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CHAPITRE 8 : L’arme au parfum

Auteur: Plumas
last update Date de publication: 2026-04-15 02:41:01

Emilio attrapa la main de Giorgio, sortit un couteau.

— Attendez ! cria Giorgio. Attendez… Je ne sais pas d’où ça vient exactement. Mais j’ai entendu parler d’un laboratoire. Quelque part dans le nord. C’est tout ce que je sais. Je vous jure.

Alexandro le regarda longuement.

— Tu vas me dire autre chose, Giorgio. Un nom. Une adresse. Une planque.

— Yvana…

Le nom tomba comme une pierre.

Emilio releva la tête. Alexandro plissa les yeux.

— Yvana ?

— C’est… c’est l’arme de Marco. Il l’a envoyée en ville. Pour… pour vous approcher.

Un silence glacial.

— M’approcher ? répéta Alexandro, la voix soudain plus basse.

Giorgio baissa la tête.

— Pour vous séduire. Et vous détruire de l’intérieur.

Le rire qui sortit d’Alexandro n’avait rien de joyeux. C’était un rire sec, presque inquiétant.

— Me séduire ?

Il se pencha vers Giorgio.

— Où est-elle ?

— Je ne sais pas. Personne ne sait. Elle arrive seule. Elle se fera connaître quand elle le voudra.

Alexandro resta un instant immobile.

Puis il se tourna vers Emilio.

— Enferme-le. Pas au sous-sol. Au trou. Personne ne doit savoir qu’il est là. Sauf nous.

Emilio hocha la tête, fit signe aux hommes d’emmener Giorgio.

Quand la porte se referma, Alexandro se retrouva seul.

Il retourna à son bureau, s’assit, et resta un long moment à fixer le bois sombre.

Yvana.

Un nom de femme.

Une arme.

Il n’avait jamais été vulnérable aux femmes. Il les avait utilisées, oubliées, payées. Jamais l’inverse.

Alors pourquoi ce nom lui collait-il à la peau ?

Il ouvrit un tiroir, sortit un vieux revolver, vérifia le barillet.

Puis il le reposa.

— Qu’elle vienne, murmura-t-il.

Sa main tremblait à peine.

Mais il refusa de le voir.

***

Le Blue Night était un de ces endroits où la lumière ne sait plus si elle doit éclairer ou caresser. Des spots rouges baignaient les murs suintants d’humidité, et la fumée des cigarettes flottait en volutes paresseuses sous les poutres basses. Une odeur de whisky bon marché, de sueur et de parfum bon marché collait à la peau. La musique, un blues lent et gras, traînait ses notes comme un ivrogne ses pieds.

Alexandro Cruz n’aimait pas ce genre d’endroit. Trop de monde. Trop de bruit. Trop de risques. Mais ce soir, il était venu pour une seule raison : Dante Moretti, ce fils de chien qui avait refusé sa marchandise, fréquentait ici une femme. Et Alexandro voulait comprendre pourquoi Dante se sentait assez puissant pour lui fermer sa porte. Il avait besoin de voir par lui-même, de jauger l’ennemi.

Il était assis dans une banquette rouge élimée, le dos fermement appuyé contre le mur. Devant lui, un verre de whisky qu’il n’avait pas touché. À sa droite, Leon Vortex, les yeux balayant la salle avec la lenteur méthodique d’un prédateur. À sa gauche, Emilio Torres, la main près de sa ceinture, là où le métal froid de son Glock dessinait une bosse à peine visible sous la veste.

— Il n’est pas là, murmura Leon sans tourner la tête.

— Il viendra, répondit Alexandro sans bouger. Il vient toujours le jeudi.

Mais au fond de lui, il commençait à douter. La semaine précédente, Dante avait refusé la livraison. Aujourd’hui, il ne se montrait pas. Quelque chose clochait.

La porte du club s’ouvrit dans un grincement métallique.

Une silhouette entra.

Ce n’était pas Dante.

C’était une femme.

Elle traversa la piste comme si le sol lui appartenait. Tête haute, cheveux noirs dévalant ses épaules en vagues épaisses, robe rouge sang qui moulait ses hanches sans rien montrer. Tout était dans le mouvement. Dans la façon dont elle ignorait les regards des hommes, dont elle commandait un verre sans parler, d’un simple geste de l’index, comme si elle avait l’habitude d’être obéie.

Alexandro la regarda. Pas par désir. Par instinct. Quelque chose chez elle ne collait pas. Ses gestes étaient trop fluides, trop contrôlés pour une simple cliente. Elle évaluait la salle, mais pas comme une femme seule cherche un compagnon. Elle comptait les issues, les angles morts, les hommes postés près des murs.

— Qui c’est ? demanda-t-il à mi-voix, les lèvres presque immobiles.

Emilio haussa les épaules. — Une nouvelle. Je ne l’ai jamais vue.

— Ça m’étonne.

La femme s’installa au bar, le dos légèrement tourné à la salle. Elle but une gorgée de son verre, un gin tonic qu’elle fit tourner dans son verre avant de boire, comme pour en tester la pureté. Puis elle se mit à observer les autres à travers le miroir accroché derrière les bouteilles.

Ses yeux croisèrent ceux d’Alexandro dans le reflet.

Elle ne sourit pas. Elle ne détourna pas le regard. Elle tint. Longtemps. Une seconde. Dix. Trente. Le genre de regard qui n’est pas un défi mais un constat : Je te vois, toi aussi, et je n’ai pas peur.

Alexandro fut le premier à baisser les yeux. Pas par peur. Par agacement. Personne ne le fixait ainsi. Personne n’osait.

— Je veux savoir qui elle est d’ici demain matin, ordonna-t-il à Leon.

— Fait, maître. (Leon sortit discrètement un téléphone.)

Un homme s’approcha de la femme. Un habitué du club, un petit revendeur nommé Rico, qui croyait avoir du charme parce qu’il portait une chaîne en or et des chemises ouvertes. Il posa une main sur son épaule, en glissant les doigts vers sa nuque.

Elle ne bougea pas. Elle prit son verre, le vida d’un trait, puis se retourna.

— Laisse-moi, dit-elle.

Sa voix était calme, mais coupante comme une lame. Pas de colère. Juste une certitude glaciale.

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