LOGINLe café refroidissait entre mes doigts. Sandro était penché vers moi, son regard sombre, presque douloureux.— Votre père, commença-t-il à voix basse, c'était un homme bien. Un type juste. Il ne faisait pas le mal pour le plaisir, vous comprenez ? Il protégeait les gens. Les faibles, les gamins des rues, les orphelins, tous ceux que personne voulait voir.Il nous a sortis de la merde. Sans lui... franchement, on serait morts dans une ruelle ou en train de croupir en prison.Ses mots résonnaient en moi, lourds, sincères. Je sentais ses doigts se crisper sur sa tasse, comme si chaque souvenir était une douleur physique.— Il ne parlait jamais de moi, dis-je, la voix plus fragile que je ne l'aurais voulu.— Non. Il parlait jamais de sa famille. Il disait que c'était la meilleure façon de vous protéger. Il répétait tout le temps : « Si quelqu'un apprend que j'ai une fille, elle deviendra une cible. » Il voulait pas que vous payiez pour ce qu'il faisait.— Et pourtant, tout le monde est au
Le lendemain, je n'avais pas dormi. Mais j'avais pris une décision.À neuf heures précises, j'avais envoyé un message au numéro que Sandro m'avait donné. Court, précis, sans fioritures : *« Rendez-vous demain 16h. Le petit resto-bar au coin de Baker Street. L'Adresse. Je te reconnaîtrai à la casquette rouge. »*Sa réponse était arrivée quelques secondes plus tard : *« J'y serai. »*Maintenant, il était 15h45. J'étais devant la glace de ma chambre, à regarder mon reflet d'un œil critique. Un jean brut, un pull-over gris sans prétention, des baskets blanches. Rien qui attire l'attention. Juste une fille ordinaire qui sort de chez elle pour boire un café.C'était ce que j'allais faire croire aux hommes de Cameron. Et pour ça, je devais être convaincante.Je descendis les escaliers de l'immeuble à 15h55, les mains dans les poches, l'air détaché. Dehors, la lumière de l'après-midi était douce, presque calme. Londres était gris, comme toujours, mais le soleil perçait par moments.Les deux g
— Bonjour, j'aimerais parler à Marcus Holt, s'il vous plaît.— Il n'est pas présent. Puis-je prendre un message ?J'hésitai. Mon cœur battait trop fort. Mes doigts tremblaient sur le téléphone prépayé.— J'aimerais... j'aimerais lui parler personnellement. C'est important.— Puis-je savoir à qui j'ai l'honneur ?Une seconde d'hésitation. Puis je me lançai.— Quelqu'un qui a des informations.— Quelles informations ?— Des informations sur Richard Hayes.Le silence, à l'autre bout, fut lourd. Je l'entendais respirer, réfléchir, peser chaque mot.— Pourquoi devrais-je croire que vos informations pourraient intéresser M. Holt ?Je serrai les dents. Il fallait que je prenne un risque. Je n'avais plus le choix.— Dites-lui que je m'appelle Amanda Hayes. Et qu'il peut me rappeler à ce numéro.Je m'apprêtais à raccrocher. Mon pouce frôlait déjà la touche rouge.— Attendez.Sa voix avait changé. Plus basse, plus tendue. Presque respectueuse.— Attendez, répéta-t-il. Amanda Hayes ? La fille de
Cameron était entré dans l'appartement comme une tempête, sans frapper, sans prévenir. Il avait traversé le salon d'un pas rapide, ses yeux noirs fouillant la pièce jusqu'à ce qu'ils me trouvent, assise sur le canapé, un livre ouvert sur les genoux que je ne lisais pas.— Tu sais que tout le monde est au courant ? dit-il sans même me dire bonjour.— Bonjour à toi aussi.— Amanda, je suis sérieux.Il s'arrêta devant moi, les bras croisés, la mâchoire serrée. Il avait cette expression qu'il prenait quand il allait m'annoncer quelque chose de désagréable, quelque chose qu'il aurait préféré me cacher.— Les grandes têtes de Londres sont au courant. Toutes. Ils savent que tu existes, que tu es la fille de Richard ....Je posai mon livre sur la table basse, croisai les jambes, fis semblant d'être calme. À l'intérieur, mon cœur battait plus vite.— Et alors ?— Et alors, certains voudront t'utiliser. D'autres voudront te manipuler. Certains te considèrent comme une menace. D'autres comme une
