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CHAPITRE 5 – Les seins d’Isaora

Penulis: L'encre
last update Tanggal publikasi: 2026-07-22 16:09:02

La photo était toujours là, affichée sur l’écran. Isaora allongée, les bras au-dessus de la tête, les seins offerts à l’objectif comme une offrande ou comme un trophée. Éléonore la regarda longtemps. Elle n’essayait plus de se convaincre qu’elle avait mal vu. Les grains de beauté étaient là, incontestables, définitifs. Ce n’était pas un sosie. Ce n’était pas une actrice qui ressemblait à sa sœur. C’était Isaora. Sa petite sœur. La fille que son père avait présentée à Éléonore en disant : « Voilà ta sœur. Tu devras la protéger toute ta vie. »

Elle l’avait protégée.

Elle lui avait appris à lire, à nager, à se maquiller, à conduire. Elle l’avait consolée quand les garçons la quittaient, elle lui avait prêté de l’argent quand elle en manquait, elle lui avait trouvé des stages, des appartements, des robes de soirée. Elle avait été la grande sœur parfaite, la mère de substitution, le modèle, le refuge, le pilier.

Et voilà ce qu’Isaora lui rendait.

La vidéo. La photo. Les messages.

Éléonore ferma les yeux. Derrière ses paupières closes, elle revit la scène. Jacques qui se relevait brusquement, qui attrapait Isaora par les hanches, qui la retournait sans ménagement. La claque qui claquait si fort que le micro saturait. « Vilaine fille ! Mets ton cul en l’air ! » Le rire d’Isaora, ce rire léger, presque enfantin, qui contrastait avec la brutalité des gestes. Et puis ce mouvement du cadreur, ce pas de côté pour avoir un meilleur angle, et le visage d’Isaora qui apparaissait pour la première fois. De profil d’abord. Une joue ronde, une pommette haute, une mâchoire délicate. Le grain de beauté sur la pommette gauche. Puis, quand elle tournait légèrement la tête pour regarder Jacques derrière elle, l’ensemble de son visage.

Isaora.

Le téléphone vibra une cinquième fois.

Éléonore rouvrit les yeux. Un nouveau message. Toujours le même expéditeur inconnu.

Tu ne réponds pas ? Pourtant, tu as regardé la vidéo jusqu’au bout. Je le sais. Je vois quand tu ouvres mes messages. Alors ne fais pas semblant. Tu veux savoir pourquoi je t’envoie ça ?

Elle déverrouilla le téléphone. Ses doigts tremblaient encore, mais elle parvint à taper une réponse courte, la seule question qui comptait.

Qui êtes-vous ?

Les trois petits points apparurent immédiatement. L’expéditeur écrivait. Elle attendit, le pouce suspendu au-dessus de l’écran, le cœur battant dans ses tempes. Les points disparurent. Réapparurent. Disparurent à nouveau. Puis la réponse arriva.

Quelqu’un qui veut t’aider. Mais tu n’es pas encore prête à entendre la vérité. Regarde la vidéo une deuxième fois. Regarde bien. Et demande-toi qui tient la caméra.

Éléonore relut le message trois fois. Puis elle fit ce que l’inconnu lui demandait. Elle rouvrit la vidéo, la remit au début, et la regarda une deuxième fois. Pas pour le sexe. Pas pour les corps. Mais pour l’angle. Pour les mouvements du cadreur. Pour tout ce qu’elle n’avait pas vu la première fois, aveuglée par le choc et l’horreur.

Le cadreur n’était pas un amateur. Les plans étaient stables, le cadrage précis, les mouvements fluides. Il savait où se placer pour capter les meilleurs angles, les gros plans les plus explicites, les sons les plus crus. Il anticipait les gestes de Jacques et d’Isaora comme s’il connaissait la scène à l’avance. Comme s’il l’avait déjà filmée plusieurs fois.

Et surtout, il ne disait rien.

Pas un mot. Pas un souffle. Pas un commentaire. Alors que Jacques et Isaora parlaient, criaient, gémissaient, riaient, le cadreur restait muet. Silencieux. Invisible. Comme s’il n’était pas vraiment là. Comme s’il n’était qu’une caméra posée sur un trépied.

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