ログインSOFIALa route vers l’aéroport n’est plus qu’une ligne de goudron sans fin, une cicatrice sinueuse qui déchire le paysage. À travers la vitre, le monde défile en traînées floues, comme si le temps lui-même s’étirait, refusant de m’amener à destination. Je fixe mes mains, jointes sur mes genoux, mes ongles s’enfonçant dans ma chair jusqu’à y laisser des croissants rouges, une douleur minime pour tenter de contenir le gouffre qui s’ouvre en moi.Je sens son regard. Lourd. Électrique. Chargé d’une colère sourde qui consume l’air de l’habitacle. Mais Vince ne dit rien. Le silence est une arme entre nous. Soudain, il esquisse un geste, une main tendue vers moi, une offre de réconciliation muette, un pont jeté au-dessus de l’abîme. Je lève les yeux vers lui. Il me sourit, une lueur d’espoir éphémère dans ses iris sombres. Dans un sursaut de fierté qui me brûle la gorge, je détourne la tête. Je refuse cette paix. Je refuse ce pardon qu’il mendie du regard.Puis, l’apocalypse.Un choc d’une v
SOFIALa villa française est un rêve éveillé.Pas de murs épais, pas de gardes omniprésents, pas de regards qui pèsent comme des jugements. Juste le soleil qui filtre à travers les voilages, le parfum des lavandes dans le jardin, et Vince.Mon Vince.Celui qui rit quand je chante faux, qui me vole des baisers entre deux gorgées de vin, qui me regarde comme si j’étais la seule chose qui compte dans ce monde de merde.Il n’est plus le monstre de Palerme.Il est juste un homme.Un homme qui aime m’entendre chanter sous la douche, qui grogne quand je lui vole sa chemise, qui me serre contre lui la nuit comme s’il a peur que je disparaisse.Et moi ?J’ai commencé à l’aimer.Pas malgré ce qu’il m’a fait.À cause de ce qu’il m’a fait.Parce que dans ses bras, j’ai enfin l’impression d’exister.Pas comme une prisonnière.Pas comme une poupée.Comme sa femme.— On rentre.Deux mots.Deux putains de mots qui brisent tout.Je lève les yeux de mon café, les doigts serrés autour de la tasse.— Tu
VINCELa lumière du matin s’infiltre par les hublots, traçant des arabesques dorées sur les épaules de Sofia. Assise en tailleur, elle émerge à peine des draps froissés, comme si le lit l’avait gardée prisonnière toute la nuit. Ses cheveux noirs, emmêlés par le sommeil, encadrent un visage où brillent deux yeux verts – aussi calmes qu’un lac sous la brume. Elle me regarde sans ciller, et son indifférence a quelque chose d’étrangement envoûtant.— Vince ?— Oui ?— Ce bateau… Elle hésite, puis se reprend, sa voix plus ferme. Achetons-le.Je ris, bas, sans joie.— Pourquoi ?— Parce que je veux que tu m’emmènes loin d’ici. Elle ne détourne pas les yeux. Loin de tout ça.Je la regarde, longuement. Trop longuement. Assez pour voir la lueur de défi dans son regard, mais aussi cette ombre, cette peur qu’elle essaie de cacher.— Et où est-ce que tu veux aller, ma reine ?Elle sourit, lent, dangereux. Un sourire qui ne monte pas jusqu’à ses yeux.— Partout où tu iras.Je l’embrasse, profond,
VINCELe soleil perce à travers les hublots, dessinant des motifs dorés sur la peau de Sofia. Elle est là, nue, enroulée dans les draps froissés, ses cheveux noirs étalés comme une auréole sombre sur l’oreiller. Ses lèvres sont encore gonflées de nos baisers, ses cuisses marquées de mes doigts.Ma reine.Les mots m’ont échappé. Pas une erreur – une vérité.Et putain, ça me terrifie.Je me lève, prêt à m’habiller, à reprendre le contrôle. Parce que c’est ce que je fais. Je contrôle. Je domine. Je possède.Mais elle me sourit.Un sourire lent, dangereux, qui me glace le sang et me fait bander en même temps.Puis elle se penche.Ses lèvres effleurent ma peau, traçant un chemin brûlant le long de mon torse, descendant, descendant…— Tu fais quoi, Sofia ?Ma voix est rauque, tendue. Je devrais l’arrêter. Je devrais.Mais je ne le fais pas.— Je m’occupe de mon mari, murmure-t-elle contre mon ventre, pour qu’il ne regarde personne d’autre que moi.Un rire m’échappe, sec, presque douloureux.
