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ILS L'ONT ENTERRÉ , IL EST REVENU EN ROI
ILS L'ONT ENTERRÉ , IL EST REVENU EN ROI
ผู้แต่ง: Déesse

CHAPITRE 1 — LE CORPS JETÉ DANS LA FOSSE COMMUNE

ผู้เขียน: Déesse
last update วันที่เผยแพร่: 2026-10-25 04:14:53

— Alexander

La terre entre dans ma bouche avant que je comprenne ce qui m'arrive : une gorgée de glaise froide, de gravier, de quelque chose de métallique qui racle mes dents, et l'odeur, l'odeur de dessous les racines, de pourriture ancienne, de vers qui grouillent dans le noir, cette odeur me remplit les narines et je vomis contre mon propre visage, mais le sac qui me couvre la tête garde tout à l'intérieur, je m'étouffe dans mes propres déjections, et c'est là, à cette seconde exacte, que je sais que je ne suis pas mort. Pas encore. Le poids sur ma poitrine, c'est une botte. Elle appuie, elle s'enfonce entre mes côtes, et au-dessus de moi j'entends des respirations courtes, deux hommes, peut-être trois, le bruit du gravier qu'on pelletait il y a une minute à peine et qui maintenant s'arrête ; ils me regardent. Le sac est noué à mon cou avec une cordelette qui me scie la peau à chaque battement de mon cœur. Je sens le sang battre à cet endroit, chaud, vivant, et la terre qui continue de tomber par poignées sur mes jambes, mes cuisses, mon ventre, ils me recouvrent lentement, comme on plante un arbre, sauf que moi on m'enterre à l'envers.

— Il bouge encore.

La voix est jeune, elle tremble. Une main se pose sur mon mollet à travers le tissu du pantalon, je la sens qui vérifie, qui palpe, et je voudrais ne pas bouger, je voudrais être mort, je voudrais que mon corps arrête de trahir ma peur.

— Alors achève-le.

Cette voix-là ne tremble pas. Elle est basse, traînante, elle a l'habitude. J'entends un déclic, un cran qu'on arme, et mon ventre se contracte si fort que je manque de me plier en deux, mais la botte sur ma poitrine me cloue au sol, et je ne peux rien faire d'autre que d'attendre la balle qui va me traverser le crâne.

— Non. Le patron veut qu'il disparaisse. Pas qu'on le retrouve avec une balle dans la tête. Laisse la terre faire le travail.

Le silence qui suit dure trois secondes, peut-être quatre ; je compte les battements dans ma tempe, un deux trois quatre, et puis le déclic inverse, le cran qu'on désarme, le soupir du jeune qui souffle comme un ballon crevé.

— Il va mourir de toute façon. Regarde-le. Il respire même plus.

La botte se retire. Le poids s'en va, et c'est presque pire, parce que maintenant je sens la terre qui monte sur moi sans rien pour l'empêcher, pelletée après pelletée, et l'odeur de mon propre vomi à travers le sac, et la cordelette qui me scie le cou chaque fois que j'essaie d'avaler ma salive.

— On rentre. Le père veut confirmation.

Le mot « père » traverse mon corps comme une lame. Je le connais, ce mot. Je connais la bouche qui le prononce, la main qui a signé, le bureau en acajou où la décision a été prise. Le père. Mon père. L'homme qui m'a appris à tenir un fusil à onze ans, à signer un contrat à quatorze, à serrer la main d'hommes dont il disait qu'ils étaient des loups. Le loup, c'était lui. Et moi, le fils, je suis dans un sac, sous la terre, et je n'ai plus que mes dents et ma rage. Les pas s'éloignent. Le gravier crisse, une portière claque, un moteur tousse et puis ronronne, et la lumière des phares balaie la terre au-dessus de moi, je la vois, cette lumière, à travers le sac, une tache jaune qui glisse, qui s'en va, qui me laisse dans le noir absolu. Cinq secondes. Dix. Je compte encore, parce que compter c'est le seul pouvoir qui me reste. Vingt. Trente. Alors je bouge. Ma main droite est coincée sous ma hanche. Je tire, je tire, la terre au-dessus de moi est meuble, fraîche, elle cède par plaques comme une croûte de pain. Mes ongles raclent quelque chose de dur, le tissu du sac, non, le gravier, non, une racine. Je m'agrippe à la racine et je tire sur mon bras jusqu'à ce que l'épaule craque. La douleur remonte jusqu'à ma mâchoire, mes dents claquent, mais ma main est libre, et maintenant je peux arracher le sac. La cordelette me scie, je la sens qui mord dans la chair de mon cou, je glisse deux doigts dessous et je tire, la corde résiste, mes doigts glissent sur le sang, je tire encore et la corde casse net, pas la corde, non, ma peau, mais le sac se déchire, l'air entre, l'air froid et putride de la fosse commune, et je respire, je respire, je respire. La première bouffée est un couteau dans mes poumons. La deuxième est une noyade. La troisième est un rire, un rire affreux, rauque, qui remonte de mes entrailles et que je ne peux pas arrêter, parce que je suis vivant, putain, je suis vivant, et personne ne le sait. Je roule sur le ventre. La terre au-dessus de moi glisse, s'effondre, m'enterre à nouveau jusqu'aux épaules, et je dois me débattre comme un chien pour dégager mes jambes. Mes chaussures sont restées dans la fosse, des mocassins en cuir italien, trois mille euros la paire, achetés pour la soirée où on devait m'annoncer que je prenais la tête de la division européenne. Je les sens avec mes pieds nus, la semelle lisse contre ma plante, et je les abandonne. Pas le temps. Pas le temps pour les souvenirs. Je me hisse hors de la fosse comme on sort d'un ventre : tête la première, les mains agrippées à l'herbe gelée qui pique, les ongles pleins de terre, le corps qui pèse trois tonnes. Le sol est plat, dur, l'herbe a des épines, c'est un champ, un champ au bord d'une route départementale que je ne connais pas. Je bascule sur le dos et je regarde le ciel. Novembre. La lune est voilée par les nuages, une lumière laiteuse qui me tombe sur le visage, et c'est la première fois depuis, combien de temps ?, que je vois le ciel sans un plafond entre lui et moi.

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