Mag-log inLe soleil continue sa course dans le ciel romain. Les bruits du chantier voisin s'intensifient. La journée commence, avec ses obligations, ses dangers, ses mensonges nécessaires.Mais je ne fuis pas.Je reste assise sur cette paillasse, dans cette chemise trop grande qui sent le savon et la pierre, et je regarde l'homme que j'aime ranger les restes du petit déjeuner. Je reste parce que je choisis de rester. Parce que l'amour n'est pas une prison. Parce qu'il est ma liberté.Alessandro m'attend quelque part. La Confrérie me traque. Le Marquis Noir rôde peut-être encore. Ma vie est un champ de ruines peuplé de fantômes.
Ce n'est pas une question. C'est un constat. Deux mots qui contiennent tout le poids de la réalité que nous avons essayé d'oublier cette nuit.— Oui. Mon mari.Le silence retombe. Lourd. Chargé. La main de Lorenzo s'est immobilisée sur ma joue. Il ne la retire pas, mais elle est devenue inerte, comme si toute son attention était mobilisée ailleurs, dans un dialogue intérieur que je ne peux pas entendre.— Il t'attend.Encore un constat. Pas une accusation. Pas un reproche. Juste l'énoncé d'un fait que nous connaissons tous les deux, que nous avons choisi d'ignorer le temps d'une nui
Je le regarde.Je n'ai jamais pris le temps de regarder un homme dormir. Les nuits que j'ai passées avec d'autres étaient des nuits de travail, des performances où il fallait être parfaite jusqu'au bout, où il fallait partir avant l'aube pour ne pas avoir à affronter la gêne du réveil, les corps qui se découvrent à la lumière crue du jour, les illusions de la nuit qui s'effritent.Ce matin, je reste. Et je regarde.Ses cheveux roux sont une explosion désordonnée sur l'oreiller de fortune, emmêlés par mes doigts, par nos étreintes, par la sueur de la nuit. Quelques mèches retombent sur son front, cachant à dem
Quand j'ouvre enfin les yeux, il me regarde. Son visage est illuminé d'une joie pure, presque enfantine. Il a réussi. Il m'a donné ce que personne ne m'avait jamais donné. Et il en est heureux, simplement heureux, sans orgueil, sans vanité.— Maintenant, dis-je en posant ma main sur sa joue. Maintenant, viens en moi.Il obéit. Il se positionne au-dessus de moi, et je guide son sexe jusqu'à mon entrée. Il est chaud, lourd, vibrant de désir contenu. Il pousse doucement, lentement, me laissant le temps de m'adapter à lui, de l'accueillir, de l'envelopper.Quand il est enfin tout entier en moi, il s'immobilise. Son front tombe contre le mien. Ses yeux sont fe
La lumière des braises caresse ma peau, dessine des ombres mouvantes sur mes courbes, allume des reflets d'ambre dans mes cheveux défaits. Je devrais avoir peur. Je devrais vouloir me cacher. J'ai passé ma vie à être regardée, mais jamais comme ça. Jamais par des yeux qui voient au-delà de la surface.Il me regarde. Longuement. Silencieusement. Ses yeux verts parcourent mon corps comme on parcourt un paysage aimé, s'attardant sur chaque détail, chaque vallée, chaque colline. Il ne dit rien, mais son regard dit tout. Il dit la beauté qu'il voit. Il dit le désir qu'il ressent. Il dit le respect qu'il me porte.— Tu es...Sa voix s'étrangle. Il ne trouve pas les mots. Il secoue légèrement la tête, comme pour dire qu'aucun mot ne serait à la hauteur.Puis il s'agenouille de nouveau.Et il pose ses lèvres sur mon ventre.Le contact est doux, presque révérencieux. Un baiser de pèlerin devant une icône sacrée. Ses lèvres sont chaudes, légèrement rugueuses, et la tendresse de ce geste , lui,
GIULIA---La chandelle s'est éteinte mais les braises du foyer jettent assez de lumière pour dessiner les contours de son visage, pour allumer des reflets d'or rouge dans ses cheveux défaits, pour transformer ses yeux verts en deux éclats de malachite dans la pénombre. Il est agenouillé devant moi, et ce renversement des rôles – lui à mes pieds, moi sur cette chaise de bois brut – est la chose la plus troublante qui me soit arrivée depuis longtemps.Je suis habituée aux hommes agenouillés. C'est leur position naturelle quand ils me courtisent, quand ils me supplient, quand ils promettent monts et merveilles pour une nuit avec moi. Mais Lorenzo n'est pas agenouillé pour supplier. Il n'est pas agenouillé pour obtenir quelque chose. Il
GiuliaLes mots de l'étranger, Leone, résonnent dans le silence de mes appartements comme une cloche fêlée. La solitude de son Égée. Collectionnez-vous des reflets de vous-même ? Les miroirs sont vides. Chaque phrase est un scalpel qui dissèque la façade que je présente au monde, et à moi-même.Je
GiuliaLa mer est d’huile ce soir, un miroir noir et luisant sous un ciel sans lune. Depuis le balcon de mes nouveaux appartements, plus proches encore de ceux du Doge, je regarde les lanternes des gondoles se refléter dans l’obscurité, telles des âmes errantes. La ville respire le silence et les s
GiuliaLa rumeur du scandale se répand dans Venise plus vite que la marée haute. Le Palais Morosini, naguère symbole de puissance inébranlable, est devenu une cage dorée où rôde l'odeur du déshonneur. Isabella est confinée dans ses appartements, son influence réduite à néant par la trahison de son
Le Palais Morosini est un monument à la puissance et à l'orgueil. Ce soir, il ruisselle de lumière. Des milliers de bougies se reflètent dans les dorures et les mosaïques, créant un jour artificiel où l'élite de Venise se presse, parée de ses plus beaux atours. Les rires sont trop aigus, les sourir







