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La Confrontation

작가: ELISE MOREAU
last update 게시일: 2026-07-31 23:41:48

La réceptionniste de Solenne Industries avait un casque téléphonique, une manucure impeccable, et absolument aucune intention de laisser Camille dépasser le quarantième étage.

« Avez-vous un rendez-vous, Mademoiselle ? »

« Non. »

« Alors je crains que l'agenda de Monsieur Solenne ne soit — »

« Dites-lui que Rousset est là. R-O-U-S-S-E-T. Il trouvera un créneau. »

Les doigts de la réceptionniste s'arrêtèrent au-dessus du clavier. Quelque chose traversa son visage — de la reconnaissance, peut-être, ou juste le tressaillement de quelqu'un à qui on avait dit de surveiller exactement ce nom. Elle décrocha le téléphone et se détourna à moitié, murmura quelque chose que Camille n'entendit pas, et quand elle se retourna, son expression s'était réarrangée en quelque chose de plus prudent.

« Quelqu'un va venir vous chercher. »

Camille s'assit. Le hall sentait les fleurs coupées et l'argent — des lys dans un vase plus grand qu'elle, un sol si poli qu'elle pouvait y voir les lumières du plafond dédoublées. Elle avait mis son seul bon blazer. Il portait encore la marque de l'étiquette qu'elle avait coupée ce matin-là, une fine cicatrice blanche le long de la couture intérieure que seule elle connaîtrait jamais.

Un homme descendit onze minutes plus tard. Pas Adrien Solenne — elle le savait grâce aux photos, celles que publiaient les journaux économiques quand ils parlaient de la croissance de l'entreprise sur cinq ans. Celui-ci était plus âgé, grisonnant aux tempes, se déplaçait comme s'il préférait être ailleurs.

« Mademoiselle Rousset. Je suis Marc Fontaine, administrateur. Monsieur Solenne peut vous accorder dix minutes. »

« Je n'ai pas besoin de dix minutes. J'ai besoin qu'il entende une phrase. »

La bouche de Fontaine esquissa quelque chose qui n'était pas tout à fait un sourire. « Il a dit la même chose à votre sujet. »

Le trajet en ascenseur se fit en silence, à part le petit bourdonnement mécanique du mécanisme, et Camille utilisa ce silence comme son père le lui avait appris — non pas pour réfléchir à ce qu'elle allait dire, parce qu'elle le savait déjà, mais pour observer. Fontaine lui jetait des regards en coin comme si elle était une variable qu'il n'avait pas prévue dans un tableur qu'il pensait avoir terminé.

Le bureau d'Adrien Solenne occupait l'angle du dernier étage, vitré sur deux côtés, Paris étalé en gris et or en contrebas. Il ne se leva pas quand elle entra. Il ne lui tendit pas la main.

« Mademoiselle Rousset. » Sa voix était plus grave qu'elle ne s'y attendait, et plus plate — pas froide exactement, juste peu disposée à dépenser quoi que ce soit pour elle pour l'instant. « Mon avocat me dit que vous avez refusé une offre très correcte. »

« Votre avocat m'a offert de l'argent pour disparaître en silence. Ce n'est pas la même chose que correct. »

« C'est le même montant, quelle que soit la manière dont on le regarde. »

« Non. Ça ne l'est pas. » Camille posa le dossier sur son bureau — pas ouvert, juste posé là, assez près pour qu'il doive le regarder ou délibérément détourner les yeux, et elle le vit choisir de ne pas détourner les yeux. « Vous savez ce que c'est. »

« Je l'ignore. »

« Demandez à Fontaine. »

Fontaine, debout près de la porte, ne bougea pas, ne dit rien, mais quelque chose dans son immobilité lui indiqua qu'elle avait deviné juste avant même qu'Adrien ne tourne les yeux vers lui.

