ANMELDENÉlena
Jeudi soir, 23h47. Je suis chez Adriana. Dans son lit. Dans ses bras.
La chambre baigne dans une pénombre bleutée, celle des lumières de Paris qui filtrent à travers les voilages de soie. Sa main droite caresse mon dos, machinalement, traçant des cercles lents sur ma peau nue, comme un geste devenu si habituel qu'il échappe à sa conscience. Son souffle est chaud et régulier contre ma nuque, un ven
AdrianaLundi matin, 6h32.Je n'ai pas dormi.Je n'ai pas dormi depuis jeudi soir. Quatre nuits. Quatre nuits à regarder le plafond, à compter les heures, à ressasser les mêmes pensées. Quatre nuits à pleurer jusqu'à ce que mes yeux soient secs, rouges, douloureux.Je n'ai pas mangé. Pas vraiment. Quelques bouchées par-ci par-là, pour faire semblant, pour que Sophie ne s'inquiète pas. Mais la nourriture n'a pas de goût. Plus rien n'a de goût.Je n'ai pas vécu. Je suis un zombie. Un corps vide. Une âme en peine. Un cœur qui continue de battre par réflexe, par habitude, pas par envie.Je suis allongée dans mon lit, dans ce lit où elle était il y a quatre nuits. Je respire son odeur. Elle est encore là, dans les draps, dans les oreillers, dans mes souvenirs. Je ferme les yeux et je la sens.
Et je pense à lui. À sa gentillesse. À sa patience. À son amour inconditionnel. À tout ce qu'il m'a donné. À tout ce qu'il continue de me donner sans rien demander en retour.Je suis un monstre. Une femme monstrueuse. Je ne mérite ni lui ni elle. Je ne mérite personne.— Tu es belle aujourd'hui, dit Thomas en posant sa main sur la mienne.Son contact me fait sursauter. Je retire ma main, doucement, prétextant aller chercher le sucre. Il ne dit rien. Mais je vois l'ombre qui passe dans ses yeux. Il a compris. Il a toujours compris. Il fait semblant, lui aussi.— Merci, dis-je en revenant avec la boîte à sucre que je n'avais pas besoin d'aller chercher.— On pourrait sortir ? Aller au cinéma ? Ou dîner quelque part ? Un restaurant. Un vrai. Avec des nappes blanches et des serveurs en costume.— Pas ce soir, Thom
La vie tiède ou l'incendie.Je veux l'incendie. Je brûle d'envie pour l'incendie. Je rêve de l'incendie.Mais j'ai trop peur de brûler.ÉlenaVendredi. 7h15.Le réveil sonne. Je ne l'ai pas entendu venir. Je n'ai pas dormi. J'ai passé la nuit à regarder le plafond, à compter les fissures, à ressasser les mêmes pensées en boucle, comme un disque rayé.Thomas est à côté de moi. Il dort paisiblement. Sa respiration est régulière, calme, innocente. Il ne sait rien. Il ne sait pas que je n'ai pas fermé l'œil. Il ne sait pas que j'ai pleuré en silence pendant des heures. Il ne sait pas que mon cœur est ailleurs, dans un appartement du 16e arrondissement, dans un lit qui sent le bois de santal et la vanille.Je me lève en silence. Je ne veux pas le réveiller. Je ne veux
Elle a raison. Elle a raison sur toute la ligne, et c'est ça qui fait le plus mal. Chaque mot qu'elle prononce est une vérité qui s'enfonce dans ma chair comme un scalpel. Je n'ai pas d'arme pour me défendre. Pas d'argument. Rien que ma peur. Ma peur immense, dévorante, paralysante.— Je ne peux pas. Pas comme ça. Pas sous pression.— Sous pression ? Tu crois que je ne suis pas sous pression, moi ? Tu crois que c'est facile d'attendre ? De partager ? De savoir que tu vas le retrouver chaque matin, que tu vas dormir dans ses bras, que tu vas respirer son odeur, que tu vas peut-être même... non, je ne veux même pas y penser.— Adriana...— Non, Élena. Je ne veux plus entendre tes excuses. Je ne veux plus entendre tes « je t'aime » murmurés dans l'obscurité qui s'envolent au matin comme des promesses en fumée. Je veux que
ÉlenaJeudi soir, 23h47. Je suis chez Adriana. Dans son lit. Dans ses bras.La chambre baigne dans une pénombre bleutée, celle des lumières de Paris qui filtrent à travers les voilages de soie. Sa main droite caresse mon dos, machinalement, traçant des cercles lents sur ma peau nue, comme un geste devenu si habituel qu'il échappe à sa conscience. Son souffle est chaud et régulier contre ma nuque, un vent tiède qui soulève mes cheveux et les fait retomber en cascade sur l'oreiller. La chaleur de son corps colle contre le mien, nos peaux qui ont appris à se connaître, à s'épouser, à ne faire plus qu'une.Ses doigts remontent le long de ma colonne vertébrale, comptant chaque vertèbre comme une prière silencieuse. Je frissonne. Pas de froid. De plaisir. De cette douceur qui m'envahit chaque fois qu'elle me touche.&
Elle entre. Elle est belle, même fatiguée, même triste. Ses cheveux sont attachés en queue de cheval. Son tailleur est bleu marine, celui que je préfère. Celui qui fait ressortir la couleur de ses yeux. Ses mains tremblent. Ses lèvres tremblent. Tout son corps tremble.— Fermez la porte.Elle obéit. La porte se referme. La serrure claque. Nous sommes seules. Enfin.— Adriana, je...— Taisez-vous. Écoutez-moi.Je me lève. Je contourne mon bureau. Je m'approche d'elle. Mes talons claquent sur le parquet. Clac. Clac. Clac. Je m'arrête à quelques centimètres d'elle. Je sens sa chaleur. Son odeur. Sa peur.Mes yeux plongent dans les siens. Je veux qu'elle voie tout. Ma colère. Ma peur. Mon amour.— Je ne peux plus, Élena.— Quoi ?— Je ne peux plus partager. Je ne peux plus vo
AdrianaJe suis chez moi, dans mon appartement trop grand, trop silencieux, trop vide.La Seine coule en bas, paresseuse, indifférente. Les lumières de Paris dansent sur l'eau, milliers de reflets qui s'entrechoquent. C'est beau. C'est toujours beau. Ce s
AdrianaElle est partie.Je reste là, au milieu de mon bureau, à toucher mes lèvres du bout des doigts. Elles sont encore chaudes, encore imprégnées d'elle.Je l'ai embrassée. J'ai craqué. J'ai fait exactement ce que je m'étais promis de ne pas faire.Et je ne regrette rien.Ses lèvres étaient douc
AdrianaJ'entre sans faire de bruit.C'est un talent que j'ai développé enfant, pour surprendre ma mère, pour échapper à mon père, pour me fondre dans les murs quand il le fallait. Aujourd'hui, ce talent me sert à la voi
AdrianaElle est partie. Je reste seule dans la salle de réunion, et je souris.J'aime jouer avec elle. J'aime la voir trembler, rougir, perdre tous ses moyens. J'aime ce pouvoir que j'ai sur elle, cette capacité à la réduire à l'état de d&e