LOGINAlyssa
Mon cœur bat à tout rompre. Je devrais frapper. Planter la lame dans sa chair. C'est ce que mon esprit crie de faire. Mais mon corps est paralysé. Par sa présence. Par l'audace tranquille avec laquelle il défie ma menace.
— Vous ne le ferez pas, murmure-t-il, comme s'il lisait dans mes pensées. Il est maintenant à un mètre de moi. Je peux voir les stries d'or dans ses yeux bruns, la pulsation à la base de son cou. Vous êtes une sauveuse. Pas une tueuse. C'est écrit dans chaque fibre de votre être.
— Vous avez tué des gens, je souffle, la voix brisée. Je vous ai vu. Dans les yeux de vos hommes.
— J'ai ordonné la mort de gens, il corrige, sans nier. C'est différent. C'est un acte de volonté. De pouvoir. Tuer par nécessité, par survie, c'est une chose. Tuer de sang-froid… c'est une frontière que vous ne franchirez pas. Même maintenant.
Il a raison. Une partie de moi, la médecin, se révolte à l'idée de trancher la chair, de faire couler le sang. Même le sien.
— Pourquoi vous m'avez enlever ? La question m'échappe, un sanglot de colère et d'incompréhension.
Il avance encore, lentement, jusqu'à ce qu'il soit si près que la pointe du scalpel effleure le tissu de sa chemise, juste au-dessus de son cœur. Je sens la chaleur qui émane de lui.
— Parce que vous vous êtes battue pour un homme déjà mort. Parce que vous m'avez regardé dans les yeux et que vous m'avez frappé. Personne ne fait cela. Sa main se lève, si vite que je n'ai pas le temps de réagir. Ses doigts se referment autour de mon poignet qui tient le scalpel. Sa prise n'est pas brutale, mais elle est de fer, absolue. Parce que votre lumière est si vive qu'elle m'a aveuglé.
Il serre. Une douleur aiguë parcourt mon bras. Mes doigts s'ouvrent malgré moi. Le scalpel tombe sur le tapis, assourdi.
Je suis maintenant face à lui, sans arme, mon poigt toujours prisonnier du sien. Son autre main se lève et effleure la marque bleutée sur ma joue, là où l'un de ses hommes m'a frappée.
— Vous allez apprendre, Alyssa, chuchote-t-il, son souffle chaud sur mon visage.Vous allez apprendre que certaines cages n'ont pas de barreaux. Que certains geôliers n'ont pas besoin de chaînes. Je ne veux pas vous briser le corps. Je veux vous briser l'esprit. Jusqu'à ce que vous compreniez que vous m'appartenez.
Son regard plonge au plus profond de moi, cherchant la peur, la faiblesse. Et il les trouve. Mais il trouve aussi autre chose. La haine. Une haine si pure, si brillante, qu'elle semble le surprendre.
— Je vous haïrai jusqu'à mon dernier souffle,je crache entre mes dents serrées.
Les yeux de Silas s'illuminent, comme s'il venait de recevoir le plus beau des cadeaux.
— Je compte là-dessus.
Il relâche mon poignet. Il se baisse, ramasse le scalpel, et le repose sur la table de chevet, à sa place exacte.
— Mangez,dit-il en se dirigeant vers la porte. Vous aurez besoin de vos forces. La guerre commence maintenant.
Il sort. La porte se referme dans un clic silencieux.
Je reste là, tremblant de tout mon corps, le poigt meurtri, l'endroit où ses doigts ont touché ma peau brûlant comme une marque au fer rouge.
Je regarde le scalpel, puis la porte close.
Il a raison. C'est une guerre.
Et je viens de perdre la première bataille.
Le temps n'a plus de sens. Une heure ? Une journée ? Le feu dans la cheminée ne s'éteint jamais, entretenu par des mains invisibles. Le plateau de nourriture est resté sur la table, intact. La faim me tenaille, mais manger serait une capitulation. Boire son eau, accepter sa nourriture… ce serait reconnaître ma dépendance.
