Mag-log inAlyssaL'infirmerie est en désordre. Pas le désordre habituel, celui des journées chargées, des pansements à changer, des sutures à poser – non, un désordre différent, plus profond, comme si quelqu'un avait fouillé mes affaires avec méthode et précipitation.Je le remarque tout de suite en entrant. Le tiroir de mon bureau est entrouvert. Mes dossiers médicaux, d'habitude parfaitement alignés dans leur classeur métallique, dépassent en pagaille. Mon carnet de notes – celui où je consigne les symptômes, les diagnostics, les traitements – n'est plus à sa place habituelle, calé contre la lampe à pétrole. Il est posé bien en évid
Sa voix se brise sur le dernier mot, et il reprend son souffle avant de continuer.— Je te raconte ça parce que tu as choisi d'être mon égale. Tu l'as proclamé devant tous les Corbeaux. Tu as tenu le pistolet que je t'ai donné. Un égal doit connaître tout le dossier, même les pages qu'on voudrait arracher et brûler. Même les pages qui font mal, celles qu'on relit la nuit en se haïssant.Je serre ses doigts glacés entre les miens, tentant de leur transmettre un peu de chaleur, un peu de vie.— Je comprends, je dis.— Vraiment ? deman
AlyssaSilas est rentré tard, ce soir. Très tard. Je n'ai pas entendu le bruit de ses bottes dans l'escalier, ni son pas dans le couloir – j'étais dans l'infirmerie, à classer des dossiers médicaux à la lueur d'une lampe à pétrole. Quand il est apparu dans l'encadrement de la porte, j'ai sursauté, ma plume a glissé sur le papier, laissant une traînée d'encre noire.Il est venu s'asseoir sur le tabouret, comme il le fait de plus en plus souvent. Pas pour une blessure. Pas pour un soin. Juste pour être là, dans mon territoire, entouré de mes fioles et de mes bandages et de cette odeur d'antiseptique qui semble le rassurer.Aujourd'hui, i
Il a souri. Un sourire sans joie, sans triomphe, sans rien d'autre qu'une tristesse immense et glacée.— Maintenant, c'est moi qui dirige. Moi qui décide. Et toi, Mateo, tu devrais décider aussi. Ne laisse personne choisir à ta place. Ni qui tu sers. Ni qui tu es. Ni qui tu aimes. Parce que si tu laisses quelqu'un choisir pour toi, tu deviens un outil. Et un outil, ça se jette quand c'est usé.Le crépuscule tombait sur la colline. Le ciel était en feu, des bandes orange et violettes qui s'étiraient à l'infini. Cassian a sorti un canif de sa poche de pantalon, un objet simple au manche de corne. Il a ouvert la lame lentement, avec un geste presque rituel, et avant que je puisse comprendre ce qu'il allait faire, il s'est entai
SilasDeux jours. Deux jours depuis que Cassian Valerius était apparu dans ma vie comme une comète, et je m'étais surpris à guetter son retour. Je ne l'aurais avoué ni à Emilio, ni à personne, mais chaque fois qu'un bruit de moteur se faisait entendre dans le camp, je levais la tête malgré moi, le cœur un peu plus rapide. J'avais honte de cette attente, de cet espoir absurde. Je ne savais pas encore que c'était le début d'un attachement qui allait me poursuivre toute ma vie.Il est revenu. Sans prévenir, comme la première fois. Sa voiture noire a fendu la poussière du chemin, et cette fois, je n'ai pas pensé qu'il allait se faire dévorer. J'ai pensé : Il est là. Et je me
Il est venu me trouver après l'entraînement du soir, quand j'étais assis seul contre un mur, à essayer de faire passer la douleur de mes muscles tétanisés.— Tu es d'où, Mateo ? a-t-il demandé en s'accroupissant à côté de moi, sans se soucier de salir son pantalon beige.— Du nord, j'ai répondu, évasif.— Le nord, c'est grand. C'est un continent, presque.— Un village près de la frontière. Personne ne connaît.— Tu as de la famille ?Je me suis raidi imperceptiblement. La question avait claqu&eacut







