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CHAPITRE 117 — Les lilas blancs

Author: N.Emma
last update publish date: 2026-10-12 07:02:35

POV Alima

Le cimetière de Kolomna sent la terre mouillée et le chrysanthème pourrissant. Des bouleaux nus, aux troncs blanchis comme des os, dressent leurs branches dans un ciel d'étain. Quelque part, des corneilles se disputent un morceau de pain. Je serre mon manteau contre moi en suivant Nikolai le long d'une allée de gravier mouillé, entre des croix de mé

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    POV AlimaÀ dix-neuf heures quarante-cinq, Nikolai me retient dans le hall par le poignet.Pas fort. Il ne me serre pas, il pose seulement ses doigts autour de l'os, comme on pose la main sur une porte pour en sentir la vibration. Derrière lui, par la porte ouverte de la salle à manger, j'aperçois la table dressée pour trois : nappe blanche, bougies, la soupière de ma mère au milieu, l'argenterie qu'il n'a jamais utilisée depuis mon arrivée. Une table de cérémonie. Il a tout fait mettre en scène avec la précision d'un homme qui prépare une opération.— Tu seras à ma droite, dit-il à voix basse. Tu serviras le thé. Tu parleras de ton hôpital, de ta mère, de ce que t

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    POV NikolaiIl y a une phrase que je ne prononce jamais. Je l'ai apprise à six ans, dans le salon de Sergueï, sous le regard d'un homme qui me tenait le menton entre deux doigts : celui qui s'excuse tend le cou. Je ne me suis pas excusé devant mon propre père mourant, ni devant ma mère, ni devant les hommes que j'ai fait tuer. Je ne me suis excusé devant personne.Je me tiens à deux mètres d'un ingénieur hydrologue qui vient d'apprendre que sa fille de trois ans a reçu une peluche d'un inconnu en costume gris, et je sens la phrase monter dans ma gorge comme une nausée.— Grigori.Il est déj

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    POV AlimaLe cimetière de Kolomna sent la terre mouillée et le chrysanthème pourrissant. Des bouleaux nus, aux troncs blanchis comme des os, dressent leurs branches dans un ciel d'étain. Quelque part, des corneilles se disputent un morceau de pain. Je serre mon manteau contre moi en suivant Nikolai le long d'une allée de gravier mouillé, entre des croix de métal peintes en vert et des stèles de granit aux photographies pâlies.Grigori nous attend près de la grille latérale. Nikolai lui fait un signe de la main, à peine, et l'homme reste là. Je comprends que Nikolai ne lui dit rien de plus, et je comprends aussi pourquoi. Ce soupçon qu'il porte à tout le monde me fait plus mal que je ne l'aurais cru.&mdas

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    POV NikolaiJe n'élève pas la voix.C'est la première chose que je note, debout dans la cuisine, le téléphone à la main, tandis qu'Alima dévale l'escalier au-dessus de ma tête. Six heures vingt du matin, un homme de cinquante-neuf ans a quitté ma maison avec la clé du seul document capable de détruire Bariatinski, et je n'élève pas la voix. Dix ans plus tôt, j'aurais fait fouetter tous les gardes de nuit. Aujourd'hui, j'observe.Timur se tient devant moi, les mains jointes dans le dos, le regard fixé sur un point au-dessus de mon épaule. Il attend un ordre. Je l'étudie sans en avoir l'air : la mâchoire, les paupières, la respiration. Il a l'air d'un homme qui s'en veut. Cela ne p

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    POV AlimaNikolai ne dit rien. Il fait demi-tour, sort de la chambre, et je le suis dans le couloir sans qu'il me l'ordonne ni me l'interdise.Il marche vite, sans se retourner, jusqu'à son bureau. La porte se referme derrière moi avec un déclic de coffre. La pièce est plongée dans une pénombre ambrée, une seule lampe allumée sur le bureau, et l'odeur du cuir, du papier, de son eau de toilette froide me serre la gorge. Il va jusqu'à la fenêtre, pose les deux mains sur le rebord, et regarde la nuit. Je ne vois que son dos. Il est immobile, d'une immobilité qui n'est pas du calme. C'est celle d'un homme qui retient quelque chose avec tout son corps.— Nikolai.— Six personnes.

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