœur qui bat. Il repose la bouteille, lève son verre à hauteur de ses yeux, regarde à travers le vin la flamme des bougies.— Le moment dont on se souviendra demain matin.Nous trinquons. Le cristal tinte, un son pur qui se prolonge dans le silence. Je bois une gorgée trop longue, le vin descend dans ma gorge, chaud, boisé
ChloéLa salade est bonne. Enfin, je crois. Je ne sens pas vraiment le goût des tomates, de la mozzarella, du basilic que j'ai ciselé avec soin tout à l'heure. Mon palais est anesthésié, comme si mes papilles s'étaient mises en grève. Toute mon attention est monopolisée par l'homme assis en face de moi.Marc mange lentement, son couteau et sa fourchette manœuvrant avec une précision presque chirurgicale. Ses mains. Je n'arrête pas de regarder ses mains. La façon dont il tient ses couverts, la façon dont il porte sa fourchette à sa bouche, la façon dont ses doigts se referment sur le verre de vin. La cicatrice sur le pouce droit que j'ai vue mardi et qui m'obsède depuis. D'où vient-elle ? Un accident de bricolage ? Une chute à vélo ? Une bagarre ? J'ai envie de la toucher, de passer mon pouce sur cette ligne blanche, de lui demander de me raconter l'histoire.Mais je ne demande rien. Je mange, ou je fais semblant de manger, et je hoche la tête pen
Marc— Apporte du vin. J'ai rien de correct.Je souris. Un sourire lent, étiré, que personne ne voit. Elle a mordu. Elle a lutté quatorze minutes — j'aurais parié sur quinze, je suis agréablement surpris par sa brièveté. Quatorze minutes de combat intérieur entre la femme fidèle et la femme désirante. La femme désirante a gagné. Le vin est un prétexte, évidemment. Un alibi qu'elle se donne à elle-même. Je ne l'ai pas invité pour coucher avec lui, je l'ai invité parce que je n'ai pas de vin correct. Un alibi cousu de fil blanc, mais ça lui suffit. Les êtres humains n'ont pas besoin de bonnes raisons, ils ont besoin de raisons présentables. Celle-ci fera l'affaire.Je me lève, pose le verre vide dans l'évier, ouvre la cave à vin. Ma main caresse les étiquettes, les bouteilles alignées comme des soldats à la parade. Je choisis deux bouteilles. Un bordeaux, un bourgogne. Rouges, évidemment. Le rouge est la couleur du désir, de la passion, du danger.