Je suis en train de somnoler, adossée au mur, quand un nouveau bruit me fait sursauter. Ce n'est pas la porte. Cela vient du mur opposé. Une partie de la boiserie, que je prenais pour un décor, glisse silencieusement pour révéler une ouverture. Un homme se tient là. Ce n'est pas Silas.
C'est l'un de ses gardes, celui aux yeux morts qui m'avait regardée à l'hôpital. Il est grand, massif, le visage balafré. Il ne dit rien. Il me fait simplement signe de le suivre d'un mouvement de tête.
Mon premier instinct est de refuser. Me recroqueviller dans mon coin. Mais la curiosité, cette pulsion maudite, est plus forte. Et puis, c'est une ouverture. Une chance de voir, de comprendre, de planifier.
Je me lève, les jambes raides. Je garde une distance prudente, mais il tourne simplement les talons et s'enfonce dans un couloir sombre. Je le suis.
Le manoir est un dédale. Les couloirs sont froids, en pierre, faiblement éclairés par des torches électriques imitant des flambeaux. Les murs sont nus, sans tableaux, sans tapisseries. Seulement, à intervalles réguliers, des portes massives, toutes identiques, toutes fermées. L'air sent le vieux pierre et la poussière. C'est l'envers du décor de ma cage dorée. C'est la réalité de Sombra Roja.
L'homme s'arrête devant l'une de ces portes. Il l'ouvre et s'efface pour me laisser passer. Son regard me transperce, m'incitant à entrer.
Je franchis le seuil, et l'odeur me frappe de plein fouet.
Le sang. La peur. La mort.
AlyssaLa première règle, lorsque l’enfer se déchaîne, c’est de cesser de penser. La pensée est une roue qui tourne à vide dans la boue, elle entrave, elle paralyse. Il ne reste que l’instinct et la sensation brute, à vif.Le mot de Cassian , Prenez-la est encore suspendu dans l’air, un fragile cristal de menace, quand Silas entre en mouvement.Il ne tire pas sur Cassian. Non. Il pivote d’un quart de tour, son bras se déploie comme un ressort d’acier, et il me lance. Non pas vers l’avant, vers les hommes qui surgissent, mais sur le côté, derrière le lourd canapé en cuir. Je vole, littéralement, les pieds quittant le sol, la chemise de lui qui flotte autour de moi comme une aile brisée. Je m’écrase derrière le meuble, le souffle coupé, les os vibrants. Un abri de fortune, ridicule face à ce qui arrive.Puis, le concert commence.Le Glock de Silas crache sa première détonation. Le son est assourdissant, confiné, il frappe les tympans comme un coup de marteau. Ce n’est pas un son de film
SilasIl cesse de tapoter. Le silence qui suit est plus lourd que les explosions.Puis, avec une lenteur exaspérante, il se lève et se tourne.Le visage de Cassian Valerius est celui d’un ange tombé, sculpté dans le marbre et le mépris. Des traits d’une beauté glaçante, symétriques, trop parfaits. Des yeux d’un bleu pâle, presque incolores, comme des lacs gelés en plein été. Ils ne reflètent rien. Ils absorbent toute lumière, toute chaleur. Son regard glisse sur moi, indifférent, avant de se poser sur Alyssa, à peine visible derrière mon épaule. Il l’examine comme un entomologiste examinerait un insecte rare et vaguement dégoûtant.— Silas, fait-il enfin. Sa voix est douce, cultivée, un filet de miel empoisonné. Toujours aussi dramatique dans tes choix de… résidences. Et dans tes compagnies.Il fait un petit geste négligent de la main en direction d’Alyssa.— La fille aux grands yeux. Elle a survécu à ton hospitalité, je vois. À peu près.Je sens la rage monter en moi, noire et destru
