ANMELDENChapitre 61
Cassian
La nuit est tombée depuis des heures, et je suis toujours dans mon bureau, assis derrière ma table de travail, entouré par les dossiers que j'ai fait remonter des archives, des dossiers médicaux, des correspondances, des relevés bancaires, tout ce qui pouvait m'aider à reconstituer les derniers mois de la vie d'Alixia avant sa disparition, et plus je lis, plus je comprends, pl
Chapitre 68CassianLes mots qu'elle vient de prononcer résonnent dans ma tête comme une condamnation, comme un verdict sans appel, comme la confirmation de tout ce que je redoutais depuis que j'ai découvert cette photographie sur mon bureau. Elle a une fille, une fille qui est la mienne, une fille qu'elle a élevée seule pendant trois ans dans cette ville grise et anonyme, loin de moi, loin de ma famille, loin de tout ce que j'aurais pu lui offrir si j'avais été l'homme que j'aurais dû être.— Cette enfant n'a jamais eu de père, répète-t-elle, et sa voix est plus dure, plus tranchante, plus cruelle que tout ce que j'ai jamais entendu de sa bouche. Elle n'a jamais manqué de rien, elle n'a jamais réclamé personne, et elle n'a pas besoin de toi aujourd'hui, comme elle n'a pas eu besoin de toi hier, comme elle n'aura p
Chapitre 67IlaryaIl est là, debout sur le seuil de ma maison, et il me demande la permission d'entrer comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, comme s'il n'avait pas signé notre divorce sans une explication, comme s'il ne m'avait pas réduite à l'état de fantôme pendant six années interminables, comme s'il n'avait pas ignoré mon existence jusqu'à ce que je disparaisse de sa vie sans laisser de traces.La colère monte en moi, une colère froide et dévastatrice qui me donne envie de le frapper, de le griffer, de lui hurler tout ce que j'ai retenu pendant toutes ces années, mais je me contiens, je ravale les mots qui brûlent ma gorge, et je lui réponds d'une voix qui ne tremble pas, d'une voix de glace et d'acier.— Tu n'as rien à faire ici, Cassian. Rentr
Chapitre 66CassianJe reste debout de l'autre côté de la rue pendant de longues minutes après qu'elle a claqué la porte, les pieds rivés au trottoir défoncé, les mains enfoncées dans les poches de mon manteau, le regard fixé sur cette façade de brique rouge qui me sépare de tout ce qui compte désormais dans ma vie. La brise matinale soulève des tourbillons de poussière sur la chaussée, et les cheminées d'usine crachent leur fumée grise vers un ciel bas et lourd, mais je ne sens rien, je ne vois rien d'autre que cette porte close, que cette fenêtre derrière laquelle elle s'est réfugiée, que cette femme qui a emporté mon enfant et qui refuse de me regarder en face.Le temps passe, je ne sais pas combien de minutes ni combien d'heures, et je reste là, i
Chapitre 65IlaryaJe prends Aëlys par la main et je la guide vers l'intérieur de la maison, sans un regard en arrière, sans un mot, sans rien qui puisse trahir le tumulte qui fait rage dans ma poitrine. Mes doigts sont serrés autour de sa petite main, trop serrés peut-être, mais je ne peux pas me détendre, je ne peux pas relâcher la pression, parce que si je le fais, je vais m'effondrer, je vais me briser en mille morceaux sur le carrelage de ma cuisine, et je ne peux pas me le permettre, pas devant elle, pas maintenant.La porte se referme derrière nous avec un claquement sourd, et le silence retombe, un silence lourd, oppressant, qui ne ressemble pas au silence paisible de notre maison, mais à celui qui précède les tempêtes, à celui qui annonce les catastrophes, à celui qui pèse sur les champs de bataille juste a
Chapitre 64IlaryaJe sors de la maison, un panier de linge à la main, les pensées encore tournées vers les dossiers que j'ai laissés sur la table de la cuisine, vers les appels que je dois passer, vers les décisions que je dois prendre pour la suite de ma campagne contre les Veyrenc, quand je le vois.Il est là, debout de l'autre côté de la rue, à moitié dissimulé derrière un camion de livraison, mais je le reconnaîtrais entre mille, je le reconnaîtrais même dans l'obscurité la plus totale, même après cent ans de séparation, même s'il était réduit à l'état de fantôme. Cassian. Mon mari. Mon bourreau. Le père de mon enfant. Il est là, à Khalmyre, devant ma maison, et il regarde Aëlys qui joue dans le jardin.Le monde s'arrête.Le panier de linge glisse de mes doigts et tombe sur le sol de pierre avec un bruit sourd, les vêtements éparpillés autour de mes pieds comme des oiseaux morts, et je reste figée sur le seuil, incapable de bouger, incapable de parler, incapable de faire autre ch
Chapitre 63CassianLa maison est une bâtisse modeste en brique rouge, coincée entre une imprimerie désaffectée et un atelier de mécanique, dans un quartier ouvrier de Khalmyre où les rues sont étroites et les trottoirs défoncés. Je me tiens de l'autre côté de la chaussée, dissimulé derrière un camion de livraison garé sur le bas-côté, et je regarde la façade sans grâce de cette demeure qui abrite les deux êtres que j'ai perdus et que je suis venu retrouver.Le jardin est minuscule, un carré de pelouse clairsemée entouré d'une clôture en bois peint qui s'écaille, et pourtant il est rempli de jouets, de ballons colorés, d'un tricycle renversé sur le flanc, de tout l'attirail du bonheur simple d'une enfant qui ne sait rien de la guerre que se
Chapitre 5AlixiaJe cherche Cassian pendant trois heures.Le palais Veyrenc est un labyrinthe de marbre et de verre qui s'étend sur sept niveaux reliés par des escaliers monumentaux et des ascenseurs privés. Je connais chaque recoin, chaque couloir dérobé, chaque alcôve où l'on peut se cacher. J'a
Chapitre 4AlixiaLe jardin d'hiver est désert à cette heure de la matinée, et c'est pour cela que je m'y réfugie.Les murs de verre montent jusqu'au plafond voûté, laissant entrer une lumière laiteuse qui se diffracte sur les feuillages tropicaux et les orchidées suspendues. L'air est chaud, humid
Chapitre 3AlixiaLa salle à manger est une cathédrale de marbre et de cristal.Les murs s'élèvent sur trois étages, recouverts de panneaux de marbre noir veiné de blanc, et le plafond est une verrière immense qui laisse passer la lumière pâle du soir, filtrée par des lustres de cristal suspendus c
Chapitre 2AlixiaLe matin du mariage, ma mère a posé ses mains tremblantes sur mes épaules et elle m'a dit : « Les Veyrenc n'aiment pas. Ils possèdent. Ils protègent. Ils durent. Souviens-t'en. »Je m'en souviens. Six ans plus tard, allongée dans mon lit trop grand, les yeux fixés sur le baldaquin







