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Chapitre 4

Author: Dorès Bullet
Il a froncé les sourcils, a déposé les fleurs et le sac de médicaments sur le meuble de l’entrée, puis, impassible, a sorti son téléphone pour appeler Nikita.

Aucune réponse.

Il n’y a pas prêté plus d’attention, s’est dirigé vers le salon, et, selon son habitude, a mis en marche le tourne-disque. Un nocturne de Chopin, son choix habituel, s’est élevé dans la pièce.

Une heure est passée. La maison demeurait silencieuse.

Deux heures se sont écoulées. Aucun mouvement.

Après la troisième heure, le bruit familier des pas dans l’entrée ne se faisait toujours pas entendre.

Lucrèce s’est enfin levé et s’est dirigé vers le dressing. Dans la penderie, la plupart des vêtements de Nikita étaient encore là, essentiellement des tenues roses, achetées par lui. Mais les deux tailleurs bleus qu’elle portait souvent avant leur mariage avaient disparu.

À cet instant, la sonnette a retenti. Un livreur lui a remis un immense carton.

Il a froncé de nouveau les sourcils, ne se souvenant d’aucun achat récent.

Il a ouvert le carton. À l’intérieur, entassés jusqu’au bord : des roses aux teintes rosées stabilisées, un collier de la même couleur, un sac Hermès, des escarpins, une robe de soirée, une montre, des bijoux, un foulard en soie, un parfum, des clés de voiture, une bague…

Le visage de Lucrèce s’est progressivement assombri, une tempête se formant au fond de son regard.

Comment n’aurait-il pas reconnu ces objets ?

C’étaient tous les cadeaux qu’il avait offerts à Nikita pendant qu’il la courtisait. Surtout sa bague sertie d’un diamant rose, la bague de fiançailles.

Il a fouillé le contenu et a constaté que presque chaque objet était en parfait état, les étiquettes souvent encore attachées.

Dans le carton, seul un dossier n’appartenait pas à cette collection de présents.

…

La nuit parisienne étincelait, vibrante d’animation.

Dans un vieil appartement du Quartier de Samont, une lumière, éteinte depuis des années, a brillé sans interruption du crépuscule jusqu’au cœur de la nuit.

Nikita avait nettoyé les lieux. La pièce restait modeste, mais propre et accueillante. Seulement désormais, elle n’abritait plus la présence de sa mère.

Elle tenait son téléphone, hésitant à appeler sa meilleure amie, Danièle Lozé.

Mais avant même qu’elle ne compose le numéro, la sonnette a retenti.

Nikita s’est levée pour ouvrir. Une silhouette imposante, qui semblait presque bloquer tout l’encadrement de la porte, s’est penchée vers elle.

C’était Lucrèce.

« Qu’est-ce que tu essaies de faire ?! » Une liasse de documents a été violemment projetée vers elle, s’éparpillant sur son visage avec un bruit sec.

La joue de Nikita a picoté. Elle est restée figée. À vrai dire, elle ne l’avait jamais vu dans un tel état de perte de contrôle.

« Alors, tu ne dis plus rien ? », l’a-t-il interrogée d’une voix glaciale, « C’est quoi, cette fugue soudaine ? On est encore des enfants, peut-être ? »

Il a tendu la main pour saisir son poignet, mais Nikita a instinctivement reculé.

« Lucrèce, je veux divorcer. »

« Pourquoi ? »

« Parce que… »

« À cause de Clotilde, c’est ça ? », Lucrèce a croisé les bras, un sourire froid et empreint d’un mépris ironique sur son beau visage.

Nikita a gardé le silence, ce qui valait assentiment.

Lucrèce a laissé échapper un rire bref : « Pour Clotilde et son retour, tu aurais fini par l’apprendre, et je ne voulais pas te le cacher. Alors ? Tu te mets aussi à la politique du recul pour mieux sauter ? Clotilde, c’était mon premier amour. Quand je t’ai demandée en mariage, je l’avoue, c’était un peu pour la provoquer. Mais en trois ans de mariage, je n’ai jamais failli à mes engagements. »

Ces derniers mots ont tranché le cœur de Nikita comme une lame émoussée.

Les yeux rougis, elle avait une furieuse envie de lui crier : « Et notre enfant, alors ? Celui que tu as détruit de tes propres mains, il ne comptait pas ? »

Mais au moment où les mots montaient à ses lèvres, elle a soudain trouvé tout débat inutile.