SilasLa première explosion n’est pas un son. C’est une vibration, une onde sourde qui remonte des fondations de la maison, à travers les poutres du plancher, pour nous frapper en plein cœur de notre sommeil d’épuisés.Je suis debout avant même d’avoir conscience d’être éveillé. Un réflexe de bête traquée, forgé dans d’autres vies, sous d’autres cieux de plomb. L’instinct prend les commandes, balayant la torpeur, la chaleur du corps contre le mien, la mémoire de la peau et des murmures.Alyssa est arrachée au sommeil, les yeux s’ouvrant sur un monde qui vient de basculer. Elle n’a pas le temps de crier. Ma main se plaque sur sa bouche, étouffant le premier son. Mon autre bras la presse contre moi, contre le mur, loin de la fenêtre. Nos regards se rencontrent, l’espace d’une seconde infinie. Dans ses prunelles dilatées, je ne vois plus la fureur de la veille, ni l’abandon du petit matin. Je vois la peur. Une peur pure, primitive, qui sent l’acier et la poudre.— Silence, je souffle con
AlyssaL’aube ne se lève pas. Elle s’infiltre. Une lueur grise et lasse, coupable, qui se glisse entre les lattes des volets comme un voleur. Elle dessine des barres sur le sol, sur le lit, sur nous. Elle ne chasse pas les ombres. Elle les teinte simplement d’une couleur morne.Je ne dors pas. Mon corps est un champ de bataille au petit matin. Chaque muscle crie sa propre douleur, distincte, précise. Une courbature profonde, organique, qui n’a rien d’un simple effort. C’est l’écho physique d’un séisme. Ma mâchoire est raide, ma lèvre gonflée et sensible. La marque à mon cou pulse d’une chaleur sourde, un rappel constant, un tatouage fait de chair meurtrie. Entre mes cuisses, une douleur sourde et pleine, une sensation de fêlure, de territoire exploré et conquis avec une brutalité qui devrait me révolter.Je devrais.Je devrais me lever. M’arracher à ce lit, à ces draps froissés qui sentent le sexe, la sueur et lui. Me rhabiller avec des doigts tremblants de rage et de honte. Partir.
SilasLe silence qui s’installe est d’une densité abyssale. Il n’est pas vide. Il est peuplé. Du bourdonnement sourd de notre sang qui redescend, du battement furieux et désynchronisé de nos cœurs qui tentent de retrouver un rythme propre, du souvenir-écho, physique et persistant, de la sensation qui nous a traversés et nous a laissés pantelants. C’est un silence qui résonne encore de nos cris étouffés.Je me soulève sur un coude, un effort immense. Je la regarde. Son visage est une carte de notre bataille. Tourné vers le plafond, il est pâle là où il n’est pas marqué. Ses yeux sont grands ouverts, les pupilles dilatées, humides non de larmes de tristesse, mais d’un épuisement si profond et d’un choc si absolu qu’ils en sont vitreux. Sa bouche est tuméfiée, rouge vif et gonflée par la pression de mes baisers et le mordillement de ses propres dents. Sur la pâleur de son cou, la marque pourpre de mes lèvres, violacée en son centre, ressemble à un stigmate, un sceau d’appartenance gravé
SilasMes mains ne sont pas inertes. Elles parcourent son corps comme un territoire à conquérir et à réconforter à la fois. Je caresse la courbe de sa hanche qui se soulève à ma rencontre, je serre sa taille, mes pouces s’enfonçant dans la chair tendre de ses flancs. Une de mes mains remonte pour saisir son sein, roulant le bout durci sous mon pouce, sentant son corps se cambrer violemment sous cette double stimulation. Je mords la courbe de son épaule, laissant une marque qui pâlira mais dont le souvenir, je le sais, sera indélébile.Sa propre exploration est tout aussi sauvage. Ses mains parcourent mon dos, sentant chaque muscle bandé, chaque cicatrice ancienne, comme si elle mémorisait un champ de bataille. Elles s’accrochent à mes hanches pour guider mon rythme, s’enfoncent dans mes cheveux pour tirer ma tête en arrière et exposer ma gorge à ses lèvres et à ses dents. Elle me marque comme je la marque, dans une alchimie cruelle de passion et de vengeance.L’intensité monte, inexor