Il rit. Un vrai rire, grave, chaud, qui lui venait du ventre. Ses yeux s'étaient plissés, ses joues s'étaient creusées, et il avait l'air presque humain, presque vulnérable.— Quoi ? demandai-je.— Rien. T'es juste... étonnante.— Étonnante comment ?— Étonnante comme une tornade dans un magasin de porcelaine. Tu casses tout, mais c'est joli à regarder.Je lui donnai un coup de pied dans le tibia. Pas fort. Juste assez pour qu'il cesse de rigoler.— Aïe, dit-il.— T'avais qu'à pas te moquer.— Je ne me moquais pas. Je te complimentais.— C'était un compliment tordu.— Je suis tordu.Il s'approcha à nouveau, posa ses mains sur mes hanches. Son pouce caressa ma peau à travers le tissu de mon legging.— On fait une pause ? demanda-t-il.— Non. On continue.— T'es sûre ?— T'es essoufflé ?— Non, mais toi, oui.Je l'étais, en effet. Mon souffle était court, mes joues étaient rouges, mes cheveux collaient à mes tempes. Mais je ne voulais pas m'arrêter. Je voulais apprendre. Je voulais deve
Une semaine plus tard .Les cauchemars venaient encore, parfois. Mais ils étaient moins forts, moins envahissants . Je réapprenais à vivre et je voulais apprendre à me battre.Je n'avais pas plaisanté quand je lui avais dit que je voulais être capable de me défendre. Chaque fois que je croisais mon reflet dans un miroir, je voyais cette femme qui s'était laissé faire, qui avait tremblé, qui avait pleuré, qui avait attendu qu'on vienne la sauver. Je ne voulais plus être elle. Je voulais être celle qui se bat, qui encaisse, qui relève la tête même quand tout s'écroule.Cameron avait fini par prendre ma demande au sérieux. Très au sérieux. Il avait dégagé deux heures chaque matin dans son emploi du temps, repoussé des réunions, délégué des dossiers. Il s'arrangeait pour que ce soit toujours lui qui me fasse les cours. Pas un de ses hommes. Pas un instructeur extérieur. Lui.— Comme ça, avait-il dit avec un sourire en coin, je pourrai te corriger quand tu feras n'importe quoi.— Et tu va
Ses mains, ses lèvres, la chaleur de sa peau contre la mienne tout devenait plus flou, plus dense, plus proche. Je sentais le poids de son désir contre ma cuisse, je sentais la sienne répondre. Il prenait son temps, explorant, découvrant, et je me rendais compte qu'il n'avait jamais été ici avant. C
Le samedi matin a une odeur particulière dans mon appartement. Quelque chose entre le silence et la liberté une promesse que la semaine tient rarement.Je me suis réveillée tôt, avant même que la lumière de mars ne commence à filtrer entre les rideaux que je n'avais jamais choisis. Cet appartement
Mon sang se glace. « Quoi ? » « Ton père avait des ennemis, Amanda. Des gens qui voudraient mettre la main sur ce qu'il a construit. Et t
Elle lève les yeux vers moi, une lueur d'interrogation dans son regard. « Bien sûr, ma chérie. Tu veux les voir maintenant ? »Je hoche la tête. Elle pose sa serviette, se lève. Je la suis dans l'escalier qui grince, ce même escalier que je montais en courant quand j'étais petite, mes pas résonnant







