Se connecterChapitre 8 LE POINT DE VUE DE KATE — Non, dis-je, la voix ferme malgré les larmes qui menacent de tout emporter. Non, je refuse. Catégoriquement. Je me fiche de ce que Yoann a dit hier soir au téléphone, je me fiche de vos délais et de vos menaces. Je n'irai nulle part avec vous.Ken m'observe un long moment, presque avec une forme de pitié, ce qui m'écœure plus que sa froideur habituelle.— Je crains que ce ne soit plus vraiment une option, Kate, dit-il enfin, sa main plongeant dans la poche intérieure de sa veste.Il en sort une liasse de papiers, épaisse, agrafée avec un soin presque obscène, et la dépose sur la table avec la même désinvolture qu'il aurait pour poser une carte de visite. Un contrat. Officiel, en apparence, avec des lignes de texte serrées que je n'ai même pas le temps de lire avant qu'il ne fasse glisser un stylo à travers la table, en direction de Yoann.— Un accord verbal reste fragile, poursuit-il. Ceci, en revanche, ne laisse plus aucune place au doute. Il ne
Chapitre 7LE POINT DE VUE DE KATE Le matin se lève sur L'Antique comme si de rien n'était, une lumière douce et dorée qui filtre à travers les vitres, presque insolente tant elle contraste avec le poids que je porte depuis des jours. Je descends la première, comme souvent, laissant Yoann profiter de quelques minutes de sommeil supplémentaires. Il avait l'air si épuisé hier soir en se glissant dans le lit, presque absent, que je n'ai pas eu le cœur de le réveiller pour lui demander ce qui le tracassait tant.Je m'attaque au ménage avec une énergie presque mécanique, comme si frotter chaque table, aligner chaque chaise, pouvait remettre un peu d'ordre dans le chaos qui s'est emparé de notre vie ces derniers jours. Il ne nous reste qu'un jour. Un seul, avant que le délai de Ken n'expire. Et pourtant, ce matin, je m'efforce de me concentrer sur les gestes simples, familiers, ceux qui d'habitude m'apaisent.Je passe la serpillière, je nettoie les vitres, je dispose les nouvelles fleurs a
Chapitre 6LE POINT DE VUE YOANN La nuit est tombée depuis longtemps quand je m'assois seul à la table du fond, celle-là même où Ken s'était installé la première fois, comme si le hasard prenait un malin plaisir à me rappeler chaque détail de cette histoire.Kate dort à l'étage, épuisée par ces derniers jours qui nous ont vidés de toute énergie. Je lui ai menti, tout à l'heure, en lui disant que je montais juste après avoir fermé la caisse. En réalité, je savais que je ne pourrais pas trouver le sommeil. Pas ce soir. Pas avec cette carte qui me brûle presque les doigts à travers la poche de mon jean.Je la sors, je la pose devant moi sur le bois usé de la table, et je la fixe comme si elle pouvait, à force de la regarder, me révéler une vérité que je refuse encore de m'avouer.Ken. Un numéro. Rien d'autre.Un simple rectangle de papier, et pourtant, j'ai l'impression qu'il contient le poids de toute notre vie, comme s'il suffisait de composer ces quelques chiffres pour que tout bascu
Chapitre 5 Kate Les jours qui suivent se transforment en une course contre une montre invisible, dont chaque tic-tac résonne un peu plus fort dans ma tête.Le soir même, une fois le restaurant fermé, les volets baissés et le tablier accroché à son clou, Yoann étale sur la table de la cuisine tous les papiers qu'on possède. Relevés bancaires, factures, contrat de bail, jusqu'au vieux livret d'épargne qu'on n'a plus touché depuis des années. Comme si, à force de les aligner et de les relire, un chiffre miracle allait soudain apparaître entre les lignes.— Il doit bien y avoir une solution, murmure-t-il, un stylo entre les doigts, en griffonnant des colonnes de chiffres qui ne mènent jamais nulle part.Je m'assois en face de lui, épuisée, et je pose ma main sur la sienne pour l'empêcher de recommencer, pour la quatrième fois, le même calcul qui donne toujours le même résultat désespérant.— Yoann. On a déjà tout regardé. Trois fois.— Alors on regarde une quatrième fois.Je ne discute
Chapitre 4 KATE Je reste debout au milieu de la salle un long moment après le départ de Ken, incapable de bouger, comme si mes jambes avaient oublié comment fonctionner. Le tintement de la clochette résonne encore dans ma tête, mêlé à sa dernière phrase qui tourne en boucle, glaçante.Après ça, Marco reviendra. Et croyez-moi, il ne se contentera plus de casser des chaises.— Kate ?La voix de Yoann me ramène brutalement à la réalité. Il se tient dans l'encadrement de la porte de la cuisine, le balai encore à la main, les sourcils froncés en me voyant plantée là, livide.— Ça va ? Il t'a dit quoi, ce type ? Il est parti sans même finir son café ni payer, en plus, non ?Je baisse les yeux vers la table. Les billets sont toujours là, posés bien en évidence, beaucoup trop nombreux pour un simple café.— Il a payé, dis-je d'une voix éteinte. Largement trop, même.Yoann pose son balai contre le mur et s'approche, lentement, cette façon qu'il a toujours eue de sentir quand quelque chose ne
Chapitre 3 KATE Je crois d'abord avoir mal entendu. Je ris, un rire nerveux, presque incrédule.— Pardon ?— Vous m'épousez, répète-t-il, imperturbable. Je m'occupe de tout. De vos dettes, de votre restaurant, de votre avenir. Vous ne manquerez plus jamais de rien. Vous ne souffrirez plus jamais. Et votre Yoann... il sera récompensé, largement, pour sa peine. Je m'assurerai personnellement qu'il ne manque de rien non plus, où qu'il aille ensuite.Le sang me monte au visage, une vague de fureur si soudaine qu'elle me fait presque trembler.— Pour qui vous vous prenez ? je siffle en me levant d'un bond, la chaise raclant bruyamment le sol derrière moi. Vous croyez que vous pouvez débarquer ici, regarder mon fiancé se faire tabasser sans lever le petit doigt, et ensuite m'acheter comme... comme un objet ?Il ne bouge pas. Pas un muscle de son visage ne tressaille face à ma colère, ce qui ne fait que l'attiser davantage.— Je ne vous achète pas, Kate. Je vous offre une porte de sortie q







