LOGINRaphaël repoussa le bras de la femme d'un geste sec. Emportée par l'élan, elle perdit l'équilibre sur ses talons et s'effondra lourdement sur le marbre de la joaillerie. Elle ouvrit la bouche, prête à hurler, mais les mots se bloquèrent net dans sa gorge dès qu'elle leva les yeux.En découvrant le visage de Raphaël, sa fureur se mua en une panique totale. Elle se redressa tant bien que mal sur les genoux, lissant nerveusement sa veste beige, le regard fuyant.— Monsieur... Monsieur Dubois !, bafouilla-t-elle, la voix tremblante, cherchant à se rattraper. Je... je vous demande pardon. Je ne savais pas que vous étiez là. Quelle idiote... Si j'avais su que vous veniez récupérer la bague de Camille en personne, je ne me serais jamais permise d'intervenir. Camille m'a simplement dit de passer pour faire vite…Raphaël ne desserra pas les dents. Mais cette femme, aveuglée par son habitude de courber l'échine devant le patron, prit ce silence de mort pour une approbation. Pensant qu'il était
Élodie ne bougea pas d’un millimètre. Elle resta calée sur son tabouret, le coude posé sur le comptoir en verre, observant avec une froideur absolue la femme qui venait de l'interpeller. La trentaine, un tailleur-pantalon beige impeccable, les cheveux tirés en un chignon si serré qu'il semblait lui étirer les paupières, semblant une avocate de cabinet d'affaires, typiquement le genre de profil que Raphaël aimait recruter pour ses filiales. Elle jeta un regard plein de mépris sur la tenue d'Élodie.Élodie portait le grand ensemble asymétrique noir de la boutique de haute couture d'en face. Mais l'avocate, habituée aux logos tapageurs et au bling-bling des vitrines de l'avenue Montaigne, ne comprenait rien à cette coupe épurée. Pour elle, cette fille sans bijoux clinquants et sans fioritures n'était qu'une moins-que-rien.— Je t'ai dit, enlevez cette bague tout de suite !, insista la femme, haussant le ton. C'est indécent de voir des gens s'accrocher à des objets qu'ils ne pourront jam
Raphaël régla la note et laissa le vigile de la boutique embarquer les cartons vers la berline. Élodie s'apprêtait à remonter en voiture, mais il lui retint doucement le coude.— Attends, Élo. Puisqu'on est sortis, viens là-bas.Il l'entraîna quelques numéros plus bas et poussa la porte d'une enseigne haute couture au style radicalement différent. Ici, pas de tailleurs stricts ni de dentelles classiques. Les portants regorgeaient de pièces fluides aux coupes acérées, de cuirs souples travaillés comme du tissu et de mailles minimalistes. Un style pointu, un peu rebelle, qui collait parfaitement à la fille qu'Élodie était devenue.Cette fois, Raphaël prit les choses en main. Élodie se laissa glisser sur un fauteuil, un peu lasse, et le regarda faire. Il parcourait les rangées d'un pas tranquille, sélectionnant une robe longue en maille côtelée gris anthracite au dos nu architectural, un blouson en cuir retourné oversize, et un ensemble pantalon large asymétrique.— Essaie ça, dit-il en
Élodie tourna la tête vers la vitre, passablement agacée. Raphaël conduisit au hasard pendant une dizaine de minutes, remontant les grandes artères de la rive gauche. En passant devant la vitrine familière d'une grande enseigne de haute couture où elle avait ses habitudes, Élodie redressa le buste.— Arrête-toi là. Je vais faire des courses.Raphaël béquilla la bagnole sur une place de livraison et coupa le moteur. Ils entrèrent ensemble dans la boutique de luxe, accueillis par les courbettes du directeur qui reconnut immédiatement le couple Dubois. Élodie commença à faire défiler les portants d'un geste machinal. Elle sélectionna deux robes de créateur et une veste en tweed sans que Raphaël ne trouve rien à redire, se contentant de la suivre à deux pas, l'œil lourd et protecteur.Mais le calme vola en éclats lorsqu'Élodie bifurqua vers le rayon homme. Elle s'arrêta devant un présentoir en acajou et commença à examiner des cravates en soie italienne. Elle en choisit une, bleu nuit, d'
Après ce chaos de mousse et d'eau brûlante, Élodie s'était effondrée. La fatigue accumulée pendant sa nuit blanche avec Théo, mixée à l’intensité de leurs retrouvailles forcées, l'avait littéralement vidée. Elle s’était endormie d’un coup, d’une torpeur lourde, sans rêves.Au milieu de ce trou noir, elle avait eu quelques flashs de lucidité. Elle se souvenait vaguement des bras de Raphaël qui la soulevaient pour la glisser entre des draps frais, puis de sa voix, plus douce que d’habitude, qui lui murmurait de boire un coup. Il lui avait calé un oreiller derrière la nuque, lui faisant avaler un peu d'eau fraîche et deux bouchées d'un truc sucré. Mais la trêve n'avait pas duré. La chaleur de sa peau contre la sienne avait rapidement relancé la machine, et tout s’était à nouveau brouillé dans une longue suite de caresses fiévreuses et de soupirs étouffés, jusqu’à ce qu’elle replonge pour de bon.Quand elle ouvrit enfin les yeux, la lumière crue du matin traversait les persiennes. Élodie
La porte de la salle de bain se referma sur un clic lourd, étouffant les bruits de l'hôtel particulier. Élodie s’appuya contre le battant, et laissa glisser son regard sur les grands comptoirs en marbre blanc. Tout était en ordre. Sur les étagères en verre, ses produits, ses huiles et ses crèmes étaient alignés. Même son grand peignoir en coton gaufré blanc était suspendu à son crochet habituel, propre et frais.On aurait pu croire qu'elle venait de sortir deux heures plus tôt pour faire des courses. Aujourd'hui, revenir dans cette pièce lui laissait un goût étrange, entre dégoût et froide lucidité.Une buée épaisse et chaude envahissait l’espace, chargée de l’odeur de verveine de son bain moussant préféré. Élodie se déshabilla d'un geste sec, balança ses fringues sur le sol et se glissa dans l’eau brûlante.La chaleur fit immédiatement du bien à ses muscles endoloris par les pointes de vitesse à moto et les trois heures de sommeil sur le canapé inconfortable de Théo. Elle cala sa tête







