MasukPOV de Alima
Le silence s'étire, interminable, cette même assemblée entière suspendue à ce qui va suivre, et je sens les larmes me monter aux yeux malgré tous mes efforts pour les retenir, cette honte brute qui me submerge devant cette foule d'inconnus qui, je le sais, répéteront cette scène dans tous les salons de Moscou dès demain matin. Mes mains tremblen
POV : AlimaIl commence à parler avant même que la voiture n'ait quitté la rue de Sonia, sa voix étrangement posée, comme s'il avait besoin de ce calme artificiel pour traverser tout ce qu'il s'apprête à me raconter sans que sa propre gorge ne se serre. Dehors, la neige a cessé, laissant place à un ciel dégagé, presque trop clair pour une nuit moscovite, comme si même le temps avait décidé de nous accorder un répit.— Le document que détenait Konstantin, dit-il, celui de 1991. Il concernait le domaine Rjevski. Une clause prouvant que la famille qui le détient actuellement l'a acquis de façon frauduleuse.— Le domaine que Sergueï a perdu, dis-je, me souvenant de cette conversation dans le
POV : AlimaJe n'avais pas prévu de rester aussi longtemps chez Sonia, mais entre son insistance à vouloir tout savoir dans les moindres détails et ma propre réticence à rentrer seule dans une maison où je savais Nikolai absent, les heures ont filé plus vite que je ne l'aurais cru possible. J'avais quitté la maison presque sur un coup de tête, incapable de supporter davantage cette attente passive pendant que Nikolai affrontait, seul, une menace dont je ne connaissais encore que des fragments.— Tu es sûre que tu ne devrais pas être avec des gardes du corps en permanence, dit Sonia, pour la troisième fois au moins depuis mon arrivée, ses mains enroulées autour d'une tasse de thé qu'elle n'a pas touchée depuis vingt minutes.
POV : Nikolai L'adresse qu'Andreï m'a envoyée correspond à un entrepôt désaffecté près de Kojoukhovo, une ironie que je ne peux m'empêcher de remarquer — un lieu qui ressemble presque trait pour trait à celui où Konstantin a retenu Alima captive, comme si tout ce monde souterrain partageait les mêmes décors interchangeables. Le quartier, autrefois industriel, semble aujourd'hui entièrement abandonné, seuls quelques réverbères clignotants trouant l'obscurité entre les bâtiments désaffectés.Timur m'a déposé à trois rues de là, comme convenu, sa voiture désormais garée dans un renfoncement discret d'où il peut observer sans être vu. Je marche seul le reste du chemin, la neige crissant sous mes pas, mon esprit tournant autour de cette révélation sur ce blason que Sonia a décrit à Alima, cette possibilité glaçante qu'Andreï ne soit pas seulement un fils vengeur, mais le représentant d'une famille aristocratique entière, avec des ressources, des alliances, un pouvoir que je n'ai peut-êtr
POV : Alima — Tu n'iras pas seul, dis-je, dès que nous sommes remontés dans la voiture, la neige tombant maintenant plus dru sur le pare-brise, comme si le ciel lui-même refusait de rester neutre face à ce qui se prépare. Les essuie-glaces peinent à suivre le rythme, et le silence entre nous semble s'épaissir à chaque kilomètre parcouru.— Il l'a explicitement exigé, dit Nikolai, les mains crispées sur le volant, son regard fixé droit devant lui sur la route qui se dévide entre les bouleaux. Si j'amène Timur, si j'amène qui que ce soit, il pourrait interpréter ça comme une provocation, et je ne suis pas certain qu'il ait besoin de beaucoup pour justifier une violence qu'il semble déjà prêt à exercer.— Et s'il ment, dis-je, ma voix tremblant malgré mes efforts pour paraître aussi calme que possible. S'il t'attire dans un piège, s'il compte te tuer dès que tu seras seul, sans témoin, sans protection ?Nikolai ne répond pas immédiatement, ce même silence pesant qui, désormais, m'appren
POV : NikolaiLa datcha de Sergueï, à une heure de route au sud de Moscou, n'a pas changé depuis mon enfance, ou du moins c'est l'impression qu'elle me donne chaque fois que j'emprunte cette même allée bordée de bouleaux, leurs branches nues griffant un ciel bas et gris qui menace la neige depuis le matin.Alima m'accompagne, malgré mes réticences initiales, sa main serrée dans la mienne pendant tout le trajet, cette même présence silencieuse qui, je le réalise seulement maintenant, m'est devenue indispensable dans les moments où le monde semble sur le point de basculer.— Tu es sûr de vouloir que je sois là, demande-t-elle, alors que la maison apparaît enfin au bout de l'allée, c
POV : AlimaNous rentrons à la maison dans un silence si dense qu'il semble presque avoir une texture propre, quelque chose de lourd qui s'installe entre nous sur la banquette arrière, différent de tous les silences que nous avons déjà partagés. Nikolai fixe la carte d'Andreï entre ses doigts, la retournant sans cesse, comme si l'adresse gravée au dos pouvait, à force d'être regardée, finir par ne plus vouloir dire ce qu'elle dit.— Appelle-le, dis-je doucement, une fois arrivés dans le salon. Maintenant, avant que la nuit ne te donne le temps de trouver des excuses pour repousser encore.— Ce n'est pas une question d'excuses, dit-il, sa voix tendue d'une façon que je ne lui connais que rarement. C'est vingt ans de ma v







