ログインHuit mois plus tard.La chambre sent le linge propre et quelque chose de plus doux — ce parfum particulier des premières semaines, cette odeur que je ne savais pas décrire avant de la connaître et que maintenant je reconnaîtrais entre mille.Elle s'appelle Léa.Léa Renoir — ce prénom qu'on avait choisi un soir sur le canapé, sans liste préparée, sans débat long. Il avait dit *Léa* et moi j'avais répété le prénom dans le silence de l'appartement et quelque chose avait décidé que c'était ça.Simple.Net.Comme lui.Elle dort.Ce sommeil des nouveau-nés — absolu, confiant, avec cette façon d'abandonner le corps entier dans le sommeil comme quelqu'un qui n'a pas encore appris à se méfier du monde. Les poings fermés. La bouche légèrement ouverte. Cette respiration que j'avais passé les premières nuits à surveiller avec cette vigilance nouvelle de quelqu'un qui découvre que son cœur peut exister en dehors d'elle.Je la regarde depuis le bord du lit.Je n'arrive pas encore tout à fait à croi
Lefèvre m'a regardé.Vraiment regardé — pas avec l'œil du juriste qui évalue une procédure. Avec l'œil de l'homme qui connaît un autre homme depuis qu'il est né et qui vient d'entendre quelque chose qu'il attendait depuis longtemps.— Vous voulez supprimer la clause de durée déterminée, a-t-il répété lentement.— Oui.— Ce qui signifie—— Ce qui signifie que le mariage n'a plus de date de fin. — J'ai soutenu son regard. — Ce qui signifie que les dix-huit mois n'existent plus. Ce qui signifie que ce que j'ai signé dans cette pièce bordeaux il y a deux mois devient permanent.— C'est une modification contractuelle majeure. Elle doit être acceptée par les deux parties.— Je sais.— Vous en avez parlé à Naomie ?— Pas encore.Il a retiré ses lunettes. Les a polies — ce geste que je connaissais, celui qui précédait les choses qu'il voulait dire en tant qu'homme.— Roméo.— Quoi.— Votre père avait mis cette clause dans son testament parce qu'il vous connaissait. — Il a posé ses lunettes su
LE POINT DE VUE DE ROMÉO J'ai appelé Lefèvre un mardi matin.Pas depuis mon bureau — depuis la cuisine. Naomie était encore dans sa chambre, je l'entendais à travers le couloir, ces sons discrets d'une présence qui commence sa journée.Le test était encore sur le plan de travail.Je l'avais regardé trois fois depuis hier matin. Pas par doute — par cette façon qu'ont les choses réelles d'avoir besoin d'être revérifiées pour qu'on accepte qu'elles le sont vraiment.Deux lignes.Réelles.J'ai composé le numéro.Lefèvre a décroché à la deuxième sonnerie.— Roméo.— Armand. J'ai quelque chose à vous dire.Un silence d'une seconde — ce silence de quelqu'un qui ajuste son attention.— Je vous écoute.— Naomie est enceinte.Le silence qui a suivi était différent du premier.Plus long. Avec cette qualité particulière des silences qui contiennent davantage que l'absence de son — une pensée, une émotion, quelque chose qui cherche sa forme avant de se dire.— Depuis quand ? a-t-il dit finalement
Combien de temps — je ne saurais pas le dire. Le temps avait cette texture particulière des moments qui n'ont pas besoin d'être mesurés.Deux lignes.J'avais pensé à la clause page dix-neuf. À Lefèvre qui l'avait lue à voix haute dans son bureau. À Roméo qui avait tu ce paragraphe dans la pièce bordeaux. À la colère de cette nuit-là — réelle, justifiée, encore présente quelque part.Et puis j'avais pensé à autre chose.À la cuisine un dimanche matin avec les œufs qui brûlaient. Au rire de Roméo — rare, précieux, qui changeait son visage. À je t'aime dit devant trente personnes avec cette voix sans construction. À je vais venir te chercher dans un entrepôt froid.À pour de vrai.Deux lignes.Quelque chose s'est déposé dans ma poitrine.Pas de la peur. Pas de la joie spectaculaire. Quelque chose de plus tranquille. De plus profond. Cette qualité des certitudes qui n'ont pas besoin d'être bruyantes pour être absolues.J'ai posé une main sur mon ventre.Ce geste — instinctif, pas réfléchi
