تسجيل الدخولIl se cale dans son fauteuil de cuir, parfaitement à l'aise, comme un chat qui s'installe pour une longue sieste.— Tu as grandi dans une petite ville, n'est-ce pas ? Une ville sans importance, quelque part dans le centre du pays, loin de tout, loin de la mer que tu rêves de voir depuis toujours. Une mère aimante mais faible, qui t'aimait mais qui ne savait pas comment te protéger du monde. Un père absent. Parti quand tu étais très jeune, sans laisser d'adresse, sans explication, sans même un mot d'adieu. Tu as dû apprendre très tôt à te débrouiller seule, à ne compter que sur toi-même, à te méfier de tous ceux qui t'approchaient de trop près.Mon sang se glace littéralement dans mes veines, comme si on y avait injecté de l'azote liquide. Comment sait-il tout cela ? Comment peut-il connaître des détails aussi intimes de ma vie, des choses que je n'ai confiées à personne, que j'ai à peine osé me formuler à moi-même ? A-t-il des espions partout, des gens qui ont fouillé mon passé, inter
MayaLa porte se referme derrière les gardes qui emmènent KaïLe bruit du métal contre le métal résonne longuement dans la pièce vide, se répercute contre les murs de béton, rebondit sur les vitres brisées avant de s'éteindre dans un silence de tombeau qui semble aspirer toute vie. Je suis seule avec Chernov. Seule avec ce monstre en costume trois pièces qui me regarde avec ses yeux pâles de prédateur, des yeux qui n'ont plus rien d'humain, qui ont vu tant de souffrance qu'ils en sont devenus insensibles à tout ce qui n'est pas la douleur des autres.Il m'a fait conduire dans ce qui devait être autrefois le bureau du directeur de l'usine, il y a des décennies, quand cet endroit grouillait encore d'ouvriers et de machines en marche. Une pièce plus petite que l'atelier où j'ai été capturée, mais tout aussi glaciale, avec des lambris de bois sombre qui se décollent des murs par longues plaques, révélant la maçonnerie humide en dessous. Une immense table de bureau en acajou massif, vestig
C'est alors que Maya fait quelque chose de totalement inattendu. Elle se jette devant moi, entre les gardes et moi, ses bras écartés comme pour me protéger. Elle lève les mains en signe de reddition. — Arrêtez ! crie-t-elle d'une voix forte et claire qui couvre le tumulte. Je vais coopérer ! Je vais vous aider à le capturer ! Chernov lève la main. Les gardes s'immobilisent immédiatement, leurs armes toujours braquées mais leurs doigts écartés des détentes. — Vraiment ? dit-il, la voix chargée de méfiance. Ce ne serait pas un nouveau mensonge, par hasard ? — Vraiment. Je vous dirai tout ce que vous voulez savoir sur lui. Ses planques de secours, ses contacts dans la région, ses points faibles, ses peurs. Tout ce que je sais. Mais laissez-le partir d'abord. Lui et Anastasie. Chernov éclate de rire, un rire sans joie qui résonne sinistrement dans l'espace vide. — Vous me prenez pour un imbécile fini ? Vous croyez que je vais le laisser partir maintenant que je le tiens, après tou
KaïJe progresse dans les couloirs de l'usine comme un spectreL'obscurité est mon alliée la plus fidèle, celle qui ne m'a jamais trahi. Je me déplace silencieusement, rasant les murs de béton rugueux, évitant soigneusement les rares zones encore éclairées par des ampoules qui fonctionnent. Tous mes sens sont en alerte maximale — chaque bruit, même infime, chaque ombre qui bouge, chaque infime courant d'air est analysé, évalué, classé. Je suis redevenu ce que j'ai été pendant tant d'années : une machine de survie parfaitement calibrée. Un prédateur dans la nuit. Un fantôme qui tue.J'ai déjà neutralisé deux gardes sans faire le moindre bruit. Le premier près de l'escalier principal — je suis arrivé derrière lui sans qu'il m'entende, je lui ai brisé la nuque d'un coup sec et précis avant qu'il ait pu émettre le moindre son. Le deuxième patrouillait dans un couloir latéral — un coup de couteau dans la gorge, remontant sous la mâchoire, précis, chir
Il fait quelques pas dans la pièce, lentement, comme un promeneur dans un parc. Ses chaussures cirées claquent sur le ciment avec un bruit régulier, métronome de l'angoisse. — Vous savez comment je l'ai connu ? reprend-il sur le ton de la conversation. Il était jeune, à peine sorti de l'adolescence. Dix-huit ou dix-neuf ans, un gamin des rues affamé, violent, sans aucun avenir, prêt à tout pour un morceau de pain. Je l'ai recruté, je l'ai formé, je l'ai armé. J'ai fait de lui ce qu'il est aujourd'hui, j'ai sculpté ce bloc de haine brute pour en faire une arme parfaite. Et il m'a trahi à la première occasion. — Peut-être parce qu'il a compris qui vous étiez vraiment. Peut-être parce qu'il a vu le monstre derrière le masque. Il rit. Un rire sec, sans joie, qui résonne sinistrement dans la pièce vide. — Qui je suis vraiment ? Je suis un homme d'affaires, Maya, rien de plus, rien de moins. Je fournis ce que les
MayaIls me poussent dans une pièce immenseElle est grande, vide, glaciale, comme une cathédrale désaffectée dédiée à quelque dieu cruel et oublié. Un ancien atelier de montage, peut-être, ou une salle des machines, avec des rails de pont roulant qui courent encore au plafond. Les murs sont en béton brut, maculés de graffitis obscènes et de longues traînées d'humidité noirâtres qui dessinent des cartes de pays imaginaires. Le sol est en ciment brut, taché d'huile de moteur et de rouille, creusé par endroits par des décennies de passage de machines lourdes. Quelques néons grésillent au plafond, diffusant une lumière blafarde, clinique, qui rend tout plus laid encore, qui creuse les ombres et donne à chaque visage un air de cadavre. Au centre de la pièce, une chaise en métal. Seule. Exactement comme dans la vidéo d'Anastasie. Une chaise de torture qui n'attend que sa victime.Ils m'assoient dessus sans ménagement, me forçant à m'enfoncer dans le m
MAYAComme son maître, sans doute.On se regarde, la femme-fantôme en peignoir et le chien de l’enfer. Je n’ose bouger. Il flaire l’air, puis entre d’un pas lent, royal. Il s’approche. Son museau frôle le bas de mon peignoir, là où le tissu se noue sur mes hanches. Je retiens un cri. Il remonte len
MAYALe couloir débouche sur un palier avec un escalier en courbe majestueuse qui descend vers un hall d’entrée. Je me penche prudemment, et la soie du peignoir s’entrouvre sur ma poitrine. Un frisson d’excitation mêlée à la peur me traverse. En bas, marbre noir et blanc. Vide. Silencieux.Directio
Anastasie Le parallèle est clair. Trop clair.—Vous suggérez l’amputation préventive, Lazare ?—Je suggère le traitement approprié avant que les options ne se réduisent, répond-il sans broncher. Mon domaine est le corps. Mais je sais reconnaître un corps malade, et un système malade. Ici, les deux
KAÏL’eau de la douche, aussi chaude que je peux la supporter, ruisselle sur ma peau, cherchant à laver autre chose que la sueur et la poussière du chantier. Elle ne peut pas atteindre la tension nouée au fond de mon crâne, ni l’image tenace : Anastasie, son visage un masque de colère froide, ses m