« J'avais dix-huit ans quand Solenne Industries a pris l'entreprise de mon père, » dit Camille. « J'ai eu huit ans pour apprendre exactement comment ça s'est passé, jusqu'au virement qui ne correspond pas à vos propres documents publics. Je ne suis pas ici pour un rachat. Je suis ici parce que je possède quarante pour cent de ce que votre famille a construit sur les restes de ce qu'il avait, et j'ai l'intention de le garder. »

La mâchoire d'Adrien bougea, une fois, comme s'il mâchait quelque chose avant de décider si ça valait la peine de le dire à voix haute. « Vous comprenez ce qu'une participation minoritaire non résolue fait à un vote du conseil. »

« Je comprends que ça vous rend nerveux. C'est la seule raison pour laquelle je suis assise sur cette chaise. »

Pour la première fois depuis qu'elle était entrée, il la regarda au lieu de regarder à travers elle. Ce n'était pas de la gentillesse. C'était plus proche d'un recalcul — le regard d'un homme qui révise une estimation faite avant d'avoir tous les chiffres.

« Que voulez-vous exactement, Mademoiselle Rousset ? »

« La vérité sur ce qui est arrivé à Rousset Textiles. Et je ne vais pas vendre pour l'obtenir. »

Adrien se renversa dans son fauteuil. Le fauteuil grinça, petit et humain dans une pièce conçue pour effacer tout bruit qui ne serait pas intentionnel. « Alors nous avons un problème. Le conseil se réunit jeudi, et une participation active de quarante pour cent détenue par quelqu'un avec — un motif — ce n'est pas quelque chose que je peux présenter devant eux. »

« Ça a l'air d'être votre problème, pas le mien. »

« Ça va bientôt être celui de nous deux. » Il le dit platement, sans menace dans le ton, ce qui, d'une certaine manière, rendit la phrase plus forte que s'il avait élevé la voix. « Fontaine, laissez-nous la pièce. »

Fontaine partit sans un mot. La porte se referma derrière lui avec un clic, et pendant un moment, ni l'un ni l'autre ne dit rien, se jaugeant tous deux par-dessus un bureau qui coûtait plus cher que toute l'indemnité de licenciement de son père.

« J'ai une proposition, » dit Adrien. « Vous n'allez pas aimer comment ça sonne avant de comprendre pourquoi ça marche. »

Camille ne s'assit pas. « Je vous écoute. »

« Un mariage. »

Camille éclata de rire avant de pouvoir se retenir — bref, incrédule, plus de souffle que de son. « Vous plaisantez. »

« Je ne plaisante pas dans ce bureau. Il n'y a pas de place pour ça. » Adrien se leva enfin, contourna le bureau assez pour qu'elle doive lever la tête pour continuer à le regarder. « Vous épousez la famille. Vos parts se fondent dans les avoirs Solenne sous propriété conjointe. Le conseil voit une fusion, pas une participation hostile. Dix-huit mois. Un contrat, pas une idylle. À la fin, nous le dissolvons, et vous repartez avec le dédommagement que vous refusiez il y a une heure — sauf que cette fois, vous aurez eu accès à ce bâtiment pendant tout le temps que vous vouliez. »

« Et vous, qu'est-ce que vous y gagnez, à part un conseil d'administration tranquille ? »

« Une épouse qui sait déjà que je ne lui fais aucune faveur. » Quelque chose passa dans son regard en disant cela, disparu avant qu'elle ne puisse le nommer. « C'est plus honnête que la plupart des offres que vous recevrez dans cette ville. »

Camille regarda le dossier toujours posé entre eux sur le bureau, le nom entouré quarante fois de la main de son père, l'homme qui avait maintenant un visage à mettre dessus. Dix-huit mois à l'intérieur de Solenne Industries. Dix-huit mois de dossiers qu'elle ne pouvait actuellement pas toucher, de réunions auxquelles elle ne pouvait actuellement pas assister, un nom sur papier qui ouvrirait des portes qu'aucun procès n'ouvrirait jamais.

« Il me le faudra par écrit, » dit-elle. « Chaque clause. »

« Vous l'aurez d'ici mercredi. »

« Et Fontaine connaît le contenu de ce dossier. Je veux qu'il en soit tenu à l'écart jusqu'à ce que je décide quoi en faire. »

L'expression d'Adrien ne changea pas, mais quelque chose dans la pièce, si. Un léger recalcul, comme si elle venait de lui dire quelque chose qu'il ne savait pas devoir demander. « Entendu. »

« Alors je suppose que nous avons un mariage à organiser, » dit Camille, et elle reprit le dossier sur le bureau avant qu'il ne puisse s'en saisir le premier.

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