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CHAPITRE 5 : Le Prix du Pur

Author: Plumas
last update Petsa ng paglalathala: 2026-04-08 20:16:55

Alors qu’Alexandro regagnait son bureau, la mâchoire serrée, une colère froide lui collait à la peau. Dans la pièce, ses hommes ; impeccables, droits comme des statues, échangeaient de brefs regards, mais personne n’osait ouvrir la bouche.

Leon Vortex, son bras droit, savait reconnaître ces moments-là. Il s’approcha sans bruit, mesura ses mots.

— Maître… on comprend ta colère.

Alexandro ne répondit pas. Il posa ses mains sur le bureau, le regard dur.

— Mais… reprit Leon doucement, les vingt-quatre heures que tu as accordées… ce n’est pas suffisant.

Le coup partit sans prévenir.

— Comment ça, pas suffisant ?! lança Alexandro en frappant violemment la table avant de se redresser d’un geste brusque.

Un silence tendu retomba aussitôt.

— Je pense que Leon n’a pas tort, intervint Emilio d’une voix posée.

Tous les regards se tournèrent vers lui.

— On ne sait même pas d’où sort cet intrus. J’ai retenu le numéro du véhicule, oui… mais je ne savais pas encore qu’il était en train de nous trahir. Je n’ai pas suivi sa direction après qu’il ait quitté la cour de Dante.

Il marqua une courte pause, puis reprit :

— Laisse-moi aller voir Agustino Lopez. C’est un des hommes de Dante. Je vais lui mettre la pression… et il me préviendra dès que ce type reviendra avec une nouvelle cargaison.

Alexandro ne disait rien. Il l’écoutait, immobile, puis finit par hocher lentement la tête.

— Tu as vingt-cinq minutes pour me donner un résul…

Son téléphone vibra.

Une fois. Deux fois.

Puis il se mit à sonner.

Alexandro décrocha immédiatement, le regard sombre.

— …

Il ne dit pas un mot.

Au bout du fil, une voix basse, presque prudente :

— Mr Alexandro… bonjour. Le Boss m’a chargé de vous dire que vous pouvez laisser tomber les marchandises en cours…

La ligne coupa net.

Alexandro venait de raccrocher.

Un silence lourd tomba dans la pièce.

— Emilio.

Sa voix était devenue plus froide encore.

— Quinze minutes.

Il se leva brusquement et se dirigea vers la porte. Arrivé à mi-chemin, il s’arrêta, comme frappé par une pensée, puis fit demi-tour pour récupérer ses clés.

Cette fois, personne ne bougea.

Dans sa démarche, il n’y avait plus seulement de la colère.

C’était pire.

C’était une promesse.

La porte claqua derrière lui.

Pendant une seconde, personne ne bougea dans le bureau. Puis Leon tourna lentement la tête vers Emilio.

— Quinze minutes… répéta-t-il à mi-voix.

Emilio n’attendit pas. Il attrapa ses clés, déjà en mouvement.

— Ouvre-moi la voie, lança-t-il à l’un des gardes.

Quelques secondes plus tard, il était dehors.

Emilio monta dans son véhicule, démarra sans perdre une seconde et quitta les lieux en trombe. Son regard était fixé sur la route, mais son esprit, lui, tournait vite.

“Laisser tomber les marchandises…”

Ça ne collait pas.

Pas avec Alexandro. Pas avec ce genre d’opération.

Quelqu’un mentait.

Ou pire… quelqu’un jouait un double jeu.

Dix minutes plus tard.

Emilio freina brusquement devant un petit bâtiment décrépit, coincé entre deux entrepôts abandonnés. Rien d’impressionnant. Mais c’était là que traînait Agustino Lopez quand il voulait rester discret.

Il coupa le moteur, descendit, puis avança d’un pas décidé.

Deux hommes étaient postés devant l’entrée.

— Je viens voir Agustino.

— Il n’est pas là.

Emilio esquissa un léger sourire. Fatigué.

— Mauvaise réponse.

En une seconde, il sortit une liasse de billets qu’il plaqua contre la poitrine du premier.

