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CHAPITRE 2 : Prologue 2

Auteur: L'invincible
last update Date de publication: 2026-07-03 22:47:01

Je remonte l'escalier de service. Je traverse le corridor du premier étage sans faire craquer une seule lame. Je passe devant la chambre d'Ilyria , la porte est entrouverte, les bougies encore allumées et je ne m'y attarde pas. Je continue jusqu'à la porte de la chambre conjugale. Je l'ouvre doucement.

Cassien dort sur le côté gauche, comme toujours, un bras replié sous l'oreiller. Le drap est descendu jusqu'à sa taille. La ligne de son épaule, dans la lumière lunaire, a cette élégance sombre qui, jadis, quand j'étais plus jeune et plus dupe, me faisait battre le cœur. Ce soir, je la regarde comme on regarde la mesure d'un ouvrage à découper. Ni haine, ni tendresse. La géométrie d'une chose à défaire.

Je me glisse sous les draps. Je pose le carnet, dans son étui de cuir, entre le sommier et mon côté du lit. Je m'allonge dos à lui, doucement, calibrant ma respiration sur la sienne, comme je l'ai toujours fait, par une habitude que je vais désormais utiliser dans le sens inverse.

Il grogne, change de position, tend son bras au-dessus de mon ventre. Le geste conjugal, après vingt-cinq ans.

Je laisse son bras se poser sur moi.

Je ne bouge pas.

Je regarde le plafond.

Et dans le noir de cette Lune Noire, je prends, une par une, mes décisions.

Première décision.

Je ne dirai rien. Ni ce soir. Ni demain. Ni dans un mois. Ni dans un an. Je ne montrerai aucune fissure. Je continuerai à jouer la Luna parfaite avec un dévouement redoublé, ce dévouement même qui masquera toute suspicion. Cassien doit continuer à se croire génial, aimé, respecté, adoré. Un homme qui se croit un dieu ne surveille pas.

Deuxième décision.

J'irai, avant l'aube, voir Vasha. L'herboriste a des cheveux gris et un silence qui sait écouter. Je me souviens très précisément de la manière dont Vasha regarde Cassien depuis dix ans : avec une politesse rigide qui ressemble à une contention. J'irai voir Vasha. Je proposerai, non pas une vengeance, mais un travail. Un travail lent, patient, chimique.

Troisième décision.

Je prendrai contact, par une voie que je n'ai encore jamais empruntée, avec Rhaegar Nyx.

Ce nom, en moi, produit une secousse. Je déteste Rhaegar Nyx. J'ai, publiquement, mené deux campagnes diplomatiques contre lui. Je l'ai humilié, une fois, devant le Grand Conseil, avec une argutie juridique qui lui a fait perdre un territoire de pêche important. Il a sur sa tempe droite une cicatrice qu'il doit, dit-on, à un combat de jeunesse, mais dont j'ai entendu, une nuit où j'avais bu plus que de coutume, qu'elle datait en vérité d'un duel qu'il avait perdu volontairement pour épargner son propre frère. J'ai ri de cette histoire en la racontant, une fois, à une amie. J'ai dit : 

— Rhaegar Nyx ? Un boucher qui joue au poète.  Je m'en souviens, mot pour mot.

Je sais, ce soir, sur ce lit, sous le bras de mon faux mari, que j'ai toujours menti sur Rhaegar Nyx.

Je repense, en particulier, à ce moment, trois ans plus tôt, où il s'est penché vers moi après une séance au Conseil, dans le couloir sombre du bâtiment neutre, et m'a murmuré , avec un ton qui n'avait rien de séducteur, plutôt une lassitude froide :

— Vous ne sentez pas ce que vous devriez sentir, Luna. Quelqu'un vous ment.

J'ai ri. J'ai dit :

— Épargnez-moi vos manipulations, Alpha.

Il a hoché la tête, lentement, avec une expression que j'ai prise, alors, pour du mépris.

Je comprends, maintenant, que ce n'était pas du mépris.

C'était de la pitié.

J'inspire encore une fois. Le bras de Cassien pèse sur mon ventre comme une chose morte.

Quatrième décision.

Aucune trace. Aucune faille. Aucune émotion visible. Le carnet dormira quelques semaines dans une cache que je suis déjà en train de choisir mentalement , le socle creux de la statue de Diane, dans le jardin d'hiver, où Cassien n'entre jamais parce qu'il prétend être allergique aux orchidées.

Cinquième décision.

Vingt-cinq ans, il a pris.

J'en prendrai autant qu'il faudra. Je ne suis pas pressée.

Je ferme les yeux.

Je m'endors avec, sur les lèvres, exactement le même demi-sourire que j'avais en ouvrant le coffre. Un sourire qui, sur mon visage, n'existait pas la veille encore et qui, désormais, ne me quittera plus jamais.

Dehors, la Lune Noire fait exactement ce qu'elle est censée faire : elle regarde, sans dire un mot, la naissance d'une vengeance dont le monde entier, dans exactement dix-huit mois, va apprendre le nom.

Le nom de Selene Varengar.

Ou, plus exactement , car je vais, aussi, reprendre celui-là , le nom de Selene d'Alverac.

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    — SeleneLe retour au manoir prend trois jours.Nous chevauchons doucement, sans hâte. Rhaegar à ma droite, Nyra à ma gauche, Kaelen et Damaris derrière, les vingt hommes en file. Nous traversons des forêts, des rivières, des villages qui nous saluent. La nouvelle de la négociation s'est répandue. Les gens savent que la femme rousse est partie vers l'est, que la guerre n'aura pas lieu, que l'Alpha d'Alverac a tenu tête sans verser de sang.Ils nous regardent passer avec ce respect que les meutes réservent aux vainqueurs qui n'ont pas eu à tuer.Nyra, à dix-sept ans, a les épaules droites et le regard clair. Elle a tenu un couteau, elle n'a pas tué. Elle a entendu la lettre de Cassien, elle l'a brûlée. Elle a vu Ombrelune sur son trône, elle ne s'est pas inclinée. Elle est, déjà, plus Alpha que je ne l'ét

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