Elle a fermé les yeux, pris une profonde inspiration pour chasser l’étouffement qui pesait comme un rocher sur sa poitrine.

Maintenant, elle savait que le divorce était la seule issue décente qui leur restait, le seul point final qu’elle pouvait poser à cet amour stupide et à ce mariage raté.

Lucrèce avait déjà allumé une cigarette et s’était assis sur l’étroit canapé : « Clotilde et moi étions au même lycée. Elle est partie à l’étranger pour ses études, elle est maintenant une élite diplômée de l’international, une étoile montante dans le design de joaillerie. Si elle ne s’était pas blessée la main autrefois, elle serait déjà une pianiste de renommée mondiale. »

Il a légèrement tapoté sa cigarette pour en faire tomber la cendre, son regard calme et sûr de lui : « Une femme si exceptionnelle ne supporterait jamais le carcan que ma mère voudrait lui imposer. La confiner au foyer, à s’occuper d’un mari et d’enfants, ce serait gâcher son talent. Donc, la place d’épouse… ne lui convient pas. »

Le visage de Nikita a pâli.

« Mais toi, c’est différent. Tu n’as jamais eu de don particulier, pas d’ambition, tu as abandonné tes études, tu n’as aucune spécialité, et tes origines sont modestes. Tu as été femme au foyer toutes ces années, tu es complètement déconnectée de la société. Sans moi, tu n’es rien. Tu ne pourrais même pas subvenir à tes propres besoins. Et tu aurais le courage de divorcer ? »

Un silence de mort s’est installé dans la pièce.

Nikita a ouvert la bouche, inhalant par inadvertance la fumée qu’il venait d’exhaler, et s’est mise à tousser violemment.

Lucrèce l’a ignorée et a repris d’une voix neutre : « Réfléchis bien, puis fais tes valises et rentre. C’est ta seule et dernière chance. »

Faute de cendrier, il a hésité avec son mégot. La main à peine levée, Nikita était déjà là, lui arrachant la cigarette pour la noyer dans la poubelle.

Lucrèce a observé la scène, un sourire connu aux lèvres : « Le divorce sur les lèvres, les réflexes de l’épouse dans les doigts. »

À ses yeux, Nikita n’avait ni argent, ni compétences, n’était qu’une « parasite » dépendant d’un homme. Si elle n’était pas stupide, elle devait savoir quel choix servait le mieux ses intérêts. Cette fois, ce n’était que le choc de Clotilde qui la poussait à jouer cette comédie de la distance calculée.

« Assez joué, je n’ai pas tant de temps à perdre avec ton petit théâtre », a-t-il dit d’un ton distant, mais empreint d’une certitude dominatrice, « si tu continues à t’occuper de la maison comme avant, je continuerai à pourvoir à tes besoins. »

Alors qu’il achevait sa phrase, il a vu Nikita se pencher et ramasser silencieusement les feuilles du contrat de divorce éparpillées au sol, les rassemblant une à une.

« Si tu ne signes pas », a-t-elle dit sans le regarder, d’une voix paisible, « demain, je l’enverrai à ton bureau, ou à ta mère. »

Lucrèce s’est levé d’un bond, son expression se décomposant : « Ne pousse pas ma patience à bout ! »

À cet instant, l’homme qu’elle avait aimé pendant dix ans lui a paru si étranger qu’une peur froide lui a traversé le cœur.

Elle a ouvert la porte : « Pars. Ne reviens plus. »

Lucrèce ne s’attendait pas à ce qu’elle le mette réellement à la porte. Il est resté interdit une seconde, puis a laissé échapper un ricanement : « Tu as du cran, hein ? Quand tu regretteras, ne viens pas pleurer à mes pieds ! »

La porte a violemment claqué. Mais le contrat de divorce, il ne l’avait pas emporté.

…

Au cœur de la nuit, Nikita a rouvert un tiroir du bas et en a tiré une vieille carte bancaire, celle de ses économies d’avant le mariage, pas un seul centime ne venant de Lucrèce.

Elle l’a connectée à son application bancaire, le cœur battant plus vite qu’elle ne l’aurait voulu.

L’écran s’est allumé et le solde est apparu : près de quinze millions d’euros, un peu plus que ce qu’elle avait imaginé.

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Comments (1)
goodnovel comment avatar
Lauranne
Génial, j’adore ce livre
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