LOGINEt un jour, une souris se réveilla sous mes doigts. Elle bougea, lentement, respira, me regarda avec ses petits yeux noirs. Pendant trente secondes, elle vécut. Puis elle retomba, doucement, sans souffrance.
Je pleurai. Pas de tristesse. De soulagement.
— Je peux le faire, murmurai-je. Je peux contrôler.
Matteo entra, me prit dans ses bras.
— Je savais que tu pouvais.
La découverte vint par hasard.
Il raccroche, me regarde. Ses yeux clairs sont vides, sans pitié.— Vous voyez ? Ce n'est pas un bluff. Alors, vous allez coopérer, ou je dois donner l'ordre ?Je ferme les yeux. Sofia. Douce, lumineuse Sofia, qui vient à peine de se réveiller, qui se bat pour survivre. Si je refuse, Viktor la fera tuer. Et Matteo perdra la seule famille qui lui reste.Mais si j'accepte, je deviens son arme. Je trahis Matteo, je trahis tout ce en quoi je crois. Mon don, ce pouvoir que j'ai toujours considéré comme une malédiction, deviendra un instrument de mort entre les mains d'un monstre.— Je compte jusqu'à t
Il se redresse, range le couteau.— Je vous laisse réfléchir. La nuit va être longue. Très longue. Demain, je reviendrai avec un cadavre. Et vous me direz ce que vous voyez. Sinon…Il n'achève pas sa phrase. Il n'en a pas besoin. La menace est claire, terrifiante, absolue.Il sort. La porte métallique se referme avec un bruit sourd. Le verrou est tiré.Je suis de nouveau seule.Seule avec ma peur, ma douleur, mon sang qui coule sur ma joue. Seule avec cette ampoule qui se balance, ces ombres qui dansent sur les murs, ce froid qui m'enva
Une salle de torture.On m'assied sur la chaise. On m'attache. Les liens sont serrés, trop serrés. Le métal mord mes poignets, mes chevilles. Je ne peux plus bouger.Un des hommes arrache mon bâillon. Je prends une grande inspiration, l'air humide et vicié emplit mes poumons.— Où suis-je ? Qui êtes-vous ?Ils ne répondent pas. Ils sortent, referment la lourde porte métallique derrière eux. Le bruit du verrou qu'on tourne résonne dans le silence.Je suis seule.
AuréliaLa journée a été étrange, suspendue, comme si le temps lui-même retenait son souffle.Après le départ d'Adriano, Matteo et moi avons parlé longtemps. Vraiment parlé. Pas de reproches, pas de colère. Juste des mots posés, des silences habités, des mains qui se cherchent et se trouvent. Il m'a raconté son enfance, ses peurs, ses rêves brisés. Je lui ai parlé de mes doutes, de mes désirs, de cette sensation constante d'être écartelée entre deux mondes, deux vies, deux façons d'aimer.Nous avons fait l'amour lentement, différemment. Pas comme une urgence, pa
Matteo fait un pas en avant. Je le retiens, mes mains sur son torse, mon corps contre le sien.— S'il te plaît, murmuré-je. S'il te plaît, Matteo. Pour moi. Arrête.Il me regarde. Ses yeux sont toujours sombres, mais quelque chose vacille au fond. Une faille. Une hésitation.— Pars, dit-il à Adriano sans le regarder. Pars maintenant. Avant que je ne change d'avis.Adriano hoche lentement la tête. Il se tourne vers moi.— Aurélia. Je serai toujours là. Quoi que tu décides. Je t'attendrai.
Je le regarde différemment. L'artiste pur, l'homme doux, l'innocent que j'imaginais. Tout cela était une façade. Ou plutôt, une partie de lui, mais pas tout. Comme Matteo. Comme moi. Comme tout le monde.— Tu vois, dit-il. Personne n'est vraiment pur. Personne n'est vraiment innocent. On fait tous ce qu'on peut avec ce qu'on a. La différence, c'est ce qu'on choisit de faire ensuite. Moi, j'ai choisi de créer. Matteo a choisi de détruire.— Matteo a choisi de protéger les siens.— En tuant, en terrorisant, en contrôlant. Ce n'est pas de la protection. C'est de la domination.— C'e
AURÉLIAMon cœur bat à tout rompre contre mes côtes, un oiseau affolé pris au piège. Le voir ainsi, dévasté, vulnérable, sur le pas de ma porte à trois heures du matin, est plus troublant que toutes ses démonstrations de pouvoir. C’est la statue qui montre une fissure. Et la fissure révèle non du v
AURÉLIAJe le regarde, incrédule.— Doser ? On ne dose pas la vie. On ne dose pas la mort !— Vous le faites pourtant déjà. L’étincelle est plus ou moins forte selon les fois, non ? Selon votre état, selon le… cadavre. Je veux que vous preniez conscience de ces variables. Que vous les maîtrisiez.I
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivan
ArkadyLa pluie a cessé. Une aube grise et humide suinte sur les vitres du van, comme de la salive séchée. Je n’ai pas dormi. Le café dans mon gobelet est froid, amer. La brûlure du cigare non allumé sur ma langue, c’est mieux.Le van est un trou. Une tumeur dans la ruelle de service. Par la vitre,







