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Chapitre 4 – L’ex à la poursuite

Penulis: Skye
last update Tanggal publikasi: 2026-06-17 23:47:21

Marco Delgado n’était pas du genre à paniquer. Pas vraiment.

Mais le point rouge qui clignotait sur son téléphone — celui qui devait indiquer la position d’Ashley — avait disparu. Effacé. Comme avalé par la fumée.

Il était assis dans un coin sombre de la cantina La Sirena, un verre de mezcal à moitié vide laissant perler la condensation sur la table, le regard figé sur la carte devenue vide. Dehors, la nuit du Sonora vibrait sous la chaleur et le flux lointain des voitures. Les néons bourdonnaient dans la brume. À l’intérieur, la cantina était pleine de rires et de cumbia, mais Marco n’entendait rien.

Ashley était censée être déjà à mi-chemin de Phoenix. Déjà de retour dans cette vie calme et prévisible qu’elle avait choisie plutôt que lui. Il s’était même convaincu qu’il l’acceptait. Que la laisser partir était la seule chose correcte à faire.

Mais Ashley ne disparaissait pas.

Il repassa leur dernière conversation dans sa tête. Sa voix était restée calme, mais froide.

Je ne peux pas vivre dans ton monde, Marco. Je ne veux pas.

Sa mâchoire se crispa.

Elle n’avait aucune idée de ce que ce monde impliquait vraiment. Ni du nombre d’ennemis qui verraient en elle une faille parfaite pour l’atteindre lui.

Il fit glisser son doigt sur la trace de condensation laissée par son verre, un vieux réflexe d’époque, quand il planifiait encore ses trajets sur des serviettes en papier. Dans son esprit, les routes s’ouvraient toutes seules : chemins poussiéreux, checkpoints de cartel, territoires rivaux des bikers. Il détestait cette partie de lui — le stratège incapable de penser sans anticiper trois coups d’avance — mais c’était aussi la seule qui pouvait encore la sauver.

La musique monta d’un cran, un accordéon rapide, les rires éclatant par vagues. Pourtant, lui n’entendait que des échos fantômes de coups de feu, des souvenirs collés à sa mémoire : des corps dans des fosses peu profondes, des promesses faites à des morts.

Ashley avait tourné le dos à tout ça. Et lui l’avait laissée partir, persuadé que la distance suffirait à la protéger.

Ou peut-être que la distance venait de la trahir.

Une silhouette s’installa en face de lui sans demander la permission.

Santiago Vega — Santi pour tout le monde sauf sa mère — portait une chemise blanche impeccablement repassée, les manches retroussées sur un avant-bras marqué d’une cicatrice nette et ancienne. Son regard sombre passa du téléphone au visage de Marco.

« Tu l’as perdue ? »

Marco ne répondit pas.

Santi se servit un shot directement dans la bouteille de mezcal, comme si tout lui appartenait déjà.

« Un GPS ne disparaît pas comme ça. Quelqu’un a coupé le signal. »

Marco se pencha légèrement en avant, la voix basse.

« Elle avait mon téléphone de secours. Personne en dehors du cercle ne savait qu’elle était sur la route. »

Santi haussa un sourcil.

« Personne… sauf les Fangs. Et peut-être Alvarez. »

Au nom du cartel, un froid remonta dans l’estomac de Marco.

Alvarez tournait autour depuis des mois, cherchant une ouverture, une faiblesse, un levier. Ashley était exactement ce genre de levier.

Santi fit tourner son verre entre ses doigts, nonchalamment, mais ses épaules étaient tendues.

« Il a encore posé des questions sur elle la semaine dernière. Il disait être “préoccupé pour sa sécurité”. »

Un rire sec lui échappa.

« Quand ce type commence à se soucier de ta copine, c’est qu’il a déjà décidé où il va planter le couteau. »

Marco serra plus fort son téléphone.

Des images remontèrent brutalement : le sourire froid d’Alvarez, les nuits de deal qui avaient mal tourné, les cadavres laissés derrière, les rumeurs d’un cartel qui perdait du terrain face aux Iron Fangs.

Une femme volée. Ce serait le prétexte parfait pour déclencher une guerre.

