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CHAPITRE 12 — Le retour de Camille

Author: L'encre
last update publish date: 2026-09-28 19:40:29

Le plateau d’argent lui échappa presque des mains. Le bruit du métal heurtant doucement le bois massif de la console fut étouffé par le bourdonnement assourdissant qui venait d’envahir le crâne de Nina.

Elle recula d’un pas. Puis de deux. Ses jambes, devenues de coton, menaçaient de céder sous son propre poids. Sa main libre se plaqua violemment sur sa bouche pour retenir le cri d’agonie qui lui déchirait la gorge.

Quand est-ce que tu la quittes ?

Les mots tourbillonnaient dans son esprit, s’écrasant contre ses certitudes avec la brutalité d’un accident de voiture. Il n’y avait pas de haine dans la voix de Camille. Il n’y avait pas de guerre entre eux. Tout n’était qu’une monstrueuse mise en scène. Et elle, Nina, la femme qui avait sacrifié sa carrière, sa sœur, son essence même pour le sauver de ses ténèbres, n’était qu’un pion. Une potiche docile dont on se lassait.

Elle rebroussa chemin avec la lenteur d’un automate, glissant sur le marbre froid jusqu’à la salle de bain. Elle s’y enferma, se laissa glisser le long de la porte et pleura. Pas des larmes de tristesse, mais des spasmes de terreur pure. Elle venait de comprendre qu’elle dormait depuis cinq ans avec un inconnu absolu.

Lorsqu’Adrian daigna enfin sortir de son bureau, quelques heures plus tard, rien dans son attitude ne trahissait le monstre qu’elle venait d’entendre. Mais l’illusion s’était dissipée. Le voile déchiré laissait désormais apparaître la vérité nue.

Il ne la regardait plus. Ou plutôt, il la regardait comme on regarde un meuble encombrant.

— Je sors, lança-t-il froidement en ajustant ses boutons de manchette devant le grand miroir de l’entrée. Ne m’attends pas.

Il ne s’approcha pas pour l’embrasser. Il ne lui demanda pas si elle allait bien, ignorant souverainement la pâleur cadavérique de son visage et ses yeux rougis. L’empathie feinte qui l’avait séduite n’était plus nécessaire. La proie était acquise, brisée, inutile de gaspiller de l’énergie pour la charmer.

La véritable humiliation eut lieu le lendemain soir.

L’ascenseur privé qui desservait leur appartement émit son tintement habituel. Nina, recroquevillée sur le canapé, l’esprit encore ravagé par les révélations de la veille, releva la tête. Adrian apparut dans le vestibule.

Il n’était pas seul.

Le parfum capiteux et familier frappa Nina avant même qu’elle ne distingue la silhouette. Camille retira ses gants en cuir noir avec une élégance assassine, balayant l’immense salon d’un regard circulaire, un rictus satisfait accroché aux lèvres. Elle portait un tailleur rouge sang, le même rouge insolent qu’au jour du mariage.

Nina se leva d’un bond, le cœur palpitant de panique et d’incompréhension.

— Qu’est-ce qu’elle fait ici ? murmura-t-elle, la voix tremblante, incapable de dissimuler le dégoût qui la submergeait.

Adrian retira son manteau, le visage fermé, agacé.

— Baisse ton ton, Nina, trancha-t-il avec une autorité glaciale qui la cloua sur place. Camille est là pour affaires. Nous avons des documents de la fondation à ratifier ensemble…

— Des affaires ? répéta Nina, le souffle court, cherchant dans les yeux de son mari l’homme qui l’avait suppliée de le protéger de cette femme. Adrian... c’est elle. Elle est chez nous…

— C’est mon appartement, répliqua-t-il sèchement, sans la moindre once de compassion. Et je reçois qui je veux. Si sa présence t’indispose, retourne dans ta chambre.

Il venait de la gifler sans lever la main. Devant son ex-femme.

Camille croisa les bras, savourant chaque seconde du spectacle. La victoire dans ses yeux était totale, écrasante. Elle ne voyait plus en Nina une rivale, mais un débris. Adrian lui fit signe de la suivre vers le bureau, laissant sa femme plantée au milieu du salon, anéantie par la violence de ce rejet.

Dans son empressement à accompagner Camille, Adrian avait posé son téléphone personnel sur le comptoir en marbre de l’îlot central de la cuisine.

Tremblante de rage, de honte et d’une douleur insoutenable, Nina s’approcha pour se servir un verre d’eau, espérant calmer les tremblements qui secouaient ses mains.

C’est à cet instant précis que l’écran du téléphone d’Adrian s’illumina dans un léger bourdonnement.

Nina baissa les yeux. Le numéro n’était pas enregistré dans le répertoire. Une notification silencieuse s’affichait en lettres noires, nette, menaçante, et l’expéditeur semblait ne laisser aucun droit de réponse.

« Tu as intérêt à la faire partir avant que je parle. »

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