تسجيل الدخول.Chapitre 87DamianLe silence entre nous est doux. Habité. Isabella est blottie contre moi, sa tête posée sur mon épaule, sa main dans la mienne. Je voudrais que ce moment ne finisse jamais. Mais il y a quelque chose que je n'ai pas encore dit. Quelque chose de plus sombre. De plus terrible. Quelque chose que je n'ai jamais avoué à personne.— Isabella, dis-je, et ma voix est plus basse, plus grave.Elle lève la tête, et je vois dans ses yeux noirs une lueur d'attention, de patience.— Qu'est-ce qu'il y a ?Je prends une inspiration. L'air est lourd. Je serre sa main plus fort.— Il y a une chose que je ne t'ai pas dite. Une chose que je n'ai jamais dite à personne. Une chose qui me hante depuis seize ans.Elle ne dit
Chapitre 86IsabellaDamian s'est tu. Sa voix s'est éteinte sur les derniers mots, et il reste là, devant moi, les yeux rouges, les joues encore humides, les épaules voûtées. Je ne dis rien. Je ne bouge pas. Je le regarde, et je le laisse respirer, je le laisse exister dans ce silence qui n'est pas un vide, mais un espace où il peut déposer ce qu'il vient de me confier.Je pense à tout ce qu'il m'a raconté. Le vase brisé. La main sur l'épaule. Les os qui craquent. Les larmes silencieuses dans la chambre. La mère qui chante des berceuses en secret. La mort. Les douze ans. Le jour de l'enterrement. Les mots du père : « Ta mère est morte. Maintenant, tu es seul avec moi. Et je ferai de toi un Reyes, que tu le veuilles ou non. » Et puis seize ans de conditionnement. Seize ans d'apprentissag
Chapitre 85DamianLe dîner est terminé. Maria a emporté les assiettes et nous a laissés seuls avec une théière fumante. Isabella est assise en face de moi, les jambes repliées sous elle, et elle me regarde avec cette attention qu'elle me porte depuis des semaines.— Tu es loin, dit-elle. À quoi tu penses ?— À toi. À nous. À la chance que j'ai de t'avoir trouvée.Elle sourit, pose sa tasse.— Tu sais, je ne sais presque rien de ton enfance. Tu m'as parlé de ta mère, de sa mort. Mais avant cela. Tu ne m'as jamais raconté.Je sens ma gorge se serrer. Mon enfance. Ce n'est pas un sujet que j'aborde. Jamais. Mais Isabella n'est pas Rafael. Isabella est celle qui a vu sous mon armure. Si je veux qu'elle me connaisse vraiment, je dois lui montrer ce que je cache.— Mon père, dis-je, et le mot tombe comme une pierre. Mon père était un homme immense. Pas seulement physiquement. Immense dans sa présence, dans sa voix, dans sa colère. Quand il entrait dans une pièce, tout le monde se taisait.
Chapitre 84IsabellaLe premier soir, c'est moi qui le lui propose. Je le regarde, debout dans l'embrasure de la porte de la salle à manger, et je lui dis :— Dîne avec moi. Ce soir. Pas dans la grande salle. Ici. Dans mes appartements.Il me regarde, surpris, et je vois dans ses yeux gris une hésitation, une prudence, comme s'il craignait d'imposer sa présence.— Tu es sûre ? demande-t-il.— Je suis sûre. Je veux qu'on dîne ensemble. Tous les soirs. Si tu veux bien.— Tous les soirs ?— Tous les soirs.Il sourit, et ce sourire illumine son visage fatigué. Il hoche la tête, et il entre dans le salon, et nous nous asseyons à la petite table que j'ai fait installer près de la fenê
DamianJe la regarde depuis le seuil de la porte, et je ne bouge pas. Je ne veux pas briser ce moment. Isabella est debout au milieu du salon, les cheveux relevés en un chignon lâche, les mains couvertes de poussière, et elle sourit. Ce sourire, je ne l'avais jamais vu. Pas comme ça. Pas avec cette lumière dans les yeux, cette paix sur le visage, cette joie tranquille qui semble monter du plus profond d'elle-même. Je reste là, immobile, à la regarder, et je sens mon cœur se serrer d'une émotion que je ne connaissais pas.Elle ne m'a pas encore vu. Elle est penchée sur un carton de livres, elle en sort un, le feuillette, le pose sur l'étagère, et elle sourit à nouveau. Ce sourire, c'est le plus beau spectacle que j'aie jamais vu. Plus beau que tous les couchers de soleil sur Tierra Hueso, plus
Chapitre 82IsabellaJe commence par les rideaux. Ces lourdes tentures de velours gris qui filtrent la lumière et donnent à la pièce une atmosphère funèbre, je les décroche moi-même, debout sur un tabouret, les bras levés, les doigts agrippés au tissu poussiéreux. Elles tombent en tas sur le parquet, et quand la première fenêtre est enfin dégagée, la lumière explose dans la pièce, aveuglante, libératrice, et je sens mon cœur se gonfler d'une joie que je ne m'explique pas. J'appelle Maria.— Faites porter ces rideaux au grenier. Et faites venir les couturières. Je veux des voilages légers, transparents, qui laissent passer le soleil.— Madame est sûre ? demande Maria, hésitante.— Madame est sûre. Je veux auss
Chapitre 9DamianLe couloir est long, silencieux, et chacun de mes pas sur le marbre résonne comme un coup de gong dans le vide de ce domaine trop grand pour moi. Isabella marche à mes côtés, non, pas à mes côtés, elle marche un pas en arrière, délibérément, et ce décalage infime est un message qu
Chapitre 8IsabellaLa porte de la chambre nuptiale se referme derrière nous avec un bruit sourd, un bruit de prison qu'on verrouille, et je sens mon cœur s'arrêter une seconde avant de repartir, plus fort, plus vite, comme un oiseau qui se cogne contre les barreaux de sa cage.La pièce est immense
Chapitre 7DamianLa chapelle est froide, et l'encens me pique les yeux.J'attends au pied de l'autel, les mains croisées devant moi, le dos raide, le regard fixé sur le crucifix en bois noir qui domine le chœur. Les cierges projettent des ombres dansantes sur les murs de pierre, et leurs flammes v
Chapitre 6IsabellaLe domaine Reyes surgit devant moi comme une bête de pierre endormie sous le soleil de plomb, et je retiens mon souffle malgré moi.La berline noire franchit le portail en fer forgé, et soudain, l'allée de gravier s'ouvre sur une perspective qui écrase tout, une immensité si aus







