LOGINChapitre 140
Aelys
Le salon est froid, d'une froideur qui ne vient pas des murs de pierre ou du sol de marbre, mais de la présence immobile, assise dans un fauteuil en cuir au centre de la pièce, comme un roi sur son trône, comme un juge sur son siège. Hideo est vieux, très vieux, sa peau ridée, ses cheveux blancs, ses mains osseuses posées sur les accoudoirs. Mais ses yeux sont encore vifs, perça
Chapitre 140AelysLe salon est froid, d'une froideur qui ne vient pas des murs de pierre ou du sol de marbre, mais de la présence immobile, assise dans un fauteuil en cuir au centre de la pièce, comme un roi sur son trône, comme un juge sur son siège. Hideo est vieux, très vieux, sa peau ridée, ses cheveux blancs, ses mains osseuses posées sur les accoudoirs. Mais ses yeux sont encore vifs, perçants, noirs comme deux lames. Il nous regarde entrer, il nous regarde approcher, et il sourit. Un sourire sans chaleur, une fente dans son visage de marbre, un pli qui n'atteint pas ses prunelles.— Enfin, dit-il. J'ai cru que vous n'oseriez jamais venir.Sa voix est calme, posée, presque douce, comme une caresse sur une plaie ouverte, comme un couteau qu'on retourne lentement.Ryuu serre ma main. Ses doigts se crispent s
Chapitre 139AelysLa lumière du matin est encore pâle, hésitante, comme si le jour lui-même n'osait pas se lever sur ce que nous allions faire. Le penthouse est silencieux, trop silencieux, chaque bruit amplifié par l'absence, par la peur, par l'attente. Les aiguilles de l'horloge tournent lentement, comme si le temps retenait son souffle, comme si chaque seconde était un adieu, comme si chaque battement de mon cœur était un compte à rebours.Miya et Kael sont là, debout dans l'entrée, leurs visages fermés, leurs mains serrées. Miya porte une robe simple, bleu pâle, ses cheveux attachés en queue de cheval, ses yeux rouges, ses lèvres pincées. Kael est en costume noir, comme toujours, mais ses mains, d'habitude si calmes, tremblent légèrement, ses doigts jouant avec les boutons de sa veste.
Chapitre 138AelysLa lumière du matin entre par les grandes fenêtres du penthouse, blanche, froide, impitoyable, comme un couperet, comme un jugement, comme une vérité qui ne peut plus être niée. Elle éclaire chaque recoin de la pièce, chaque pli du canapé, chaque ligne du visage de Ryuu, debout devant la baie vitrée, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, les épaules tendues, la nuque raide. Il est immobile, comme une statue de glace, comme un homme qui se prépare à la guerre, comme un soldat qui sait qu'il ne reviendra peut-être pas.Ses doigts sont crispés dans ses poches, je le vois, je le sens. Les jointures blanchissent sous la pression. Il respire lentement, trop lentement, comme s'il mesurait chaque inspiration, comme s'il économisait chaque souffle pour l'affrontement qui vient.
Chapitre 137RyuuElle pose la lettre sur la table devant moi. Ses doigts tremblent encore, ses yeux sont rouges, ses joues marquées par les larmes. Je la regarde, elle, puis la lettre, puis elle. Mes mains ne bougent pas. Je ne veux pas la toucher. Je ne veux pas la lire. Je sais ce qu'elle contient, je l'ai lu dans ses yeux avant même qu'elle ne la pose.— C'est ta mère, dit-elle. C'est la vérité.— Je sais.— Tu n'as pas à la lire, si tu ne veux pas. Tu peux attendre.— Non.Ma voix est dure, tranchante, comme une lame que je ne contrôle plus. Ma main se tend, mes doigts se referment sur le papier. Il est fin, fragile, vieux. L'encre a pâli, mais les mots sont encore là, comme des cicatrices, comme des brûlures."Mon cher Ryuu
Chapitre 136AelysJe suis debout devant la fenêtre du penthouse, les bras croisés, mes doigts serrant mes coudes, mes yeux fixés sur l'horizon sans voir les gratte-ciel qui se dressent sous la lumière dorée du couchant. Les mots de la lettre tournent encore dans ma tête, dansent, s'entrechoquent, hurlent dans le silence qui s'est installé entre Ryuu et moi. Hideo. Le grand-père. Le monstre. Toujours vivant. Jamais inquiété.— Il vit dans un domaine privé, dit Ryuu. À l'autre bout de la préfecture. Retiré, isolé, protégé. Il ne sort jamais. Il ne voit personne. Il a tout manigancé pour rester dans l'ombre.Sa voix est calme, trop calme. Il est assis sur le canapé, ses mains posées sur ses genoux, ses doigts entrelacés. Il ne me regarde pas. Il regarde
Chapitre 135AelysLe grenier du manoir est silencieux, comme un tombeau, comme une mémoire, comme un secret qui attend d'être déterré. La lumière grise filtre par la fenêtre étroite, dessine des ombres allongées sur les caisses, sur les cartons, sur mes mains qui tremblent en tenant le carnet de la mère de Ryuu. J'ai déjà trouvé une lettre, une lettre qui a parlé d'amour, de pardon, de vérité. Mais il y a autre chose. Je le sens. Je le sais.Mes doigts courent sur les pages, cherchent les irrégularités, les épaisseurs, les secrets. Je trouve une zone où les pages sont collées ensemble, plus épaisses que les autres, une fine couche de colle séchée, presque invisible, qui scelle deux feuilles l'une contre l'autre. Je prends la lame, je glisse le métal entre l
Chapitre 4Le regard de l'inconnu ne me lâche pas.Je sens son attention posée sur moi comme une main invisible, chaude, insistante. Elle glisse sur ma nuque, s'attarde sur mes lèvres quand je bois une gorgée de saké, suit le mouvement de ma gorge quand j'avale. Je n'ai jamais été observée ainsi. P
Chapitre 3L’escalier est raide, étroit, si étroit que mes épaules frôlent les murs. Mes doigts effleurent la brique froide, rugueuse sous la peinture écaillée qui s’effrite par endroits, laissant apparaître la terre cuite originelle. Plus je descends, plus l’air s’épaissit. Il se charge de senteur
Chapitre 2Le train ralentit dans un grincement doux, une plainte mécanique qui se répercute le long des wagons, et je découvre Yozora à travers la buée de la vitre. Mon souffle a dessiné un halo sur le verre, une auréole de condensation derrière laquelle la ville apparaît par fragments, comme un t
Chapitre 5Les rues de Yozora sont désertes à cette heure.La neige tombe plus dense maintenant, des flocons épais qui tourbillonnent dans la lumière des lanternes, se posent sur les toits incurvés, sur les câbles électriques, sur le pavé luisant. Tout est silencieux. La ville retient son souffle so