VINCELe craquement de l’os sous mon poing résonne encore dans mes oreilles quand je lâche Marco. Il s’effondre au sol, sanglant, geignant comme un chien.— Prochaine fois, c’est une balle, craché-je. Nettoie ça.Antonio me tend une serviette propre. J’essuie mes phalanges, le sang de Marco tachant le tissu blanc.Les collaborateurs ,Salvatore, le vieux Don de Messine, et ses deux lieutenants observent depuis le coin lounge du Columbus, verres en main. Pas un mot. Ils savent que dans notre monde, la faiblesse se paie cash.Je rajuste ma veste, sourire froid aux lèvres.— Messieurs, désolé pour l’intermède. Marco confondait Palermo avec un cirque. Revenons aux affaires.Salvatore hoche la tête, impressionné malgré lui.— T’as pas perdu la main, Moretti. Léo Vitiello nous cause encore des emmerdes sur les routes de Catane. Il bloque deux cargaisons. On veut ton feu vert pour le raser.Je m’assois, whisky à la main, et déroule le plan : drones pour surveiller ses planques, hommes infilt
VINCE— Viens.Sa main s’est refermée autour de mon poignet, chaude, possessive. Il n’a pas attendu ma réponse. Il m’a tirée vers lui, comme si j’étais une chose à lui, une chose qu’il pouvait déplacer à sa guise.Je n’ai pas résisté.Pas vraiment.Mon corps a suivi, traître, comme s’il savait déjà où Vince voulait m’emmener. Vers le feu. Vers la chute.La musique pulsait plus fort à mesure que nous nous enfoncions dans le ventre du yacht. Les rires, les verres qui s’entrechoquent, les regards qui glissent sur nous – sur moi – comme des lames. Vince ne me lâchait pas. Ses doigts étaient un étau autour de mon poignet, et je sentais son pouce caresser ma peau, lentement, délibérément.Comme une promesse.Ou une menace.Un homme était adossé au bar, un verre de whisky à la main. Costume sur mesure, montre qui valait probablement plus que ma vie. Il nous a vus. M’a vue. Ses yeux ont glissé sur moi, trop longtemps, trop intensément, avant de remonter vers Vince.Un sourire en coin.— Vince
VINCENous arrivons sur le palier. La porte massive de ma chambre se dresse devant nous. Je l’ouvre d’un coup sec et je la pousse à l’intérieur avant de verrouiller le loquet derrière nous. Le clic métallique résonne comme une sentence définitive.Je me retire ma veste, la jetant sur un fauteuil, t
SOFIAMes jambes flageolent encore, secouées par les spasmes de douleur et l’épuisement qui se mélangent dans mes veines comme un poison lent. Il n’y a aucune douceur dans l’air, juste un sentiment de dévastation qui me laisse le souffle court.Il ne me laisse pas au sol. Ses mains s’accrochent à m
SOFIAVince me saisit par la taille et me force à me lever. Mes jambes tremblent, encore flageolantes sous le choc de ce qui vient de se passer. D’un geste sec, il me fait pivoter pour que je lui tourne le dos. Je me sens terriblement exposée, debout au milieu de la cabine, ma robe ivoire en lambea
SOFIAVince récupère le dossier d’un geste sec. Un éclair de triomphe sauvage brille dans ses yeux. Il se penche vers moi, ses lèvres effleurant mon oreille alors que l’avion entame sa descente vers une destination inconnue.— Sage décision, petite princesse. Bienvenue dans la famille Moretti.Je t