LE POINT DE VUE DE NAOMIE La vie s'installe.Pas d'un coup — progressivement, avec cette façon qu'ont les choses vraies de prendre leur place sans qu'on les y force. Un matin après l'autre. Un café trop chaud. Un pull en cachemire gris. Le square par la fenêtre avec ses arbres qui perdaient leurs dernières feuilles de novembre avant de commencer à attendre le printemps.La vie s'installe et on ne s'en rend compte qu'après — quand on regarde en arrière et qu'on réalise que quelque chose a changé sans qu'on ait eu à le décider.Les premières semaines après la nuit de noces avaient eu cette texture particulière des périodes de reconstruction — pas dramatique, pas spectaculaire. Juste ce travail silencieux de deux personnes qui apprennent à habiter quelque chose de nouveau.Le matin — Roméo qui partait tôt, qui revenait moins tôt qu'avant. Ce changement imperceptible dans ses horaires que j'avais noté sans le commenter.Le soir — le dîner parfois ensemble, parfois séparément selon les ag
Un deuxième doigt vint se joindre au premier, étirant davantage l'orifice résistant. Je haletai, les larmes aux yeux, le corps secoué de spasmes incontrôlables. Il tordait ses doigts à l'intérieur, explorant des territoires vierges, envoyant des signaux confus à mon cerveau qui ne savait plus si c'était de la douleur ou de l'extase.— C'est bien, souffla-t-il en se penchant pour mordre la nuque. Tu prends mes doigts comme une bonne petite . Bientôt, tu prendras ma bite ici aussi.L'image mentale de sa queue énorme enfonçant ce petit trou me fit paniquer et bander en même temps. Je sentais mes sphincters se relâcher enfin, cédant à sa volonté, acceptant l'inévitable. Il le sentit aussi.— Voilà, murmura-t-il avec satisfaction. C'est ça. Lâche prise pour moi.Il retira ses doigts brusquement, laissant le vide une fois de plus, mais cette fois, je savais ce qui allait suivre. Je sentis le poids de son sexe chaud et lourd se poser contre ma fente, puis glisser vers l'arrière, venant nargu
CHAPITRE 24 LE POINT DE VUE DE NAOMIE Trois coups à la porte.Nets. Décidés. Le genre de coups qu'on frappe quand on a le droit d'être là ou qu'on pense l'avoir.Roméo était encore dans la chambre. Je traversais le couloir vers la cuisine pull en cachemire gris, pieds nus sur le parquet, les chev
CHAPITRE 23 LE POINT DE VUE DE NAOMIE La lumière d'abord.Cette lumière particulière du matin qui entre par les rideaux pas tout à fait fermés — pas agressive, pas décidée, juste là. Une ligne dorée sur le plafond que je regardais sans bouger depuis quelques minutes avant de comprendre vraiment o
CHAPITRE 22LE POINT DE VUE DE NAOMIE Moi, j’étais toujours à genoux, les cuisses tremblantes, le goût de lui encore sur mes lèvres. Quelque chose avait basculé, c’était évident. Plus de jeux, plus de demi-mesures. Juste cette certitude que si on ne bougeait pas maintenant, on allait se consumer s
CHAPITRE 21LE POINT DE VUE DE NAOMIE Je me suis levée.J'avais encore le bikini rouge — je n'avais pas pris la peine de me changer, ou plutôt j'avais pris la peine de ne pas me changer, ce qui n'était pas la même chose et je le savais parfaitement.Le couloir. Le parquet clair. La lumière basse.