— Réfléchis mieux.

Le regard de l’homme vacilla. Juste assez.

— …À l’intérieur.

La pièce sentait le tabac froid et la sueur. Assis dans un coin, Agustino leva les yeux en voyant Emilio entrer.

Surprise. Puis méfiance.

La porte se referma derrière Emilio dans un léger grincement.

À l’intérieur, Agustino Lopez releva la tête, surpris de le voir débarquer aussi vite. Son regard glissa brièvement vers la porte, comme pour s’assurer qu’ils étaient seuls.

— Toi… t’as pas perdu de temps.

Emilio ne répondit pas tout de suite. Il s’avança calmement, retira ses lunettes et les posa sur la table, prenant le temps de fixer Agustino droit dans les yeux.

— Le type qui est venu aujourd'hui… celui qui a livré du pur.

Agustino se raidit légèrement.

— Je vois pas de quoi tu…

Emilio sortit une liasse de billets et la laissa tomber sur la table, sans détour.

— Épargne-moi ça.

Un silence.

Le regard d’Agustino resta bloqué sur l’argent. Puis, lentement, il releva les yeux.

— …Qu’est-ce que tu veux ?

— Simple, répondit Emilio. La prochaine fois qu’il revient… tu m’appelles.

— Et si je refuse ?

Emilio eut un léger sourire. Fatigué. Sans joie.

— Tu ne vas pas refuser.

Il se pencha légèrement vers lui.

— Parce que si ce type continue de livrer du pur à Dante… tu sais très bien ce que ça veut dire.

Agustino avala difficilement sa salive.

Oui, il savait.

Ça voulait dire que Alexandro allait perdre son territoire. Et quand Alexandro perdait du terrain… quelqu’un payait le prix.

— Je veux juste un appel, continua Emilio. Rien de plus. Tu ne bouges pas, tu ne poses pas de questions.

Il tapota la table du bout des doigts.

— Tu prends l’argent… et tu restes en vie.

Le message était clair.

Très clair.

Après quelques secondes d’hésitation, Agustino attrapa la liasse et la fit disparaître sous la table.

— …D’accord.

Emilio hocha une fois la tête.

— Bien.

Il remit ses lunettes, puis ajouta en se dirigeant vers la porte :

— Et Agustino…

Celui-ci releva les yeux.

— Ne te trompe pas de camp.

***

Dehors, l’air semblait encore plus lourd.

Emilio remonta dans sa voiture, jeta un rapide coup d’œil autour de lui, puis démarra.

"Treize minutes déjà."

Il prit son téléphone, hésita une seconde… puis décida de ne pas appeler tout de suite.

Il voulait d’abord réfléchir.

Parce que quelque chose clochait.

Du pur.

Pas du coupé.

Et livré directement à Dante.

Ce n’était pas un amateur.

***

Quelques minutes plus tard.

Emilio, sachant où retrouver Alexandro, était en face de sa voiture, espérant son ordre pour entrer à l'intérieur.

Alexandro, silencieux, attendait.

Immobile.

Son téléphone posé sur la cuisse.

Il n’aimait pas attendre.

Encore moins dans une situation comme celle-ci.

Quand Emilio monta enfin dans le véhicule après son top, Alexandro ne tourna même pas la tête.

— Alors.

Une simple question.

Mais le ton… était tranchant.

Emilio prit une seconde avant de répondre.

— C’est réglé. Agustino nous appellera dès qu’il revient.

Un silence.

Puis Alexandro hocha lentement la tête.

— Bien.

Mais Emilio ne descendit pas tout de suite.

Il resta là.

— Il y a autre chose, ajouta-t-il.

Cette fois, Alexandro tourna légèrement la tête.

— Parle.

Emilio fixa le pare-brise.

— Celui qui livre… il ne joue pas au même niveau que nous.

Un léger sourire étira les lèvres d’Alexandro.

Pas un sourire amusé.

Un sourire dangereux.

— Tant mieux.

Il se pencha légèrement en avant.

— Ça me fera une bonne raison de m'occuper de lui, moi-même.

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