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Chapitre 9 : La voix de Noah

last update publish date: 2026-07-17 17:27:46

POV de Maëlys

La porte de la chambre de Noah porte encore le ruban gris posé après sa mort.

Neuf mois ont passé, mais personne n’a osé couper le nœud. La cire officielle du Conseil recouvre la serrure et déclare que les affaires resteront intactes jusqu’à la fin du deuil d’Étienne. Dans trois mois, son père pourra vider la pièce ou demander qu’elle soit conservée comme mémorial.

Je m’arrête devant le ruban avec la clé que Gabriel vient de me remettre. Mes jambes sont lourdes après la nuit blanche, mon épaule pulse sous le bandage et la peau de mon cou tire chaque fois que je baisse la tête. Derrière moi, Lucien respire plus fort qu’il ne le devrait. L’antidote a chassé le pire de l’aconit, mais une pâleur grise demeure autour de sa bouche.

— Élodie a demandé que vous retourniez vous allonger, dis-je.

— Elle a formulé la même demande pour toi.

— Mon cœur ne menace pas de s’arrêter.

— Le mien non plus.

— Vous êtes un très mauvais menteur quand vous n’utilisez pas votre voix d’Alpha.

Gabriel, occupé à photographier le sceau de la porte, garde prudemment les yeux sur son appareil. Lucien ne répond pas. Il se place simplement assez près pour me rattraper si le vertige revient, sans poser la main sur moi.

Après l’audience, le Conseil a autorisé une fouille limitée des pièces de Noah. Valmont voulait confier l’opération à une commission neutre. J’ai rappelé devant l’eau de lune que l’intrus connaissait déjà les cachettes de Noah et que chaque heure de procédure lui offrait une nouvelle occasion de détruire les preuves. Gabriel a obtenu deux heures, à condition que tout objet soit enregistré et qu’Étienne reçoive une copie de l’inventaire.

Son père n’a pas répondu au téléphone. Une patrouille est partie le chercher dans son refuge des hauts cols.

Je coupe le ruban.

La cire se brise avec un bruit sec. L’odeur enfermée derrière la porte me frappe aussitôt : bois de cèdre, vieux papier, huile de couteau et la trace affaiblie de la louve de Noah. Elle aurait disparu depuis longtemps pour un nez humain. Lucien et Gabriel la perçoivent encore assez clairement pour s’immobiliser.

Pour moi, elle existe dans les souvenirs. Noah rentrait des patrouilles en jetant ses bottes au milieu du passage. Il cachait des biscuits au miel dans le tiroir inférieur de son bureau et niait leur présence alors que les miettes couvraient ses chemises. Lorsqu’il travaillait sur une enquête, il tirait les rideaux même en plein jour, persuadé que le verre permettait aux autres de lire ses pensées.

Les rideaux sont ouverts aujourd’hui.

— Quelqu’un est venu, dis-je.

Gabriel examine la poussière sur le rebord de la fenêtre.

— La porte était toujours scellée.

— Noah fermait toujours les rideaux avant de quitter sa chambre. Même pour aller dîner.

Lucien s’approche du bureau. Plusieurs tiroirs contiennent des vêtements, des cartes et des carnets sans importance apparente. Rien n’a été renversé. Si une personne a fouillé la pièce, elle a pris le temps de tout remettre en place.

Je touche le dossier de la chaise. La douleur dans ma gorge se transforme soudain en une pression plus profonde. Pendant un bref instant, je vois la main de Noah se refermer au même endroit, les jointures couvertes de sang. L’image disparaît avant que je puisse saisir autre chose.

Je retire mes doigts.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demande Lucien.

— Une écharde.

Il regarde le bois lisse, puis mon visage. Je m’éloigne avant qu’il puisse insister. La sensation ressemble à celle provoquée par son loup dans l’orangerie, mais plus froide, chargée d’une peur qui ne m’appartient pas. Je refuse de donner un nom à quelque chose que je ne comprends pas encore.

Noah n’aurait pas confié sa seule copie au poêle du laboratoire. Les chiffres brûlés étaient une invitation. Pour trouver le reste, il faut suivre une habitude assez intime pour échapper aux enquêteurs et assez simple pour que je la reconnaisse.

Je m’accroupis devant le tiroir aux biscuits.

Il est vide.

— Maëlys, dit Gabriel, nous cherchons des documents, pas son goûter.

— Il rangeait les choses importantes sous ce tiroir parce qu’Étienne lui volait ses biscuits lorsqu’il était enfant.

J’essaie de tirer le meuble avec mon bras valide. L’épaule blessée proteste dès que le bois résiste. Lucien s’accroupit à côté de moi.

— Montre-moi.

— Je peux le faire.

— Je sais. Tu peux aussi rouvrir tes points pour défendre ce principe.

Sa voix reste basse, dépourvue d’ordre. Je me décale. Il glisse ses doigts sous le tiroir et arrache d’un seul mouvement la planche qui retenait le faux fond. Le bois se fend entre ses mains avec une facilité irritante.

— Noah utilisait un bouton, dis-je.

Lucien observe la planche cassée.

— Il aurait dû fabriquer quelque chose de plus solide.

— Il ne prévoyait probablement pas qu’un ours entrerait dans sa chambre.

Gabriel détourne la tête, mais son rire bref trouble la lourdeur de la pièce. Lucien me tend une boîte métallique découverte dans la cavité.

À l’intérieur se trouvent une clé USB, trois photographies et un petit enregistreur vocal. L’écran de l’appareil est fendu. Une tache brunie couvre son coin inférieur.

Du sang.

Gabriel met des gants avant de prendre les photographies. La première montre une camionnette blanche devant une clinique de Grenoble. Sur la seconde, deux hommes chargent une caisse réfrigérée. La dernière est floue, mais le panneau fixé au mur porte un code lisible : C-17.

— Ce numéro apparaît dans les fragments du dossier ? demandé-je.

— Rien de ce que Lucien avait reçu ne le mentionnait, répond Gabriel.

— Noah avait donc trouvé le programme après avoir remis sa première enquête.

Lucien tient l’enregistreur dans sa paume. Son pouce reste au-dessus du bouton sans appuyer.

— Il y a du sang dans le port de charge. Si nous l’allumons sans le nettoyer, nous risquons de perdre les données.

— Il savait que nous n’aurions peut-être pas le temps d’attendre un laboratoire.

— Tu n’en sais rien.

— Je sais qu’Antoine est venu brûler ses coordonnées cette nuit.

La fatigue rend ma voix plus dure que je ne l’aurais voulu. Lucien me regarde longtemps, puis tend l’appareil à Gabriel.

— Fais une copie physique de la mémoire avant toute lecture.

— Cela prendra trente minutes.

— Alors nous attendrons trente minutes.

Je me lève trop vite. Le sol se déplace et une main se referme autour de ma taille. Lucien me maintient contre son côté jusqu’à ce que la chambre cesse de tourner. Son corps est brûlant à travers sa chemise. Je sens son cœur battre, irrégulier mais puissant, sous mes doigts posés malgré moi sur son torse.

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