Beranda / Romance / Hassan et Lalla Tislin / Chapitre 5 : Le silence rouge

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Chapitre 5 : Le silence rouge

Penulis: zinerom
last update Terakhir Diperbarui: 2025-11-09 04:08:02

Le soleil s’était levé dans un ciel pâle, presque malade.

La lumière, au lieu de réchauffer, semblait peser sur la terre.

Dans la vallée, les oiseaux n’avaient pas chanté ce matin-là.

Les femmes, en puisant l’eau, se signaient sans savoir pourquoi.

Quelque chose d’invisible passait d’une maison à l’autre —

un silence qui faisait du bruit.

Depuis l’aube, Hassan restait assis près du puits.

Ses doigts caressaient la corde rompue, toujours tiède.

Chaque fois que le vent soufflait, il croyait entendre la voix de Tislin dans ce souffle, mais ce n’était qu’un battement de son cœur qui se trompait de langue.

Aïcha n’Tissint se tenait debout derrière lui.

Son voile claquait doucement, ses yeux semblaient encore plus anciens.

— Elle vit, dit-elle.

— Mais elle ne parle plus, répondit Hassan.

— Le vent ne l’a pas punie. Il lui a confié un secret.

— Quel secret ?

— Celui que même les montagnes n’osent pas dire.

Il leva les yeux.

— Et moi ? Que dois-je faire ?

— Tu dois apprendre à écouter ce qu’on ne dit pas.

Aïcha s’accroupit, prit un peu de poussière dans sa paume et la laissa tomber dans le puits.

La poussière ne tomba pas — elle resta suspendue, comme tenue par une main invisible.

— Regarde, murmura-t-elle. C’est ça, le silence rouge.

— Pourquoi rouge ?

— Parce qu’il brûle sans feu.

Tislin, de son côté, s’était enfermée dans la chambre du haut.

Depuis la veille, aucun mot n’était sorti de sa bouche.

Mais sur ses lèvres, parfois, passait une lueur, comme si la parole voulait revenir, hésitante.

Son père, le cheikh Amghar, la regardait sans comprendre.

— Ma fille… qu’as-tu fait pour que le vent t’aime ainsi ?

Elle répondit par un regard.

Et dans ce regard, il sentit qu’elle portait plus de siècles qu’il n’en avait vécus.

Rachid, lui, observait tout depuis les collines.

Il avait vu la spirale de poussière la nuit dernière, il avait entendu la rumeur :

« Le vent a pris la voix de la fille du cheikh. »

Son orgueil blessé devint colère.

Il descendit vers la vallée, jurant de “rendre le vent muet à son tour”.

Quand il atteignit le puits, Hassan était toujours là.

Leur regard se croisa — lourd, plein de non-dits.

— Tu joues avec des choses trop grandes pour toi, dit Rachid.

— Ce n’est pas un jeu.

— Alors c’est une trahison.

Il leva le bâton qu’il portait, frappant la margelle.

Un son creux, métallique, s’en échappa, comme une plainte.

Le vent se leva aussitôt.

Aïcha, sans bouger, dit simplement :

— Tu viens d’éveiller ce qui dormait sous le puits.

Le sol trembla.

L’eau jaillit d’un coup, rougeâtre, bouillonnante.

Hassan recula, mais Rachid resta figé, hypnotisé.

Un souffle brûlant monta, l’enveloppa.

Et quand le vent retomba, il n’était plus là.

Seulement son bâton, planté dans la boue, fumant encore.

Aïcha posa sa main sur l’épaule de Hassan.

— Le prix continue, dit-elle. Le vent n’a pas fini de compter.

Plus haut, dans la maison, Tislin se leva d’un bond.

Ses yeux s’ouvrirent grands — la lumière du matin entrait en elle comme un torrent.

Ses lèvres bougèrent sans son, mais sur la pierre du mur,

une spirale rouge apparut, large, pulsante, vivante.

Le vent traversa la vallée une dernière fois,

emportant avec lui les prières, les cris, les peurs —

et dans ce tumulte, on aurait juré entendre une voix, très faible, très claire :

“Je parlerai quand le monde saura écouter.”

Puis, le silence revint.

Mais ce n’était plus le même silence.

C’était un silence rouge,

un silence qui brûle et guérit à la fois.

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