Il avala son mezcal d’un trait. Le liquide brûla sa gorge, mais n’éteignit rien. Le malaise restait là, rampant sous sa peau.

Il voyait déjà les SUV poussiéreux d’Alvarez, les radios qui crépitent, les ordres secs, et au milieu de tout ça… le visage d’Ashley pris dans les phares.

Santi vida son shot et reposa le verre avec lenteur.

« Tu lui as dit ce qui arriverait si elle partait ? »

« Je lui ai dit assez. » La main de Marco se crispa sur la table. « Elle pensait que je bluffais. »

Le téléphone de Santi vibra.

Il regarda l’écran, puis le poussa vers Marco.

Une image granuleuse. Caméra de surveillance. Une station-service perdue au bord d’une route poussiéreuse.

La voiture d’Ashley à la pompe.

Et derrière elle, flous mais reconnaissables… deux motos.

Les couleurs étaient délavées, mais Marco reconnut immédiatement les patches.

Steel Vipers MC.

Un juron lui échappa.

Des souvenirs remontèrent en rafale : trafics sur routes désertiques, affrontements tendus, les Vipers en face de lui, armes levées, sans jamais tirer. Des types dangereux. Imprévisibles. Mais pas assez fous pour la livrer à n’importe qui.

Peut-être.

Santi observa son expression.

« Ça pourrait être pire. Les Fangs l’auraient laissée dans le désert. Les Vipers… au moins, ils la gardent en vie. »

Marco frappa la table si violemment que la bouteille trembla.

« Être en vie ne suffit pas. »

Il repoussa le téléphone.

« Prépare le pick-up. Et surtout, rien à Alvarez. S’il sent la moindre faiblesse— »

Santi l’interrompit sèchement.

« T’es déjà faible. Elle est seule là-dehors, Delgado. Tu as laissé une brèche assez grande pour que tout le désert s’y engouffre. »

Le silence tomba.

Un ivrogne éclata de rire au bar, trop fort, trop loin de leur réalité.

Marco fixa son reflet dans la vitre sombre. Un homme qui avait bâti un empire sur la contrebande et la peur… réduit à ça. À une absence.

Il détesta ce qu’il vit.

Il se leva, dominant la table.

Le cuir de sa veste grinça.

« Je vais réparer ça. »

Sa voix était basse, dure.

« Et si Alvarez l’apprend avant moi… je l’enterrerai moi-même. »

Santi esquissa un sourire sans chaleur.

« Tu auras besoin de plus que des mots. Les Fangs fouinent sur tes routes depuis des semaines. Quelqu’un leur donne des infos. »

Le regard de Marco se durcit.

Une fuite.

Une taupe.

Ou pire… un message.

Il attrapa son téléphone.

Ses doigts bougèrent vite. Coordonnées. Contacts. Ordres codés. Points de contrôle à vérifier. Routes à bloquer. Questions à poser sans attirer l’attention.

Son réseau allait bouger dans l’ombre, silencieux, précis, comme un serpent dans l’herbe sèche.

Mais il savait déjà une chose : le désert était vaste, et les ennemis partout.

Il posa un billet sur la table, récupéra son téléphone et sortit sans un mot.

Dehors, l’air du désert le frappa comme une fournaise.

Mais il ne broncha pas.

Son monde venait encore de changer.

Sous les néons qui bourdonnaient, il s’arrêta un instant, fixant l’horizon où la route disparaissait dans le noir.

Quelque part là-bas, Ashley roulait avec des hors-la-loi. Et si Alvarez captait la moindre trace, il la traquerait sans hésiter.

Sa mâchoire se serra.

Un instant, très bref, son visage à elle revint. Pas effrayé. Pas en fuite. Juste ce sourire qu’elle avait parfois, avant tout ça. Avant qu’ils croient encore que partir suffisait.

Cette image se transforma en décision.

Il ne laisserait pas Alvarez la toucher.

Il ne laisserait personne la toucher.

Le désert pouvait bien avaler les secrets.

Pas elle.

Marco fit craquer ses articulations.

Il la retrouverait avant les autres.

Il avait toujours fini par retrouver ce qui lui appartenait.

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