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CHAPITRE 19 : LES YEUX DE LYNX

Author: Dledition
last update publish date: 2026-09-16 08:11:11

Nathaniel

Quelque chose a changé.

Je ne sais pas quoi. Je ne sais pas comment. Mais quelque chose a changé, et cela me rend fou, parce que je suis un homme qui contrôle tout, qui sait tout, qui anticipe tout, et depuis quelques jours, j'ai l'impression de marcher dans un brouillard épais où les formes bougent sans que je puisse les saisir.

Arabella est... différente.

Elle est toujours pâle. Toujours tendue. Toujours cette façon de sursauter quand
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    Le lendemain, je change mes habitudes. Je rentre tôt, sans prévenir. Mardi : seize heures. Elle est dans sa chambre. Mercredi : quatorze heures. Elle lit dans le salon. Jeudi : onze heures du matin. Elle n'est pas là. Margaret me dit qu'elle dort, qu'elle est souffrante, qu'elle ne veut pas être dérangée. — Souffrante ? De quoi ? — Une migraine, monsieur. Elle m'a demandé de ne pas la déranger. — Je vais la voir. — Monsieur, elle a vraiment... Je monte les escaliers deux à deux. J'arrive devant sa porte. Je frappe. Rien. Je frappe plus fort. Rien. J'essaie la poignée. Verrouillée. — Arabella. Ouvrez. Silence. Long silence. Trop long. Puis des bruits de pas, précipités, un froissement de tissu, et la porte s'entrouvre. Elle apparaît, les cheveux en désordre, les joues creuses, les yeux cernés. Elle tient sa robe de chambre fermée d'une main. — Je dormais,

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    NathanielQuelque chose a changé.Je ne sais pas quoi. Je ne sais pas comment. Mais quelque chose a changé, et cela me rend fou, parce que je suis un homme qui contrôle tout, qui sait tout, qui anticipe tout, et depuis quelques jours, j'ai l'impression de marcher dans un brouillard épais où les formes bougent sans que je puisse les saisir.Arabella est... différente.Elle est toujours pâle. Toujours tendue. Toujours cette façon de sursauter quand j'entre dans une pièce, de baisser les yeux quand je la regarde, de serrer ses mains l'une contre l'autre quand je lui parle. Mais il y a autre chose, maintenant. Une lueur. Une étincelle. Quelque chose dans son regard qui n'y était pas avant. Quelque chose qui ressemble à... non. Je ne veux pas y croire. Quelque chose qui ressemble à du bonheur.Elle n'a pas le droit d'être heureuse.Cette pensée me traverse l'esprit et je la laisse venir, je la laisse s'installer, parce que c

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    Il raccroche. Je reste là, le téléphone serré contre ma poitrine, à regarder les branches nues du chêne se découper contre le ciel gris. C'est fait. J'ai un chauffeur. J'ai un système. J'ai une bouée de sauvetage qui me relie à William, fine et fragile, mais réelle.Deux cents livres. Puis cent cinquante par semaine. Mon enveloppe va fondre comme neige au soleil. Je m'en fiche. Je m'en fiche complètement. L'argent ne sert à rien si je ne peux pas serrer mon fils dans mes bras. L'argent ne sert à rien si je dois survivre un an sans le toucher, sans le voir grandir, sans entendre sa voix me dire « maman ».Le lendemain matin, je me lève à cinq heures. Je m'habille dans le noir : jean, pull noir, manteau gris, écharpe rouge. Je glisse l'enveloppe dans ma poche intérieure. À six heures quinze, je descends par l'escalier de service, je sors par la porte du jardin, je longe le mur jusqu'à la grille. La rue dort encore. Les lumières des maisons voisines sont éteintes. Le ciel est noir, profo

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    ArabellaJe ne peux plus prendre le métro.Le métro, c'est trop lent, trop visible, trop risqué. Le métro, c'est des quais bondés, des caméras partout, des contrôleurs, des regards. Le métro, c'est une heure de trajet, une heure d'angoisse, une heure pendant laquelle Nathaniel peut rentrer, peut appeler, peut découvrir que je ne suis pas là. Le métro, c'est la faiblesse de mon système, la faille dans mon armure, la brèche par laquelle tout peut s'effondrer.Il me faut autre chose. Quelque chose de plus rapide. Quelque chose de plus discret. Quelque chose de plus sûr.L'idée m'est venue cette nuit, dans le noir, alors que je fixais le plafond de ma chambre en repensant à la confrontation d'hier, aux yeux gris acier de Nathaniel qui me transperçaient, à sa voix qui claquait, à sa méfiance qui s'installait entre nous comme un mur de glace. L'idée m'est venue et elle ne m'a plus quittée : un chauffeur. Un chauffeur privé. Un chauffeur de confiance. Un chauffeur qui m'attendrait au coin de

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    Arabella Je ne dors pas. Je reste éveillée, allongée sur mon lit, les yeux fixés au plafond, les pensées tourbillonnantes, les émotions contradictoires, le cœur lourd, l'âme en peine. Je repense à la journée. À William. À Nathaniel. À la confrontation. À la méfiance. À tout ce qui s'est passé. À tout ce qui va se passer. À tout ce que je ne peux pas empêcher. Je sais que je ne pourrai pas continuer ainsi longtemps. Je sais que Nathaniel finira par découvrir la vérité. Je sais que tout s'effondrera. Je sais que je perdrai tout. Je sais que je perdrai William. Je sais que je perdrai ma vie. Je sais que je perdrai tout ce qui me reste. Mais je ne peux pas abandonner. Je ne peux pas renoncer. Je ne peux pas laisser tomber William. Il est ma raison de vivre. Il est ma lumière dans les ténèbres. Il est tout ce qui me reste. Il est tout ce que j'ai. Il est tout ce que je suis. Je dois trouver un moye

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